Oui, ouf ! Voilà ce que l’on a envie de dire au soir de ce premier tour de l’élection présidentielle. Non pas parce qu’un résultat différent aurait nécessairement représenté un péril pour la démocratie. Mais parce que dix-huit mois de préliminaires pour en arriver enfin au choix essentiel, c’est long.
Les quinze jours qui nous restent pour l’effectuer, en revanche, sont bien courts, tant les règles du jeu qui ont rythmé les batailles précédentes et en particulier celle qui a conduit dans les quinze derniers jours à donner absurdement le même espace médiatique à toutes les candidatures indépendamment de leur crédit politique, ont dispersé l’attention, parcellisé le débat, effacé les reliefs et dilué les visions.
Il faut espérer que Mme Ségolène Royal et M. Nicolas Sarkozy sauront, dans cette brève période, nous présenter leur analyse du monde, de l’Europe et de la France, concentrer leur vision, hiérarchiser leurs objectifs, clarifier leur méthode et nous dévoiler leur personnalité. Il faut aussi souhaiter qu’ils fassent l’honneur au peuple français de débattre devant lui d’une manière qui lui permette de se déterminer dans la transparence et dans la dignité.
Dès ce premier tour cependant, les citoyens ordinaires que nous sommes, à la fois acteurs et observateurs, ont retenu sans ambiguïté quelques options fondamentales de nature à ramener le dialogue démocratique dans le champ du réel :
- Nous avons confirmé massivement notre attachement à l’économie de marché en réduisant à des scores symboliques les quelques candidats qui font profession de la contester.
- Nous avons soutenu tout aussi massivement les candidats soucieux de réconcilier les Français avec leurs entreprises tout en corrigeant leurs excès réels ou supposés.
- Nous avons préféré que l’alternative démocratique s’exerce entre la droite et la gauche, comme dans tous les grands pays développés, mettant ainsi fin à la détestable parenthèse du 21 mai 2002 et rejetant le projet politique intermédiaire, défendu avec courage et talent par M. François Bayrou, mais frappé d’un grand risque d’exécution.
- Nous n’avons pas accordé de deuxième chance aux dirigeants politiques qui nous conduit sur le chemin du Non le 29 mai 2005, confirmant ainsi l’ambiguïté désastreuse de ce vote.
Tout en donnant ainsi avec éclat la priorité au réalisme, nous avons néanmoins également lancé quelques avertissements utiles :
- Nous avons réduit à la portion congrue les candidatures extrémistes ou folkloriques, votant à près de soixante quinze pour cent pour des partis revendiquant de manière plausible l'exercice effectif du pouvoir après les avoir désavoués le 29 mai 2005.
- Nous ne nous sommes pas laissés abuser par le procès en incompétence, très "parisien", fait à Mme Ségolène Royal, sous le prétexte non avoué qu’elle est une femme, alors que ses "références" étaient comparables à celles de ses deux principaux concurrents, et lui avons donné le meilleur score d’un candidat socialiste depuis 1995.
- Nous avons accordé plus qu’un succès d’estime à M. François Bayrou, signifiant ainsi que si nous considérions l’alternance gauche-droite comme l’option naturelle et nécessaire, nous souhaitions néanmoins éviter ses excès et ne pas écarter systématiquement la recherche de consensus nationaux opportuns.
- Nous avons manifesté notre intérêt pour notre responsabilité d’électeur en votant massivement, avec un score proche du record de la Vème République,mais aussi auparavant en nous rendant, nombreux, aux réunions électorales, en achetant, tout aussi nombreux, les livres des candidats, en ne boudant pas les débats participatifs de Mme Ségolène Royal sur le terrain et sur la Toile, en visitant par millions les sites des principaux candidats, cet intérêt pouvant et devant sans doute être interprété aussi comme l’expression d’une exigence grandissante d’action et de résultat.
Ainsi ce 22 avril 2007 qui ouvre l’accès aux responsabilités à une nouvelle génération de dirigeants inaugure en même temps une ère où nous attendrons de leur part plus de réalisme que d’utopie, mais où en même temps nous leur assurerons moins de confiance aveugle que d’exigence raisonnée. En effet beaucoup d’entre nous éliront le 6 mai prochain, non pas le candidat de leur cœur, mais plutôt celui qu'ils auront le moins envie d'écarter au terme des deux semaines de campagne qui s’ouvrent.
