Pour ceux qui, comme moi, sur ce blog ou ailleurs, avaient débattu avec passion du projet de traité constitutionnel européen, la journée d'hier, le 19 novembre 2009, a une signification particulière. L'Europe s'est enfin choisie un Président du Conseil européen stable, du moins pour deux ans et demi.
Relisant les notes que j'avais publiées en 2005 à la veille du référendum de ce 29 mai qui voyait le peuple français rejeter le traité avant de l'adopter, sous une forme, peu modifiée sur le fond, deux ans plus tard, par la voie parlementaire, je me remets en mémoire les espoirs que ceux qui en étaient partisans mettaient dans cette nouvelle fonction européenne.J'avais même espéré que Tony Blair pourrait être l'homme politique qui saurait exploiter au mieux son potentiel, jusqu'à ce que sa décision d'engager la Grande-Bretagne dans l'absurde aventure irakienne ne l'ait disqualifié pour un tel rôle.
Mais, hier soir donc, Herman van Rompuy est devenu le premier Président de l'Europe, comme on le qualifie déjà, pour faire court, sur les ondes radiophoniques et les écrans de télévision. Et déjà également le choeur des critiques médiatiques et politiciennes se déchaine, en particulier en France.
Il est vrai que Herman van Rompuy est catholique, de surcroit ancien élève des jésuites, père de famille nombreuse, discret, modeste, économe de ses paroles, peu enclin à fréquenter les médias, belge, pire encore, démocrate-chrétien et européen convaincu. On conviendra qu'il n'a rien pour plaire dans un temps où, en Europe, nous préférons les politiciens arrogants, verbeux, démagogues, à la vie personnelle compliquée, de préférence sans références religieuses affirmées et européens de raison plus que de conviction.
Certains, dont je suis, verront au contraire cette nomination comme le résultat de cette autre "main invisible" -voire même, horresco referens, de cette "main de Dieu"- qui conduit parfois les dirigeants politiques à prendre la bonne décision sans toujours, tous, s'en rendre compte. Herman van Rompuy présente en effet toutes les caractéristiques de ces hommes modestes et convaincus qui sont à l'origine de la construction européenne, Jean Monnet, Robert Schuman, Alcide de Gaspéri, Konrad Adenauer, Jacques Delors et bien d'autres...
Certes le Président de l'Europe d'aujourd'hui devra composer avec un univers très différent de celui qu'ont connu ces hommes illustres et avec des hommes politiques, devenus à nouveau trop sensibles aux sirènes des intérêts nationaux mal compris et peu enclins à expliquer à leurs opinions publiques respectives l'intérêt européen. Mais les talents qu'on lui prête, affinés sur la scène politique belge, la plus compliquée d'Europe, devrait lui permettre d'avancer. N'oublions pas que quand Jacques Delors a pris la tête de la Commission, peu de commentateurs auraient parié sur sa capacité à faire bouger les choses alors qu'il paraissait privé de ce charisme, devenu la "tarte à la crème" du degré zéro de l'analyse politique.
Gageons que Herman van Rompuy peut nous réserver de bonnes surprises! C'est en tout cas le pari que je suis prêt à soutenir.
