Voilà terminé cet épisode démocratique interminable, commencé en novembre 2005 et qui va encore se prolonger quelques semaines par les élections législatives.
La France a élu Nicolas Sarkozy, Président de la République à une majorité presque aussi significative que celle qui l’avait conduite à rejeter le traité constitutionnel européen.
L’espoir que représentait Ségolène Royal pour beaucoup de Français est désormais une cause perdue pour les cinq ans qui viennent. L’autre espoir qui était incarné par François Bayrou, déjà laminé au premier tour, a été au moins provisoirement écarté par l’attitude des élus de l’UDF qui ont confirmé leur inclination de centre droit, altérant rétrospectivement la crédibilité de la démarche politique de celui qui était leur candidat, abandonné en rase campagne par les siens.
Une page est ainsi tournée. Le pouvoir est confié à une nouvelle vague de dirigeants de la droite dont le mandat sera, selon toute probabilité, consolidé à l’occasion des élections législatives. L’organisation du débat politique en deux camps est confirmée.
La responsabilité de la nouvelle équipe est donc désormais totale. Le nouveau Président de la République n’a cessé d’insister sur le fait qu’il honorerait scrupuleusement l’intégralité des innombrables promesses que la campagne électorale l’a conduit à faire aux Français. Pour ceux qui ne se sont pas reconnus en lui au moment du vote, mais qui le considèrent désormais comme le Président légitime de la République, la bonne nouvelle serait, en paraphrasant le mot* de Louis XII en 1498, que le nouveau roi de France se réserve au contraire un droit d’inventaire sur les promesses du duc d’Orléans qu’il n’est plus et dont il n’a pas à épouser les querelles.
Si les Français l’ont fait roi, ils ont également exprimé, par le succès d'estime qu'ils ont réservé au candidat du centre et aussi par l'intérêt qu'ils ont porté à la démarche participative de Ségolène Royal, une aspiration à moins d’esprit partisan, à plus de convergence et à plus de volonté de recherche de consensus dans la manière de conduire le pays et de traiter les questions essentielles pour son avenir. Les conditions de l’élection du nouveau Président de la République lui donnent le droit d’ignorer ce message. Mais est-ce l’intérêt du pays ?
A titre d’exemple, dans le seul domaine économique et social, il suffit de lire les analyses des économistes, y compris conservateurs, pour comprendre que certaines des mesures annoncées au fil des semaines seraient inefficaces, inopportunes ou injustes. La droite devrait se souvenir, comme l'a rappelé Pierre Cahuc**, que l’une des raisons des difficultés de la gauche a été son obstination, envers et contre tous, sans concertation d’aucune sorte, à mettre en œuvre en 1997 la réduction de la durée du travail à trente cinq heures essentiellement parce qu’elle était incluse dans son programme. Une sacralisation analogue de promesses élaborées dans les arcanes d’un parti politique sans confrontation préalable, en situation de responsabilité, avec la réalité des faits auxquels donne seul accès l’exercice du pouvoir et sans délibération authentique avec les partenaires sociaux ne pourrait conduire qu’à des mécomptes périlleux pour l’avenir.
La France s’est retrouvée dans les objectifs que lui proposait le nouveau Président de la République, réhabilitation du travail, dynamisation des entreprises, défense de l’industrie, accélération de la croissance, assainissement des finances publiques, relance de l’Europe sans référendum, contrôle de l’immigration, mais il pourrait se révéler imprudent de considérer que le débat électoral a ratifié le détail de mesures techniques, souvent inspirées par des intérêts particuliers, qui relèvent d’un autre niveau d’examen.
D’ici peu beaucoup des paroles de la campagne électorale seront oubliées. En revanche le pays scrutera la capacité du nouveau pouvoir à mobiliser des équipes de qualité et à prendre, sans précipitation inutile, des décisions, véritablement utiles au pays, suffisamment méditées, délibérées et préparées avec les moyens de l’Etat qui lui ont été confiés.
L'absence de triomphalisme et la retenue d'expression dont a su faire preuve le nouveau Président de la République en ce soir de sa victoire laissent espérer que, dans l'action du prochain gouvernement, l'esprit de discernement l'emportera sur la tentation du dogmatisme.
* Louis XII, 1462-1515 : "Ce n’est point au roi de France à venger les querelles du duc d’Orléans."
** Dans un entretien avec Le Monde des 6-7 mai 2997.
