"On ne peut prévoir les choses qu'après qu'elles sont arrivées". Le flot d'essais qui déferle depuis quelques semaines pour nous expliquer la crise et nous convaincre des remèdes à lui apporter me remet en mémoire ce propos qu'Eugène Ionesco met dans la bouche de l'un de ses personnages dans Le Rhinocéros. La plupart de ces ouvrages de circonstance n'apportent rien de plus au lecteur que ce qu'il a pu glaner au fil des semaines par la lecture attentive des journaux.
Deux publications méritent pourtant plus d'attention que les autres et peuvent aider à se forger une opinion sur la substance des évènements et leur signification.
Il ne fait pas se laisser rebuter par le caractère rébarbatif de la première,
le numéro hors-série de la Revue d'Economie Financière, consacré à la "Crise financière: analyses et propositions". Ses 499 pages rassemblent en effet une somme exceptionnelle de contributions pertinentes d'observateurs et d'acteurs de la crise, venant des mondes de la finance, de la science économique et de la politique. Ne lirait-on que les articles de
Jacques de Larosière, "Pourquoi le système at-il déraillé", ou celle de
Jean-Claude Trichet, "Réflexions sur les turbulences récentes sur les marchés de capitaux mondiaux", que la "boite noire" que constitue ce système devenu fou, commencerait à révéler ses secrets.
Dans un registre plus accessible, un livre qui vient d'être publié,
Le monde d'après Une crise sans précédent, de Matthieu Pigasse et Gilles Finchelstein, tranche par rapport aux autres ouvrages qui encombrent abusivement les tables des librairies. Il ne faut pas se laisser arrêter par l'engagement de ses auteurs qui ne cachent pas leurs convictions sociales-démocrates et leur proximité avec
Dominique Strauss-Kahn.Le mérite des 225 pages, petit-format et gros caractères, est en effet de présenter une analyse technique exacte, limpide et pédagogique de ce que les auteurs appellent "le monde en feu" et qu'on ne trouve exposée nulle part ailleurs avec autant de clarté. A soi seul, les 39 pages qui y sont consacrées méritent le détour pour qui veut essayer de comprendre.
Mais il y a davantage. L'exposé des erreurs et des limites des actions gouvernementales et des risques qu'elles génèrent et qu'il faut connaitre pour essayer de les surmonter par anticipation et ce qui est dit de " la parole anxiogène" qui, loin de rétablir la confiance, entretient la défiance ou du "risque de l'hyperfaillite" des Etats ouvrent des perspectives pertinentes.
Certes Mathieu Pigasse, banquier certes aujourd'hui, mais riche d'une rexpérience de l'action publique, et Gilles Finchelstein, directeur général de la Fondation Jean-Jaurès, ne prétendent pas apporter "la" solution.Mais qui pourrait y prétendre? En revanche, en clarifiant les données de la crise et en dépassant l'instantanéité de l'évènement pour l'inscrire dans la durée, ils font oeuvre utile.
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