Une réflexion et une recommandation, parmi beaucoup d'autres, méritent attention:
"Inspirons-nous du précédent que représente le «bank holiday» édicté par Roosevelt immédiatement après son investiture en 1933, qui a permis de redessiner le paysage bancaire américain et de restaurer la confiance. De même, mais dans un contexte de marchés mondialisés, plus complexes que la seule industrie bancaire américaine des années 1930, nous recommandons que, pour une durée à définir, les grands États ordonnent la suspension des normes, des activités et des pratiques aggravant la crise actuelle. Quelles pratiques de marché suspendre ? Le graphique ci-après* présente l’évolution du Chicago Board Options Exchange Volatility Index (VIX), mesurant la volatilité implicite du marché américain des actions. Il a un surnom: le «Fear index», ou l’indice de la peur. Plus les opérateurs sont apeurés, perdus, plus son niveau est élevé. Or, ils n’ont jamais été aussi affolés qu’aujourd’hui (voir graphique). Dès lors, pourquoi continuer de se fier à de tels signaux ? Confierait-on sa santé à un médecin fébrile et désorienté ? S’il est impossible et dangereux (pour des raisons de liquidité) de suspendre les cotations de places financières dans le monde, il est en revanche nécessaire de désactiver les vecteurs de propagation de la crise actuelle sur les marchés."
Personnellement, je m'attendais, en septembre dernier, à ce qu'à titre conservatoire, les Etats, principalement concernés par la crise, décrètent une suspension temporaire des marchés pour tenter d'y voir clair avant d'agir, un market holiday pour reprendre l'expression de l'Institut Montaigne. Au lieu de cela, on a laissé continuer à fonctionner ces marchés dont la perversité était révélée au grand jour et, pire encore, on a accepté de soumettre la pertinence des actions publiques engagées à leur "jugement", compromettant ainsi leur efficacité immédiate.
Or s'il est une chose que l'on peut retenir de l'enchainement des causes et des conséquences des dix-huit derniers mois, c'est l'inexactitude fondamentale de l'adage fameux, "les marchés ont toujours raison", qui a couvert les pires turpitudes de comportement au cours des vingt dernières années. Les entreprises, notamment industrielles, savent bien que la manière dont les "marchés" apprécient leur valeur est rarement corrélée à la réalité de leurs performances et de leurs perspectives, que ce soit dans le sens de l'exagération ou de la dépréciation.
La recommandation de l'Institut Montaigne de désactiver sans délai les dispositifs les plus pervers en attendant que l'on se mette d'accord sur les réformes fondamentales nécessaires pour établir la viabilité et la sécurité du système financier, est donc une mesure de simple bons sens. Pour autant les chances qu'elle soit mise en oeuvre sont probablement nulles, tant les décideurs actuels sont encore imbibés intellectuellement par l'intégrisme libéral qui prévaut depuis un quart de siècle et trop jeunes pour avoir été préparé à prendre les mesures radicales qu'imposaient des situations économiques extrêmes, économie de guerre ou économie hyper-inflationniste, qui ne laissaient pas d'autre choix à ceux qui avaient à les affronter.
Bon, un commentaire facile : est-ce que casser le thermomètre guérit le malade ? Pour rire, pourquoi ne pas en même temps interdire aux journaux de parler de la crise ?
Rédigé par: Didier | 30 mars 2009 à 09:58
Encore faut-il que le thermomètre soit correctement étalonné!
Et en ce qui concerne les journaux, de moins en moins de lecteurs n'en "sacralisent" les commentaires tandis qu'il y a encore beaucoup de thuriféraires du marché qui tiennent le pavé et continuent à parler haut et fort comme si rien ne s'était passé.
Rédigé par: PBi | 30 mars 2009 à 17:00
C'est très à la mode en ce moment de s'en prendre à l'irrationnalité des mouvements boursiers. Cependant les contempteurs de la bourse n'expliquent pas par quoi on pourrait remplacer cet estimateur de la confiance, de la valeur et du niveau raisonnable de crédit d'une économie. La solution serait-elle l'économie administrée à la cubaine ou à la nord-coréenne ? Si oui, réjouissons-nous de subir des crises, plutôt qu'une ossification définitive. Ca prouve que nous sommes en vie.
Il me semble du devoir de l'élite d'expliquer au bon peuple, plutôt que d'aboyer avec la meute des démagogues, quelque chose qui est relativement simple à comprendre : l'économie est soumise aux mêmes aléas, accidents et phénomènes chaotiques que la météo. Se révolter contre une crise est à peu près aussi pertinent et productif que de maudire l'orage.
Rédigé par: Gaétan Brunoy | 31 mars 2009 à 12:06
Que l'économie de marché soit le moins mauvais de tous les systèmes économiques est une évidence qu'il faut effectivement ne jamais se lasser de rappeler.
Pour autant, quand on mesure les conséquences d'une crise comme celle que nous vivons sur des millions de destins individuels et en priorité sur les plus faibles et les plus pauvres, on ne peut se résigner à accepter sans réagir l'éventualité de la répétition de ce que Gaëtan assimile à un accident météorologique.
Il est de fait que les marchés financiers n'ont su ni prévenir l'occurence ni traiter les conséquences de la crise immobilière, bancaire et financière qui emporte le monde vers la dépression et le chômage. Les Etats ont dû intervenir pour tenter d'éviter le pire. Ils le font plus ou moins adroitement, mais ils font ce qu'ils peuvent!
Dans ce contexte, mettre entre parenthèses les mécanismes de marché hors de contrôle le temps nécessaire pour les corriger aurait été une mesure de bon sens. Mais, maintenant, il est probablement trop tard pour adopter une telle approche, bien qu'elle soit parfaitement cohérente avec la pensée des grands économistes libéraux qui ont toujours accepté que, quand le marché ou un segment du marché ne remplissait plus sa fonction, c'était aux Etats d'agir en modifiant de manière adéquate le cadre juridique qui lui est applicable.
J'ajoute avec Gaëtan que je suis d'accord -oh combien!- qu'il ne faut pas "aboyer avec la meute" et notamment participer à la chasse aux "traders" et aux opérateurs de marché qui ont, pour la plupart d'entre eux, fait consciencieusement le métier qu'on leur demande de faire dans le cadre qui leur est fixé. Au surplus tous les patrons évidemment et même beaucoup de "grands" patrons, voire même du CAC 40, ne méritent pas d'être trainés dans la boue tous les matins.
Rédigé par: PBi | 31 mars 2009 à 13:08
Le scénario que me semble logique est un "reformatage" complet du disque dur. Malgré les différents correctifs le système est totalement instable et n'arrête pas de planter.
On passe à un OS libre ?
Au delà de cette métaphore techno, on peut supposer que l'économie et la monnaie américaine s'écroule. L'euro pourrait résister mais au prix d'une forte inflation.
Tout cela est nécessaire pour rééquilibrer : il faudra (beaucoup) détruire pour pouvoir commencer à reconstruire.
PS : sinon je pense qu'il faudra aider Bayrou a émerger en 2012, sinon on est plutôt mal parti ... mais je pense que je n'ai pas à vous convaincre ;-)
Rédigé par: ~laurent | 05 avril 2009 à 09:18
Bonjour, je suis étudiant en GEA (Gestion des entreprises et administrations) à Villetaneuse, j'ai lu vos posts et suis plutot d'accord sur l'idée que l'économie est un système très complexe et surtout très imprévisible, le fait de désactiver les dispositifs les plus pervers me parait en sois,quand on y pense, assez logique, cependant je m'interroge sur les institutions qui pourraient être mises en suspension, lesquelles en particulier ?
Il me semble peu raisonnable d'appliquer cela à la Bourse qui est quand même l'indicateur le plus fiable de la santé des entreprises.
Quant aux patrons du CAC 40 qui se font trainer dans la boue c'est un problème de communication qu'ils transmettent: comment accepter qu'un PDG d'une entreprise en difficulté puisse partir avec des indemnités faramineuses ? Le fait qu'il dirige l'entreprise ne l'exonère pas de prendre certaines mesures lors de son propre départ! Cependant c'est vrai qu'en période de grande expansion ou de développement économique important le dirigeant en question est étrangement relevé de tout mérite.
Quant à un changement de système économique, tant que des pays comme la Chine, l'Inde ou le Brésil feront pression sur les marchés mondiaux, la sortie d'un système economique libéral serait non seulement catastrophique mais aussi impossible!
Rédigé par: Thevin Marc | 17 juin 2009 à 11:34
Bonjour,
L'institut Montaigne publie souvent des analyses pertinentes.
Bonne journée.
Rédigé par: Comparabourse | 24 janvier 2010 à 11:47