Europe

15 février 2008

Stratégie industrielle et politique de concurrence

La politique industrielle avait connu son heure de gloire dans les premières années du premier septennat de François Mitterrand. Puis, à l'époque du libéralisme triomphant, elle avait été vouée aux gémonies. Et voilà qu'avec la montée en puissance de la mondialisation, l'offensive des fonds souverains et surtout le ralentissement économique, elle revient à l'honneur.
Le plus souvent, les commentaires dont elle fait l'objet restent superficiels ou partiels, faute d'une réflexion théorique et concrète suffisante. C'est tout l'intérêt du dernier "papier" de l'Institut Montaigne d'essayer de mettre de côté préjugés et malentendus et d'apporter une réponse mesurée et équilibrée à la question Entre stratégie industrielle et politique de concurrence, quelle voie pour l'Europe?, sous la signature de Rainier d'Haussonvillle et de Jean-Paul Trant Thiet.
On ne peut qu'en recommander la lecture à tous ceux qui ont envie que nous nous dotions des moyens de l'ambition, encore récemment réaffirmée, de la vocation industrielle de notre pays.

19 juin 2007

Le blog de Valéry Giscard d'Estaing

A tous ceux qui s'intéressent à l'Europe et en particulier à ceux qui ont nourri le dialogue intense que nous avons eu sur ce blog sur le traité constitutionnel, je signale, au cas où ils n'en auraient pas encore eu connaissance, le blog que Valéry Giscard d'Estaing vient de mettre en ligne avec pour sous-titre, pour la démocratie en Europe.
L'ancien Président de la République s'y exprime notamment sur le contenu minimum qui, de son point de vue d'ancien Président de la convention qui a élaboré le texte hâtivement rejeté par les Français, devrait être inclus dans le traité simplifié, que les Etats membres de l'Union européenne discutent actuellement sous la conduite d'Angela Merkel et avec la contribution active du nouveau Président de la République.

21 avril 2007

Europe: désenchantement constructif ?

D’ici peu, les dirigeants des principaux pays européens en place au moment où en 2005 la France et les Pays-Bas ont rejeté le traité constitutionnel auront disparu de la scène politique. Le dernier d’entre eux sera Tony Blair.
Le 23 juin 2005, sous le titre "Tony Blair, seule chance de l'Europe d'aujourd'hui", j’écrivais sur ce blog : «Certains, dont je suis, pensent que Tony Blair est aujourd'hui, le seul homme d'Etat européen, capable de sortir l'Europe de l'impasse dans laquelle l'ont mise les deux Non français et néerlandais.» Le souvenir que j’avais de l’homme, rencontré bien des années auparavant alors qu’à la tête du Labour, il partait à la conquête du pouvoir et sa déclaration, «I am a passionnate pro-european. I always have been. », m’avaient encouragé à cultiver cette illusion alors que la décision de notre pays enfonçait l’Europe dans un immobilisme régressif qui n’est toujours pas surmonté.
Cet espoir a été déçu. L’entretien* que le Premier Ministre britannique sur le départ a donné au Monde du 21 avril 2007, qui sonne comme un constat d’échec désenchanté, le confirme.

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25 mars 2007

Erasmus: témoignage d'un jeune européen

Erasmus 20 ans UK 95
C'est Jean-Christophe Loric, à travers son commentaire à la note précédente, qui nous offre ce beau témoignage.

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Europe: 25 mars 1957, 25 mars 2007

Drapeau_franais_2Drapeau_ue_5  "Je pense que les Français devraient avoir chez eux le drapeau tricolore, comme dans d'autres pays où dans les fêtes nationales les drapeaux sont mis aux fenêtres", a déclaré Mme Royal ces derniers jours. Quelle que soit la méthode retenue, exprimer de temps à autre ensemble notre fierté d'être français recueillera l'assentiment de beaucoup d'entre nous. Pourtant j'aurais aussi aimé qu'une voix française s'élève pour nous suggérer de célébrer collectivement d'une manière analogue le cinquantième anniversaire du commencement de la construction européenne.
Cette oeuvre de paix et de progrès qui, en dépit des vicissitudes de l'histoire, réunit tous les Européens pour leur bien commun, sans contrainte ni obligation, par le seul jeu de leur libre volonté, aurait mérité autre chose que la négligence ennuyée dont elle fait l'objet en dépit des efforts estimables de beaucoup de médias.Echaudés par le Non au référendum de 2005, beaucoup d'hommes et de femmes politiques, pourtant convaincus de ses bienfaits, n'osent plus en faire le centre de leurs programmes et de leurs discours. Espérons qu'une fois les prochaines échéances électorales passée, ceux qui seront élus sauront redonner à la question européenne la place qui convient, c'est-à-dire la première, tant elle détermine notre avenir, mais aussi notre présent.
En attendant il m'a semblé que la bonne manière d'évoquer l’Europe, alors que ses institutions célèbrent leurs cinquante d’années d’existence, était de se remettre en mémoire certaines des paroles d’Européens qui ont contribué à construire, au fil des siècles, son identité.
Je vous en avais déjà proposé quelques unes en mars 2005 à la veille du référendum. Je les reproduis dans la suite de cette note.
Mais j’en ajoute quelques autres que le hasard des lectures m’a fait découvrir ces derniers temps ainsi qu'une réaction à chaud ,à l'occasion des premières rencontres du cinquième pouvoir d'AgoraVox, enregistrée par mobile politic de PoliticShow. .
C’est l’occasion aussi de recommander à nouveau l’excellente anthologie critique et commentée de l’Antiquité au XXème siècle de Yves Hersant et Fabienne Durand-Bogaert qui nous propose à travers des textes significatifs les Europes de l’histoire et du présent.

Jules Michelet
« Ce qu’il y a de moins fatal, de plus humain et de plus libre dans le monde, c’est l’Europe ; de plus européen, c’est ma patrie c’est la France »

Histoire de France, in Le Bouquin des Citations, Robert Laffont

Victor Hugo
« Dieu a fait l’Asie pour les arbres, l’Afrique pour les tigres, l’Amérique pour l’Europe, l’Europe pour le monde »

Le retour, in Le Bouquin des Citations, Robert Laffont


Daniel Faucher
« L’Europe est trop grande pour être unie, mais elle est trop petite pour être divisée. Son double destin est là »

In Le Bouquin des Citations

François Mitterrand (1995)
« Rien n’eût été possible sans les premiers appels de Churchill ; j’ai eu le bonheur de les entendre moi-même. Rien n’eût été possible sans ces quelques dizaines d’Européens venus de chacun de nos pays ; on parle naturellement de Schuman, de Monnet, d’Adenauer, de De Gasperi et de bien d’autres, qui, dans le même moment ont tiré la même conclusion du même désastre qu’ils avaient vécu, et cela précisément par-dessus leurs frontières. L’ennemi d’hier était l’ami d’aujourd’hui. »

Discours à Berlin le 8 mai 1995, extrait reproduit dans Challenges du 22 mars 2007

Jean-Paul II (2003)
« Les racines chrétiennes sont pour l’Europe la principale garantie de son avenir. Un arbre sans racines pourrait-il vivre et se développer ? »

Ecclesia in Europa, 2003

Jacques Delors (2007)
« La base du contrat est claire : des pays souverains acceptent de partager l’exercice d’une part de leur souveraineté, dans le cadre d’une communauté gouvernée par des règles de droit. C’est une expérience unique dans l’histoire. L’Europe est un projet porteur par sa philosophie institutionnelle. »
« Je juge l’Europe à la façon dont elle répond aux défis historiques. Elle l’a fait lors de ses trois premiers élargissements. L’Europe d’aujourd’hui n’est pas celle que j’avais imaginée à vingt-cinq ans, mais je suis fier de cette Europe-là »

In entretien avec Les Echos des 23-24 mars 2007

"L'histoire de la construction européenne n'a jamais été un long fleuve tranquille."

"Je suis déçu de la façon dont on parle (de l'Europe  dans la campagne présidentielle), pas besoin d'en dire plus. Pour la suite, il faudra d'abord faire le ménage chez nous, pour faire face au triple défi de la démographie, de la mondialisation et de la mutation technologique. Alors nous pourrons redevenir cette France ouverte, capable de propositions généreuses, audacieuses qui lui ont permis de marquer, depuis l'appel de Robert Schuman en 1950, l'histoire de l'Europe."

In entretien avec Le Monde des 25-26 mars 2007

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21 décembre 2006

"Les relations franco-britanniques: mythes et préjugés"

Si vous faites partie, comme moi, de ceux qui portent un intérêt particulier aux relations franco-britanniques, pour des raisons professionnelles autrefois, pour des raisons personnelles aujourd'hui, vous lirez avec intérêt la courte allocution prononcée par Sir John Holmes devant l'Association France-Grande-Bretagne le 8 novembre 2006 et à laquelle vous pouvez également accéder sur le site internet de l'Ambassade.
Il y détaille les mythes et préjugés qui encombrent nos relations avec ceux qui furent longtemps nos adversaires les plus déterminés avant de devenir nos alliés indéfectibles alors que notre existence même était en cause. Comme il sied à un Ambassadeur de Sa Majesté, un humour discret, particulièrement bienvenu en cette période de fêtes, agrémente le propos.
Good Bye Sir John, puisqu'il nous quitte, et bienvenue à son successeur Peter Westmacott!

Téléchargement France-GrandeBretagne-mythesetprejuges-1.doc

08 septembre 2006

Enfin!

Oui, enfin, et j’apprécie que ce soit un partisan du Oui, un candidat à l’élection présidentielle propose une démarche à la fois concrète et ambitieuse pour sortir l’Union européenne de l’impasse dans laquelle l’a placé le double Non français et néerlandais.
Nicolas Sarkozy avait déjà abordé la question européenne dans son livre Témoignage (pages 67 à 76), mais nous avait laissés un peu sur notre faim, ne dissipant pas ce sentiment diffus qu’elle n’était pas pour lui essentielle.
Le grand discours qu'il a prononcé aujourd'hui, 8 septembre 2006, à Bruxelles devant les Amis de l’Europe et la Fondation Robert Schuman lève toute ambiguïté et donne confiance non seulement dans son intention d’en faire un enjeu de la campagne présidentielle, mais aussi dans sa volonté, s’il est élu, d’engager la construction politique de l’Europe.
Ce texte doit être lu in extenso. Je me garderai d’en faire une paraphrase. Je me limiterai à relever les points qui me paraissent essentiels.
D’abord il propose avec netteté et clarté le contenu d’un «mini-traité», reprenant l’essentiel des dispositions institutionnelles du projet de traité constitutionnel et il prend position sans ambiguïté pour qu’il soit ratifié par la voie parlementaire, de telle sorte qu’il soit applicable dès les élections européennes de 2009.
Ensuite il trace les grandes lignes de ce qui pourrait être une deuxième étape avec une proposition majeure de réforme de la Commission qui , en confiant la désignation de ses membres à son Président, permettrait de redonner à cet exécutif l’importance, la cohésion et le dynamisme que sa structure actuelle ne favorise pas et des idées intéressantes pour faire évoluer la règle de l’unanimité.
Enfin il reformule avec habileté les convictions qu’on lui connaissait déjà sur les frontières de l’Europe et n’élude pas la question du financement des politiques européennes.
Mais ce que j’ai peut-être le plus apprécié, ce sont les propositions de modernisation de la vie politique européenne.  Il propose de «permettre que les listes nationales d’une même famille politique européenne puissent s’affilier entre elles» de manière à ce que les élections européennes fassent l’objet de campagnes européennes qui opposent des partis et des programmes cohérents, identifiant le futur président de la Commission dont la désignation est souhaitée.
La conclusion est également limpide : «2007 sera l'anniversaire du Traité de Rome. Elle sera également l'occasion d'un grand débat démocratique en France. Je n'ai pas l'intention de laisser la question de l'avenir de l'Europe hors de ce débat. Je n'ai pas l'intention de cacher mes convictions européennes. Parce que je crois en l'Europe, j'ai le devoir d'être un européen exigeant. Les responsabilités de la France seront grandes en 2008. La Présidence française devra trouver des accords et des compromis sur bien des projets et des questions. Nous devons nous y préparer dès maintenant.»
Et maintenant que le débat commence!

11 août 2006

Le latin, langue de l'Europe?

Dans un article publié ce matin dans Les Echos , intitulé "Quand l'Europe renoue avec le latin", Karl de Meyer attire notre attention sur l'initiative de la présidence finlandaise de l'Union Européenne qui proposera sur son site  à partir de septembre un résumé hebdomadaire de l'actualité européenne en latin. Si l'on s'y reporte dès à présent, cette information y est d'ailleurs donnée dans cette langue. Karl de Meyer rappelle en outre à cette occasion que la radio publique finlandaise émet depuis 1989 un bulletin d'information également en latin.
Alors qu'avec l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l'Union Européenne, le nombre de ses langues officielles va être porté à 23 et au moment où le français, l'allemand, l'italien et l'espagnol luttent désespérément pour ne pas disparaître de son fonctionnement quotidien, ce clin d'oeil n'est pas sans portée. N'en déplaise à ceux qu'indispose le rappel des racines historiques et chrétiennes de l'Europe, c'est grâce au latin que l'Eglise catholique a pu pendant deux mille ans gérer son universalité.
Qui sait, les peuples et les gouvernements européens comprendront peut-être un jour que, seule, une démarche analogue leur permettrait d'éviter la cacophonie et la confusion qu'ils tolèrent désormais de leur Union. En renvoyant dos à dos tous les prétendants actuels au monopole linguistique, ils seraient aussi exonérés d'avoir à exercer un choix, nécessairement arbitraire et inéquitable, en faveur de l'une ou l'autre de leurs langues officielles.
Il est vrai qu'une telle innovation exigerait de la part de nos dirigeants un sérieux recyclage linguistique. Mais en seraient-ils incapable alors que des milliers d'évêques et de religieux catholiques de tous les continents s'en accommodent sans difficultés majeures.
Et que d'économies de temps et d'argent à attendre d'une telle mesure dans le fonctionnement des institutions européennes!

29 mai 2006

29 mai : « le temps des fils fondateurs » et des filles fondatrices

"Europe: le temps des fils fondateurs" a été publié en octobre 2005. Je n’ai cependant eu envie d’acheter et de lire ce livre que ces derniers jours après avoir entendu s’exprimer son auteur à l’occasion de la conférence-débat organisée à Strasbourg dont je parlais la semaine dernière.
Yves Bertoncini, diplômé du Collège d’Europe à Bruges, est un administrateur en disponibilité de la Commission européenne et maître de conférence à l’Institut d’Etudes Politiques de Paris. Il a trente cinq ans et fait donc partie de ces nouvelles générations qui vont avoir la lourde tâche de remettre en chantier cette Europe à bout de souffle qu’indignes héritiers des «pères fondateurs», nous leur léguons et à laquelle le peuple français a porté le coup de grâce il y a tout juste un an.
Dans le silence assourdissant qui, depuis lors, est celui de la classe politique française, à peine troublé par quelques tentatives pathétiques de partisans du Oui ou du Non de ranimer le moribond pour se donner bonne conscience, la réflexion d’Yves Bertoncini apporte une fraicheur nouvelle, d’autant plus intéressante que son engagement en faveur du traité constitutionnel européen était sans ambiguïté.

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22 mai 2006

Intermède alsacien: une expérience industrielle européenne

Hier après-midi, dimanche 21 mai 2006, j'ai été convié à témoigner sur mon expérience de chef d'entreprise industrielle européen. Cela se passait dans les Jardins des Deux-Rives au bord du Rhin à Strasbourg, traversé à cet endroit  par un magnifique pont qui symbolise l'abolition des frontières. Il y avait là Fabienne Keller, le sénateur-maire de Strasbourg, Yves Bertoncini, l'auteur de "L'Europe: le temps des fils fondateurs", d'autres encore. Daniel Riot, notre ami blogueur que vous pouvez lire notamment sur Europeus et qui est le directeur d'une nouvelle revue Relatio, qui prend son envol sur le thème Vivre en Europe, animait le débat. Voici les notes que j'ai utilisées à cette occasion.

Merci aux organisateurs de me fournir l’occasion de partager quelques éléments de l’expérience européenne qu’a vécue le chef d’entreprise que j’ai été et, qui plus est, dans cette magnifique ville de Strasbourg, ce qui réjouit en moi à la fois l’Européen et l’Alsacien.
Il est sans doute nécessaire, s’agissant d’un témoignage, que je qualifie avec précision l’expérience dont il m’est demandé de rendre compte. Après avoir servi pendant quinze ans l’Etat, essentiellement dans l’orbite de la Direction du Budget du Ministère des Finances, et travaillé en entreprise pendant neuf ans dans des fonctions diverses, j’ai dirigé Gec Alsthom (avec un h) puis Alstom (sans h) de mars 1991 à janvier 2003. C’est cette dernière période de responsabilité qui inspirera mes propos.
De temps à autre, quand les chefs d’entreprise s’exercent à la réflexion intellectuelle, ce qui n’est ni leur exercice favori, ni leur vocation principale, il arrive qu’ils s’interrogent sur la nationalité de leur entreprise et sur la dimension géographique de leur marché pertinent.

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