Ethique

16 avril 2007

Un grand catholique

L’éloge funèbre est un genre difficile. Beaucoup de femmes et d’hommes politiques s’y sont exercés pour rendre hommage à René Rémond et pour saluer l’universitaire, le chercheur, l’historien, le politologue, le commentateur. Peu ont relevé que c’était avant tout un grand catholique, comme si souligner cette caractéristique était devenu obscène dans un pays où il n’y a à peu près que les deux tiers de la population qui s’y réfère.
Par contre le Président de la République en a fait un «héritier des lumières». Je ne suis pas certain que René Rémond dont, comme beaucoup d’autres, j’ai été l’élève et qui appréciait la justesse des mots et des expressions, aurait privilégié un tel raccourci. Mais il est vrai qu’à notre époque, la référence aux «lumières» et, accessoirement, aux «droits de l’homme» est devenue une telle «tarte à la crème» qu’on en a oublié la véritable signification et la portée historique.
C’est l’occasion de relire deux livres de René Rémond qui sont toujours d’actualité, Les grandes inventions du christianisme (1999) et Le christianisme en accusation (2000).

16 février 2007

L’argent, nous et la corruption.

Politologue, directrice de recherche au CNRS et chargée de cours à Sciences Po, Janine Mossuz-Lavau vient de publier, L'argent et nous, un ouvrage qui rend compte d’une enquête qualitative, menée en deux ans de janvier 2004 à décembre 2005, «auprès de cent cinq hommes et femmes, de tous milieux, tous âges, toutes régions et toutes orientations politiques : du RMIste au richissime négociant en pierres précieuses, tous – ou à peu près, nobody’s perfect ! – sont représentés».
Je ne résumerai pas ce livre qui mérite le détour et qui nous révèle beaucoup sur nous-mêmes, que nous soyons pauvres ou riches, d’autant que l’auteure le fait elle-même avec brio dans une excellente conclusion.
Parmi beaucoup d’autres développements qui remettent en cause beaucoup d’idées reçues, ceux du chapitre 14, relatif à «l’image de la corruption», retiennent cependant particulièrement l’attention. On y découvre une lucidité et une indulgence de nos contemporains qui tranchent avec l’intégrisme des médias et de l’institution judiciaire.

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07 décembre 2006

Consensus et faux semblants

Alors qu’il est très difficile de mettre d’accord nos femmes et hommes politiques sur les questions essentielles qui engagent l’avenir du pays, dette publique, fonctionnement du marché du travail, éducation ou recherche, il est un sujet sur lequel le consensus est sans défaut, c’est celui de la condamnation des indemnités de départ ou des options de souscription d’action.
Qu’on soit de droite ou de gauche, on ne trouve pas de mots assez durs et on ne ménage pas l’expression émue des bons sentiments pour stigmatiser ce patron stupide, malhonnête ou inefficace qui a conduit son entreprise à la ruine et qui néanmoins bénéficierait d’avantages exorbitants. En revanche, on considère normal que celui supposé prendre des risques importants bénéficie en retour de rémunérations tout aussi importantes. Sans oublier de mettre à part l’entrepreneur fondateur qui a réussi dont la fortune ainsi acquise est retenue comme légitime.
On comprend bien que ces propos répétés qui peuvent réjouir quelques gogos sont d’autant plus rentables politiquement que la poignée de personnes qui pourraient se sentir directement concernées ne constituent aucun enjeu électoral et qu’ils sont structurés de manière à éviter de poser la vraie question, celle de l’excès global des hautes rémunérations, qui, elles, concernent beaucoup plus de personnes dont l’influence et les capacités de rétorsion peuvent être plus significatives.

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26 novembre 2006

Qu'est-ce qu'une société juste? Dernière matinée.

La dernière matinée des Semaines Sociales de France s'est déroulée sur deux registres très différents. D'une part la restitution des ateliers de la veille et la présentation par Bernard Ibal des douze propositions pour une société plus juste ont sans doute permis de cheminer, notamment vers les Conclusions que Michel Camdessus devait présenter dans l'après-midi, mais que malheureusement d'autres obligations m'ont empêché d'écouter, mais qu'il devrait certainement être possible de retrouver bientôt sur Internet. D'autre part le dialogue s'est poursuivi avec le monde politique à travers Michel Sapin, Dominique Voynet et François Bayrou.

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25 novembre 2006

Qu'est-ce qu'une société juste? 2ème journée.

La 2ème journée de cette 81ème Semaine Sociale de France commence par la synthèse de la journée précédente, proposée par Bernard Lecomte, l'auteur d'une biographie de référence de Jean-Paul II. Il souligne à juste titre la forme de "levée de tabou" qu'a représentée, dans cette enceinte, la place réservée à la pensée libérale contemporaine jusqu'à constater "une sorte de connivence" avec l'éthique chrétienne de la "préférence pour les pauvres". Pertinent  également était le rappel de l'importance attachée aussi bien par Jérôme Vignon que Geneviève Médevielle, à "la manière" ou à "la méthode", comme caractère distinctif de ce qui devrait être une approche chrétienne des actions en faveur de la justice. Bernard Lecomte termine son compte-rendu par une citation de Victor Hugo, extraite d'une lecture de la veille au soir: "Vous avez fait des lois contre l'anarchie, faites maitenant des lois contre la misère".
Forme, quelque peu provocatrice, de clin d'oeil  et de défi à celui qui lui succède à la tribune, premier des hommes politiques à intervenir, le Ministre d'Etat, ministre de l'Intérieur, président de l'UMP et candidat à la présidence de la République en devenir. Invité à s'exprimer  sur la question "Qu'est-ce qu'une société plus juste?", le "plus" ayant été ajouté malicieusement au thème choisi, à l'intention des dirigeants politiques ayant accepté de s'exprimer, Nicolas Sarkozy ne devait pas et ne pouvait d'ailleurs pas réserver de surprise par rapport à la pensée dont ont pu avoir connaissance ceux qui lisent ses écrits, tant la question de la justice y est présente.

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24 novembre 2006

Qu'est-ce qu'une société juste? 1ère journée.

Réunir 3500 personnes au CNIT de La Défense pour débattre la question "Qu'est-ce qu'une société juste?" est une forme d'exploit qui mérite d'être saluée. Il est vrai que la vénérable institution que sont les"Semaines Sociales de France" en est à sa 81ème session et n'a jamais hésité à aborder les questions difficiles, par exemple, la violence en 2002, l'argent en 2003, l'Europe en 2004 et "Transmettre, partager des valeurs, susciter des libertés" l'an dernier.
Cette première journée du 24 novembre, après une introduction de Michel Camdessus, le Président des Semaines Sociales de France, a vu notamment se succéder Bronislaw Geremek qu'il n'est pas nécessaire de présenter, Jérôme Vignon, le directeur pour la protection et l'inclusion sociales à la Commission Européenne, Philippe Van Parijs, professeur d'éthique économique et sociale à Louvain et à Harvard et Geneviève Médevielle, professeur à l'Institut Catholique de Paris.
Il serait totalement inapproprié de tenter de résumer ces interventions d'une densité et d'une qualité extrêmes d'autant qu'elles feront certainement l'objet de publications. Je préfère évoquer quelques repères qui me restent d'une écoute attentive.

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16 novembre 2006

Le journalisme à la française...

Jonathan Littell, auteur des Bienveillantes et Prix Goncourt 2006, déclare dans Le Monde des Livres daté du vendredi 17 novembre 2006:

"J'ai été sidéré par la capacité d'invention des journalistes français. J'ai découvert plein de choses sur moi. J'aurais ainsi survécu à un massacre en Tchétchénie. Etonnant. Il suffisait pourtant de taper mon nom sur Google et lire les articles du New York Times qui faisaient état d'un incident - qui n'a rien à voir avec un massacre - que j'avais eu en Tchétchénie. Revu par la presse française, on avait l'impression que je me trouvais sous des cadavres ensanglantés avant de sortir en rampant de la fosse ! Le fact checking, le fait de vérifier des informations de base, me semble peu répandu en France. Je parle pourtant de choses simples : j'aurais travaillé en Chine, je serais marié, ma mère serait française, j'habite la Belgique et je parle allemand. Tout cela est inexact."

Je confirme. Mon expérience personnelle depuis 2003 n'a cessé de me le démontrer. Le fact checking ne fait pas partie de la culture du journalisme à la française. Avec heureusement quelques exceptions...

13 novembre 2006

Un référendum sur les hautes rémunérations?

Les Suisses l'envisagent...

Mathias Huntzbuchler l'explique sur Transparence(s).

08 novembre 2006

Le Don de Boule de Neige: combattre la pauvreté par le microcrédit

Aux tout débuts de ce blog, il y a bientôt deux ans, j'avais attiré votre attention sur l'action d' une association qui n' existait elle-même à l'époque que depuis moins d'un an: Le Don Boule de Neige.
Aujourd'hui, rien ne saurait mieux résumer le bilan de cette action à échelle humaine que les quelques chiffres suivants:

  • 100000€ attribués par 220 donateurs
  • 13 projets financés, présentés par 10 Ong
  • 2000 microcrédits accordés
  • 1500 familles soutenues, certaines bénéficiant de crédits successifs
  • un taux de remboursement supérieur à 95%
  • une fois remboursés des fonds qui sont à nouveau prêtés à d'autres emprunteurs
  • 97% des dons consacrés aux actions et 3% seulement aux frais généraux
  • des actions qui se déroulent dans trois pays pour éviter la dispersion: Bénin, Madagascar, Cambodge.

Les principes qui inspirent cette action n'ont pas changé. Animée par d'actuels ou anciens cadres ou dirigeants d'entreprise,  cette association collecte des dons,  référence des projets portés sur le terrain par des ONG, fournit une contribution financière destinée à distribuer des micro-crédits et se comporte comme un actionnaire minoritaire, soucieux de veiller à ce que les dons aillent vers leur objectif, à ce qu'ils soient utilisés avec  une efficacité contrôlée sur le terrain et à ce que les frais de gestion soient réduits au minimum.
Alors que l’attribution du prix Nobel de la Paix au Bangladais Muhammad Yunus vient de mettre en lumière l'importance et l'efficacité du microcrédit pour l'aide aux plus démunis, Le Don Boule de Neige constitue un canal concret, certes modeste, mais animé par des personnes que l'on peut approcher et connaître, à travers lequel il est possible de s'y impliquer sur le terrain.
Le blog du Don Boule de Neige, particulièrement exhaustif et précis, permet d'en savoir beaucoup plus sur les initiatives que l'Association engage et sur leurs résultats. Il donne aussi, à ceux qui le souhaiteraient, les indications nécessaires pour apporter une contribution.

15 septembre 2006

"Pour l'honneur de la justice"

Alors que l'affaire d'Outreau reste encore dans toutes les mémoires et que la justice, au même titre que l'Europe, sera ou, en tout cas, devrait être, l'un des sujets essentiels du débat présidentiel, il me semble utile de mentionner  sur ce blog la publication aujourd'hui d'un livre "Pour l'honneur de la justice" qui s'efforce de répondre à cette question cruciale: "Les Français peuvent-ils retrouver confiance dans leur justice?".
Au fil de neuf chapitres et en 157 pages, l'auteur analyse "l'horreur judiciaire" d'Outreau, s'interroge sur le rôle des acteurs du processus judiciaire, avocats, médias, politiques, procureurs et juges et réfléchit sur les institutions et les règles qui le gouvernent, notamment l'Ecole Nationale de la Magistrature, le Conseil Supérieur de la Magistrature, la procédure pénale, la peine, la police, la séparation du siège et du parquet.
L'auteur ne succombe pas à l'esprit du temps, exprime des vues qui lui sont souvent propres et n'hésite pas à aller à contre-courant de la pensée dominante. Alors que des centaines de nouveaux livres déferlent chez les libraires en cette rentrée d'automne, en voilà un en tout cas qui vaut le détour si l'on veut participer à la réflexion collective nécessaire sur cette cause, la plus noble qui soit, la justice.
On l'a compris. Mon point de vue n'est pas exempt de subjectivité. L'auteur du livre, Philippe Bilger, Avocat général près la Cour d'Appel de Paris, est l'un de mes frères. Mais pourquoi me serais-je interdit de signaler son ouvrage à votre attention alors qu'au-delà de mon parti pris fraternel, les questions qu'il aborde à la lumière de son expérience de magistrat peuvent concerner un jour ou l'autre beaucoup d'entre nous.

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