Cyrille Fleischman, avocat honoraire et écrivain, est décédé le 15 juillet 2010. Les obsèques auront lieu le mardi 20 juillet 2010 à 14 heures 15 au cimetière parisien de Bagneux.
PBi, le 19 juillet 2010
Les anciens lecteurs de ce blog se souviendront peut-être qu’en mai 2007, quelques jours avant de “prendre ma retraite de citoyen blogueur” sous le titre “Vive la Vie!” que j’avais emprunté à Cyrille Fleischman, j’avais attiré l’attention sur ses "Riverains rêveurs du Métro Bastille" après l’avoir déjà fait pour "Une rencontre loin de l'Hôtel de Ville" en janvier 2005 alors qu’il venait tout juste d’être mis en ligne.
Or voilà que Cyrille Fleischman vient coup sur coup de publier deux livres qui nous permettent de renouer avec sa petite musique si singulière: "Réparateur de destin" et "Les réponses d'un maître" . Cet évènement justifie, à mes yeux, le temps d’en parler,un retour en ligne très éphémère que rien d’autre, au fil des trois dernières années, n’a motivé au même degré.
Sous le titre, quelque peu énigmatique de "Réparateur de destin", Cyrille Fleischman regroupe treize nouvelles. Dans "Riverains rêveurs du Métro Bastille", nous étions descendus à cette dernière station, venant de “Hôtel de Ville” et “Saint-Paul” où nous avait entrainés "Une rencontre loin de l'Hôtel de Ville". Cette fois-ci, nous repartons en sens inverse, toujours sur la ligne numéro 1 du métro parisien, et nous descendons à Louvre-Rivoli pour rejoindre la Samaritaine et le boulevard Sébastopol.
C’est d’ailleurs sur la terrasse de la Samaritaine que
nous commençons la visite du quartier. En effet “monsieur Eisenblic s’était
promis de ne plus partir en vacances d’été ailleurs”. “ Il y avait du soleil, du vent, et on n’était
même pas obligé de prendre un café. On en buvait un si on le voulait. Si on
n’avait ni soif, ni faim, on restait là, simplement pour le plaisir. Dans ces
conditions, qu’avait-on besoin d’aller à Trouville ou à Berck-Plage? Pouvait-on
d’une terrasse en bord de mer regarder les toits de Paris comme un décor sorti
du théâtre du Châtelet? Surement non.” Nous saurons dans la suite de cette
première nouvelle comment “monsieur Eisenblic”, devenu “monsieur Alfred” pour
une certaine dame, amie de sa femme, Ida, finit par envisager de “passer de
bonnes vacances”, “Même à Néris-les-Bains. Même loin de l’excellente terrasse
de la Samaritaine.”
Je ne rentrerai pas dans le détail des douze nouvelles
qui suivent de peur de gâcher le plaisir de ceux qui auront la chance de les
lire. Chacune d’elles offre, en un peu plus ou un peu moins de dix pages, des
personnages, des situations, des rebondissements qui captivent l’attention,
sollicitent la réflexion et proposent souvent des solutions de vie.
Pour qui, un jour, s’est lancé dans l’écriture pour
être lu, fût-ce en amateur ce qui a été mon cas, le plus difficile est de
trouver les premières phrases et les dernières, celles qui mobilisent l’intérêt
et alimentent le souvenir. Qui ne souvient de la première phrase d' "A la
recherche du temps perdu" de Marcel Proust: “Longtemps je me suis couché de
bonne heure.” ou de l’accroche du chapitre VI de “L’éducation sentimentale” de
Gustave Flaubert: “Il voyagea. Il connut la mélancolie des paquebots, les
froids réveils sous la tente, l’étourdissement des paysages et des ruines,
l’amertume des sympathies interrompues.”
On n’en apprécie que davantage le tour de force littéraire que représente pour un auteur de nouvelles de trouver pour chacun de ses textes ce commencement et cette fin qui leur donnent une saveur particulière sans laquelle il n’y aurait pas de plaisir de lecture. Cyrille Fleischman cultive au plus haut degré ce talent qu’il déploie à nouveau dans "Réparateur de destin".
Quant à ce titre, plutôt que de l’interpréter, je
préfère citer les deux derniers alinéas de la nouvelle qui le porte, qui
résument bien, à mon sens, ce que l’auteur veut nous dire dans beaucoup de ses
textes:
“En résumé, l’univers resta l’univers, c’est-à-dire un
endroit sans trop de surprises en ce qui concerne la situation humaine, avec
pour exceptions gratifiantes, parfois, des faits un peu étonnants comme la
sympathique réussite d’un Sender Aufzug pourtant mal parti dans la vie.
Des évènements qui, à la réflexion, ne pouvaient
arriver que si, comme lui, on avait eu la patience, d’abord, d’essayer – en
aidant les autres, pourquoi pas?-, de réparer son destin par soi-même”.
"Les réponses d'un maître" nous font davantage
voyager. Non seulement nous faisons des incursions dans les “beaux” quartiers
parisiens, mais l’auteur nous offre aussi une escapade en province pour visiter
un poète dans la ville de “R”. Cette fois-ci ce sont quinze nouvelles qui sont
proposées à notre lecture.
Plutôt que d’écrire un commentaire ou une paraphrase
qui ne pourront que trahir cette oeuvre faite de légèreté et de finesse, je
préfère reproduire la deuxième de couverture qui, dans le cas particulier, me
parait davantage susceptible de donner le goût de la lire:
“Un viel écrivain qui s’intéresse plus à l’histoire du
sac à main d’une jeune professeure de lettres qu’à elle-même; un organisateur
de réception à la campagne, sans campagne; les réponses d’un immense penseur,
légèrement décalé, et le rapport qu’il établit, entre le pickelfleisch et l’amélioration du sort de l’humanité; deux
journalistes et deux fantômes en balade; une vague relation du prix Nobel Saül
Bellow; encore un écrivain qui croise un ami gagnant sa vie en peit chien; un
président d’association qui doit porter une carte spéciale pour pouvoir
assister aux réunions de la société qu’il préside; Spinoza et un perturbateur
dans une salle de réunion; un poète yiddish tapissier de province; une
conversation avec le roi des conseillers en décors de cuisine, peintures,
rideaux et vie privée...
Voici donc quelques-uns des nombreux personnages que
l’auteur présente et qui sont, tous, de vrais
maîtres en leur spécialité.”
Au terme de la lecture de ces deux livres, on ressent
une forme de bonheur discret et amusé, distillé par cette sorte de leçon de
sagesse, faite de proximité et d’humanité. Et on est prêt à partager l’opinion
de Hella Firnis , exprimée à la fin de la dernière nouvelle du second livre:
“Vous l’avez dit: parler – même si on pensait d’abord
qu’on serait peut-être d’accord sur rien -, parler
un peu avec les gens, c’est çà la civilisation”.
