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Accueil et invitation

L’objectif de ce blog est de mettre en ligne les principaux travaux que j’ai effectués et publiés au cours de ma carrière de professeur d’économie politique, afin d’une part de leur assurer une plus large diffusion et une certaine pérennité et d’autre part de susciter des commentaires et si possible, pour certains d’entre eux, un débat autour des analyses et propositions qu’ils contiennent.

Il s’agit d’abord de l’ouvrage issu de ma thèse de doctorat, publié en 1964 et intitulé « La pensée économique libérale dans l’Allemagne contemporaine ». Ce livre avait fait connaître à l’époque en France l’ordolibéralisme, l'un des fondements, avec le christianisme social, du modèle allemand de l’économie sociale de marché. Ce modèle étant toujours d’actualité, le livre continue d’être demandé assez régulièrement, mais il est malheureusement épuisé depuis longtemps. J’ai donc pris la décision d’en offrir le téléchargement sur ce blog.

Le second ouvrage qui sera mis en ligne s’intitule «Théorie opérationnelle de l’inflation, de la stabilisation et du système économique». Une partie en a été publiée en 1985 sous le titre «L’expansion dans la stabilité» mais je préfère en présenter ici la version complète. Il s’agit là de ce qui constitue à mes yeux l’œuvre de ma vie, le fruit de toutes mes années d’enseignement et de recherche et la somme de mes idées. Ce livre n’ayant malheureusement pas eu, en-dehors d’un prix de l’Académie des sciences morales et politiques et de quelques compte-rendus rapides dans des revues ou des thèses, la résonance et la discussion que j’espérais, cette nouvelle diffusion est destinée à lui donner une seconde chance.

Une troisième catégorie de publications sera constituée d’articles ou de contributions à des ouvrages collectifs ou encore de documents de travail et de textes de conférences sur des sujets variés ayant constitué mes centres d’intérêt. La plupart de ces documents ont été publiés dans des journaux à durée limitée ou des revues à diffusion restreinte ou encore, pour beaucoup d’entre eux, dans des publications étrangères peu accessibles en France. Même si nombre de ces écrits répondaient à des sujets d’actualité ou à des commandes particulières, il m’a semblé, en les relisant, qu’ils pouvaient encore intéresser des lecteurs d’aujourd’hui.

J'ai intitulé ce blog " Economie sociale de marché " parce que ce titre m'a paru traduire l'inspiration centrale et permanente de mes écrits. Bien que ma réflexion personnelle m'ait amené progressivement à prendre quelque distance avec la conception primitive étudiée dans ma thèse et même si l'utilisation de plus en plus fréquente de cette bannière recouvre de nos jours des réalités très diverses et se prête à toutes sortes d'interprétations, je ne vois pas de meilleure expression pour caractériser mes contributions à la recherche d'un système et d'une politique assurant le meilleur compromis possible entre l'efficacité économique et la justice sociale.

Pour l’ensemble de mes écrits, j'accueillerais avec plaisir les commentaires de mes lecteurs. Mais j’aimerais avant tout recueillir des remarques précises et même, si possible, obtenir de jeunes collègues ou de praticiens de l'économie une véritable discussion des thèses exposées dans la " Théorie opérationnelle de l'inflation, de la stabilisation et du système économique ". A cet effet, chaque chapitre de cet ouvrage, de même que le livre précédent et les articles regroupés par centres d’intérêt, feront l'objet d’une note introductive sur laquelle les lecteurs pourront se reporter pour poster les commentaires correspondants. D'avance, je leur en exprime ma sincère reconnaissance.

Libéralisme allemand

Mon ouvrage, "La pensée économique libérale dans l'Allemagne contemporaine", a paru en 1964 et il a immédiatement connu une assez large diffusion parce qu’il était le premier en France à faire connaître les principaux fondements intellectuels de l’économie sociale de marché, ce modèle d’organisation économique et sociale qui commençait alors à susciter une certaine curiosité et même un croissant intérêt en raison de ce qu’on appelait alors le «miracle économique allemand».

Le livre ayant été épuisé dès 1965, l’éditeur m’avait demandé de préparer une seconde édition. Par un perfectionnisme sans doute excessif, je n’ai pas mené ce projet rapidement à terme alors qu’il aurait au fond suffi de faire une simple réédition du texte initial. Mais l’intérêt pour le modèle allemand ayant connu une certaine éclipse après le départ en 1966 du chancelier Ludwig Erhard qui l’incarnait, le projet fut finalement abandonné. Depuis lors, cependant, un grand nombre de personnes m’ont fait part à diverses occasions de leur regret de ne pouvoir disposer de ce livre. C’est la raison de cette publication en ligne du texte primitif.

Je crois que celui-ci conserve à l'heure actuelle tout son intérêt documentaire, mais, bien entendu, il y a eu depuis 1964, soit depuis plus de quarante ans, une certaine évolution des conceptions initiales et surtout de leur application dans la politique économique et sociale de l’Allemagne. Pour compléter la lecture du texte primitif, on trouvera donc par ailleurs, sur ce blog, sous la rubrique «ordolibéralisme», un texte d’actualisation retraçant les grandes lignes de l’évolution intervenue ainsi qu' un certain nombre de mes anciens écrits sur ce sujet.

Le modèle rhénan est-il dépassé?

Deux commentateurs m’ont fait part très rapidement de leur opposition radicale à l’ordolibéralisme et à l’économie sociale de marché.
HayekFan, avec qui j’ai déjà eu l’occasion de débattre à la suite d’une Note publiée sur le Blog de Pierre Bilger le 8 avril 2005 mais que je n’ai apparemment pas convaincu, écrit :
« J’aimerais émettre d’ores et déjà un commentaire sans doute provocatoire sur votre association du modèle allemand à l’économie sociale de marché d’un côté, et de celle-ci au meilleur compromis possible entre efficacité économique et justice sociale. Il en suivrait une image à la fois juste et efficace pour l’économie allemande. Or, si les chiffres de croissance allemande se commentent toutes seules, il est également difficile de trouver (du moins en Europe) une société plus injuste que l’allemande. Connaissez-vous un pays européen où la densité par habitant de milliardaires et de chômeurs y sont plus fortes ? L’ordolibéralisme, comme vous dites, fondement du modèle allemand, a surtout cristallisé la société, enrichi davantage les grandes familles historiques, empêché la création de nouvelles entreprises d’envergure, reporté le chômage aux niveaux de l’après-guerre, et creusé un déficit budgétaire qui n’a jamais respecté les critères de Maastricht. Cela suffirait à chaque analyse objective pour délivrer l’ordolibéralisme à la poubelle de l’histoire. Loin de là, la classe politique européenne toute entière est bien heureuse de trouver dans l’ordolibéralisme un fondement théorique à sa volonté de régler et contrôler le marché, sous prétexte d’une justice sociale qui n’est jamais au rendez-vous, sauf pérenniser et institutionnaliser une classe de chômeurs qui rend indispensables les aides étatiques et la conséquente fiscalité démesurée qui nous fait si mal. Parmi les autres grands pays, France Italie Espagne suivent tous cette démarche erronée, et peu de doute subsiste quant à l’adoption de l’ordolibéralisme sur toute l’Europe, dès que la Constitution verra finalement le jour. Aux vrais libéraux il ne restera alors qu’espérer en une fracture de l’Europe, orchestrée par des pays comme la Grande Bretagne, Irlande, pays scandinaves et slaves, vrais refuges contre la toute-puissance de la politique dans l’économie et les dégâts (bien visible en Allemagne, France, Italie= que l’ordolibéralisme provoque ».
Lachèvre ajoute : « Je ne peux qu’être d’accord avec le commentateur précédent. De plus, je soulignerais le succès croissant du FDP, preuve qu’il existe en Allemagne, si ce n’est un rejet de ce « modèle », une réelle volonté de changement ».

Jeter l’ordolibéralisme « aux poubelles de l’histoire », selon l’expression qu’affectionnaient autrefois les communistes ? Bigre ! On me permettra de ne pas partager un point de vue aussi radical et de contester toute cette argumentation.

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Le problème de la TVA sociale

Des commentateurs de la Note sur « Le modèle rhénan est-il dépassé ? » ayant suggéré de réformer le financement actuel de la protection sociale en remplaçant tout ou partie des cotisations sociales par une TVA supplémentaire, il m’a semblé utile de présenter ma réponse assez détaillée sous la forme d’une Note distincte de la précédente.

L’idée de ce qu’on appelle généralement la TVA sociale est a priori tout à fait séduisante, en particulier dans le contexte actuel de chômage massif et de déficit commercial élevé. La substitution d’une taxe pesant sur la dépense à des charges pesant sur les salaires entraînerait en effet un allègement du coût du travail pour les entreprises, ce qui aurait en principe pour conséquences d’une part un accroissement des embauches et donc une diminution du chômage et d’autre part, comme en cas de dévaluation, une amélioration de la balance commerciale par stimulation des exportations, détaxées à la frontière, et freinage des importations, soumises au contraire à l’impôt. Accessoirement, le transfert du paiement des charges sociales sur une taxe étatique généralement considérée comme indolore pourrait éventuellement faciliter le financement des dépenses croissantes de la protection sociale.

Ces avantages sont si évidents que l’idée de ce qu’on appelle une TVA sociale revient périodiquement dans la discussion publique et a déjà fait l’objet de nombreux rapports publics. Son application partielle par l’Allemagne, qui a affecté une partie de la hausse du taux normal de la TVA à 19% à la réduction des charges sociales, ainsi que par le Danemark, dont le taux normal a été porté à cet effet à 25% et dont les initiatives économiques et sociales sont actuellement souvent citées en exemples ( par exemple la notion de flexisécurité reprise par les principaux candidats à l’élection présidentielle ) ajoute encore à son attrait.

Il convient toutefois de préciser que cette idée est généralement avancée par des hommes politiques de droite, tandis que la gauche est plutôt hostile à une telle substitution dans la mesure où les cotisations sociales ont un caractère partiellement progressif alors que l’impôt sur la dépense est partiellement régressif et frappe relativement plus les détenteurs de bas revenus ( ce qui ne serait évidemment pas le cas d’une hausse de l’impôt sur le revenu ou de la CSG, mais qui aurait d’autres inconvénients ). De leur côté, les syndicats sont assez réservés, à l’exception de la CGC, pour les mêmes raisons et parce qu’une étatisation totale du financement de la Sécurité Sociale remettrait logiquement en cause tôt ou tard le système de gestion paritaire de celle-ci par les partenaires sociaux.

Indépendamment de ce débat entre droite et gauche, il faut malheureusement constater que l’instauration d’une TVA sociale, comme nombre de recettes miracles, soulève beaucoup de problèmes et se heurte à des obstacles extrêmement importants.

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