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16 janvier 2008

Neuf mois plus tard !

Dans mon dernier livre, Causeries à bâtons rompus , qui peut être téléchargé gratuitement  sur ce site, j’avais consacré aux pages 173 à 201 un Post Scriptum à «Alstom, quatre ans après». «Avec la ferme intention de ne plus y revenir», je prévoyais néanmoins que «je continuerai de temps à autre à être frappé par une de ces balles perdues», dont le journalisme contemporain se fait souvent une spécialité.
Pendant neuf  mois déjà, je me suis tenu à cette attitude jusqu’à ce que, ces derniers jours, quelques amis, notamment rencontrés sur ce blog, et certains anciens d'Alstom s’étonnent auprès de moi du contenu et du ton d’un article publié* dans le numéro 196 de Capital de janvier 2008 et intitulé «L’incroyable résurrection d’Alstom» et m’incitent à ne pas laisser sans suite certaines de ses affirmations.

Je m’y suis donc reporté et j’ai découvert un de ces exercices journalistiques, désormais fréquents, combinant fiction et adulation. A vrai dire, étant toujours actionnaire d’Alstom, je n’y verrais pas d’inconvénient s’il devait servir à améliorer encore le cours de l’action ou à le soutenir dans une période moins favorable !
Encore que, comme commence à le montrer l’expérience que vit l’un des «héros» de cette "story" journalistique, Nicolas Sarkozy, l’excès en la matière, par un effet boomérang fréquent**, peut laisser place rapidement et sans davantage de justification, à d'autres excès, ceux du dénigrement et de la calomnie. J’espère, sans trop y croire, que n'en seront plus jamais victimes ni la belle entreprise que n’a jamais cessé d’être Alstom ni, bien sûr, son Président que j’ai eu la chance d’identifier et dont j’ai proposé la nomination à son conseil d’administration pour me succéder il y a maintenant plus de cinq ans.
Cependant, au risque de décevoir les interlocuteurs auxquels je me référais, je ne vais pas mettre à jour les contradictions, les erreurs et les naïvetés qui émaillent cet article quand il se réfère à la période antérieure à 2003 et qu’il en évoque des éléments «industriels» ou «commerciaux». En effet les esprits avertis auront rectifié d’eux-mêmes et les autres par définition ne sont pas des lecteurs de ce blog! Il n'y a donc aucune raison pour que je revienne sur mon intention d'il y a neuf mois.
Pourtant, m'attachant exclusivement à ce qui peut faire sourire, je ne résiste pas au plaisir de relever certaines affirmations qui, par leur caractère anecdotique et «croustillant» et en dépit de leur insignifiance, sont de nature à exciter l’intérêt, à s’incruster dans les mémoires et ensuite à être  répétées indéfiniment, comme le montre d’ailleurs les réactions de ceux qui m’ont alerté! Accessoirement on y trouvera un indice amusant du crédit qui peut être attaché à cette fiction.
Ainsi   y est-il écrit notamment: «Changement de direction mais aussi de style. Adieu le siège haussmannien de l’avenue Kléber, près de l’Etoile. Huissiers à chaines, grands crus millésimés, limousines …tout a été liquidé
Non, les deux sièges successifs d’Alstom à l’avenue Kléber ne peuvent être qualifiés d’«haussmannien», bien que cela n'ait aucune importance et que cet adjectif n’ait rien d’insultant en terme architectural ! Chacun pourra aller le vérifier personnellement : le premier, le 38 avenue Kléber, aujourd’hui occupé par Veolia, a été construit par Alstom dans les années 20 dans le style qui était à l’époque considéré comme moderne ; le second, le 25 avenue Kléber, désormais occupé par le Crédit Suisse, est une construction récente de la fin des années 90.
Non, les «huissiers à chaînes» n’ont pas pu être «liquidés», comme cela est écrit élégamment. Parce qu’il n’y en a jamais eu à Alstom pendant mes douze années de responsabilité, ni d’ailleurs à l’époque de mon prédécesseur.
Non encore, ce qu’on appelle des «grands crus millésimés» n’ont jamais constitué l’ordinaire  des dirigeants d’Alstom. Clients et aussi journalistes qui se sont succédés au fil des décennies à leur table pourront en témoigner ou peut-être s’en plaindre rétrospectivement.
Non enfin, les «limousines» de facture américaine ou germanique  n’ont jamais été dans le style de cette entreprise à moins que l’on ne qualifie comme telles la Safrane de Renault, la 607 de Peugeot et la Vel Satis de Renault que j’ai utilisées successivement pendant ces mêmes douze années.
A une époque où, notamment sous l’impulsion de notre Président de la République, se développe un «discours» de l’évaluation et de la sanction, dont, au-delà des gesticulations verbales, la pertinence concrète reste d’ailleurs à démontrer, on se prend à rêver qu’un tel processus s’applique également aux journalistes, si prompts à se faire procureurs et juges, notamment des chefs d’entreprise, et qui peuvent écrire en toute impunité n’importe quoi et sans doute aussi parfois à leurs "sources" qui ne mesurent pas toujours l'exploitation malveillante qui peut être faite de bavardages inconsidérés et mal informés. Mars & Co serait certainement prêt à fournir son assistance!
Oui, les entreprises en général et Alstom en particulier méritent mieux que ce type d’exercice littéraire aussi ridicule que fantaisiste!

*Je signale à ceux qui, friands de la presse «people», ne se résigneraient pas à manquer cet article d’anthologie et ne souhaiteraient pas pour autant contribuer à la diffusion payante de Capital, qu’ils peuvent y avoir accès gratuitement sur Boursorama.

** Jeffrey Pfeffer et Robert Sutton ont écrit des pages définitives sur ce processus dans leur dernier livre qui vient d’être traduit en français, «Faits et Foutaises dans le management - Méthode systématique pour démolir les demi-vérités pernicieuses et les croyances idiotes qui empoisonnent trop souvent la vie des entreprises…», livre dont je recommande vivement la lecture à ceux qui voudraient sortir du stade primitif du journalisme sur les entreprises.

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Pierre vous soulevez 2 problèmes, un spécifiquement français : un autre plus global :
- Les journalistes français sont connus pour leur manque de rigueur. Toujours dans le registre français, le fonctionnement de l'économie moderne semble toujours un sujet bien mystérieux pour la plupart de nos élites locales.
- L'information des entreprises et l'information (ou la désinforamtion) économique est à la source de nombreux scandales : Enron, Andersen, Airbus mais on le voit aussi plus proche de nous avec la société Générale (ou on peut craindre quelques malversation du manamgement, notamment en terme de communication).

Je pense que cette désinformation peut être (et doit être) compensée par des gens connaissant bien les dossiers. Peut être des sujets à creuser pour votre blog (vous avez été administrateur de la société général il me semble me souvenir ? ;-))

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