
"Je pense que les Français devraient avoir chez eux le drapeau tricolore, comme dans d'autres pays où dans les fêtes nationales les drapeaux sont mis aux fenêtres", a déclaré Mme Royal ces derniers jours. Quelle que soit la méthode retenue, exprimer de temps à autre ensemble notre fierté d'être français recueillera l'assentiment de beaucoup d'entre nous. Pourtant j'aurais aussi aimé qu'une voix française s'élève pour nous suggérer de célébrer collectivement d'une manière analogue le cinquantième anniversaire du commencement de la construction européenne.
Cette oeuvre de paix et de progrès qui, en dépit des vicissitudes de l'histoire, réunit tous les Européens pour leur bien commun, sans contrainte ni obligation, par le seul jeu de leur libre volonté, aurait mérité autre chose que la négligence ennuyée dont elle fait l'objet en dépit des efforts estimables de beaucoup de médias.Echaudés par le Non au référendum de 2005, beaucoup d'hommes et de femmes politiques, pourtant convaincus de ses bienfaits, n'osent plus en faire le centre de leurs programmes et de leurs discours. Espérons qu'une fois les prochaines échéances électorales passée, ceux qui seront élus sauront redonner à la question européenne la place qui convient, c'est-à-dire la première, tant elle détermine notre avenir, mais aussi notre présent.
En attendant il m'a semblé que la bonne manière d'évoquer l’Europe, alors que ses institutions célèbrent leurs cinquante d’années d’existence, était de se remettre en mémoire certaines des paroles d’Européens qui ont contribué à construire, au fil des siècles, son identité.
Je vous en avais déjà proposé quelques unes en mars 2005 à la veille du référendum. Je les reproduis dans la suite de cette note.
Mais j’en ajoute quelques autres que le hasard des lectures m’a fait découvrir ces derniers temps ainsi qu'une réaction à chaud ,à l'occasion des premières rencontres du cinquième pouvoir d'AgoraVox, enregistrée par mobile politic de PoliticShow. .
C’est l’occasion aussi de recommander à nouveau l’excellente anthologie critique et commentée de l’Antiquité au XXème siècle de Yves Hersant et Fabienne Durand-Bogaert qui nous propose à travers des textes significatifs les Europes de l’histoire et du présent.
Jules Michelet
« Ce qu’il y a de moins fatal, de plus humain et de plus libre dans le monde, c’est l’Europe ; de plus européen, c’est ma patrie c’est la France »
Histoire de France, in Le Bouquin des Citations, Robert Laffont
Victor Hugo
« Dieu a fait l’Asie pour les arbres, l’Afrique pour les tigres, l’Amérique pour l’Europe, l’Europe pour le monde »
Le retour, in Le Bouquin des Citations, Robert Laffont
Daniel Faucher
« L’Europe est trop grande pour être unie, mais elle est trop petite pour être divisée. Son double destin est là »
In Le Bouquin des Citations
François Mitterrand (1995)
« Rien n’eût été possible sans les premiers appels de Churchill ; j’ai eu le bonheur de les entendre moi-même. Rien n’eût été possible sans ces quelques dizaines d’Européens venus de chacun de nos pays ; on parle naturellement de Schuman, de Monnet, d’Adenauer, de De Gasperi et de bien d’autres, qui, dans le même moment ont tiré la même conclusion du même désastre qu’ils avaient vécu, et cela précisément par-dessus leurs frontières. L’ennemi d’hier était l’ami d’aujourd’hui. »
Discours à Berlin le 8 mai 1995, extrait reproduit dans Challenges du 22 mars 2007
Jean-Paul II (2003)
« Les racines chrétiennes sont pour l’Europe la principale garantie de son avenir. Un arbre sans racines pourrait-il vivre et se développer ? »
Ecclesia in Europa, 2003
Jacques Delors (2007)
« La base du contrat est claire : des pays souverains acceptent de partager l’exercice d’une part de leur souveraineté, dans le cadre d’une communauté gouvernée par des règles de droit. C’est une expérience unique dans l’histoire. L’Europe est un projet porteur par sa philosophie institutionnelle. »
« Je juge l’Europe à la façon dont elle répond aux défis historiques. Elle l’a fait lors de ses trois premiers élargissements. L’Europe d’aujourd’hui n’est pas celle que j’avais imaginée à vingt-cinq ans, mais je suis fier de cette Europe-là »
In entretien avec Les Echos des 23-24 mars 2007
"L'histoire de la construction européenne n'a jamais été un long fleuve tranquille."
"Je suis déçu de la façon dont on parle (de l'Europe dans la campagne présidentielle), pas besoin d'en dire plus. Pour la suite, il faudra d'abord faire le ménage chez nous, pour faire face au triple défi de la démographie, de la mondialisation et de la mutation technologique. Alors nous pourrons redevenir cette France ouverte, capable de propositions généreuses, audacieuses qui lui ont permis de marquer, depuis l'appel de Robert Schuman en 1950, l'histoire de l'Europe."
In entretien avec Le Monde des 25-26 mars 2007
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