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17 avril 2007

Bouteille à l’encre

J’ai participé ces jours-ci à plusieurs émissions radiophoniques ou télévisées (Europe 1, LCI, Public Sénat) où étaient évoquées les questions des hautes rémunérations à travers divers cas particuliers qui défrayent la chronique.
Le silence persistant des entreprises et des conseils d’administration qui continuent à répugner à expliquer et à justifier leurs décisions renforce l’incompréhension dont elles font l’objet et encourage les politiques à se saisir du sujet et à improviser des «solutions» déconnectées de la réalité des entreprises.
Les tentatives de quelques uns comme Aldo Cardoso sur Public Sénat ou du blog zAdvocate' et aussi de quelques journalistes, sans même me référer aux trente pages que j'y consacre dans Causeries à bâtons rompus, pour introduire un peu de professionnalisme dans le débat n’en sont que plus méritoires.
Il serait temps en effet, après cinq ans de transparence, que les entreprises concernées et les spécialistes des ressources humaines et du droit du travail donnent leur point de vue pour qu’on passe du stade de l’indignation et de la polémique à celui de la réflexion en profondeur et du changement des comportements.
L’appel solennel que vient de lancer Laurence Parisot, s’appuyant sur les recommandations du Medef et de l'Institut de l'Entreprise, permettra peut-être d’avancer dans cette direction. Il n’est pas interdit d’espérer.

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Je m'étais fait traiter de bolchevik un jour par un banquier d'affaires devant qui j'avais comparé le comportement des cheminots CGT et des patrons du CAC. Pourtant, je persiste à penser que leur façon de procéder relève exactement de la même logique. Pour défendre ses intérêts catégoriels, la CGT bloque les trains car c'est l'arme la plus efficace dont elle dispose. Et bien sûr l'intérêt général est le cadet de ses soucis. Les grands patrons ont, pour schématiser, le coffre de la société directement dans leur bureau. Il leur suffit de l'ouvrir pour en retirer les sommes qu'ils souhaitent. De fait, aucun actionnaire ou administrateur ne contrôle vraiment la situation (d'où leur silence assourdissant). Forcément c'est tentant. Ce faisant, les PDG se sont complètement dissociés de la petite communauté que constitue une entreprise. Les montants qu'ils gagnent et, surtout, les augmentations qu'ils se sont accordées depuis cinq ans n'ont rien à voir avec les conditions qu'ils ont imposées à l'ensemble de leurs collaborateurs. Ils en sont arrivés à donner une image désastreuse des entreprises (lieu d'exploitation sans foi ni loi...) pour satisfaire leur intérêt catégoriel. Il n'y a quasiment pas un de leurs arguments qui résiste à l'analyse. Surtout pas celui de la récompense du risque - ils se disent entrepreneurs mais combien ont déjà créé une entreprise ? Bref, dans les deux cas, nous avons à faire à de l'égoïsme et de l'avidité (surtout pour les patrons) pur et dur.
Dernière petite chose : j'avais suivi pour un grand journal l'affaire de vos indemnités il y a qq années. Et au milieu des ricanements des uns et des autres, je leur avais demandé d'imaginer ce que ça doit faire de signer un chèque de 4 millions d'euros sachant qu'il suffit de faire le dos rond pendant quelques mois pour profiter ensuite du pactole... Pas sûr que ce soit si facile.

La question des parachutes dorés fait apparaitre beaucoup de questions fondamentales pour l'avenir de notre pays : les inégalités de plus en plus forte de revenus (est ce qu'un homme vaut 100 fois ou plus qu'un autre homme), la construction de notre démocratie sociale comme outil qui permettra de créer les conditions de la réforme de notre système économique, la place de l'entreprise dans notre société (sortir des caricatures portées par le Medef et l'UMP et réconcilier dans le meme temps la gauche et l'entreprise)...

ROVARETO n'est-il pas un nouvel exemple de
l'indécence et l'immoralité des "grands managers" ?
voir mon blog
www.alexandreanizy.com
l'article
http://www.alexandreanizy.com/article-6447456.html

Cordialement
Alexandre Anizy

Les fortes indemnités et les fortes rémunérations ne sont pas du même ordre.
D'abord une indemnité suppose un préjudice, la clarté des discussions gagnerait à porter nos réflexions sur les préjudices concernés.
Ensuite, une très forte rémunération n'est pas forcement abjecte par comparaison avec les rémunérations les plus faibles, mais là encore de quoi parle-t-on?
Il y a "salaire" pour l'activité effectuée et les résultats obtenus et "gain" pour les résultats en valorisation obtenus hors du chant d'action de la société.
Je m’explique : si un dirigeant permet à un fabricant de soupière coté en bourse de doubler son CA en bousculant toute la chaîne de production du design au réseau de distribution et que les vrais résultat sont là, chapeau ! Si ce même dirigeant double la valeur de la société en faisant courir des bruits sur les fuites constatées dans le fond des soupières de ses concurrents et en profite pour apparaître comme le seul fabricant mondial sérieux, il a aussi droit à une « juste » rémunération.
Mais dans un cas c’est la société qui doit le rémunérer, dans l’autre, uniquement ses actionnaires, dans un cas on est dans une rémunération d’entreprise, dans l’autre dans une rémunération d’investisseur, dans le monde des plus values.
La position des dirigeants stigmatisés est équivoque et c’est là l’origine du problème. On peut échouer dans son métier et satisfaire une stratégie boursière, les exemples sont légions de réussites mixtes incompréhensibles au commun des mortels.
Les mandataires sociaux actifs opérationnels devraient être clairement positionnés face à l’opinion publique dans le camp des investisseurs, et devraient être rémunérés uniquement sur les dividendes et avoir accès aux bonus uniquement sur la valorisation de la société, c’est, hélas, utopique !
Par contre l’augmentation du delta entre les salaires les plus faibles et les « rémunérations opérationnelles » les plus fortes est principalement générée par un effet démographique. Quand la population salariée française était de 10 millions, un facteur 20 était compréhensible, à 25 millions, il y a forcement un effet de prisme par multiplication des étapes et des chemins pour parvenir en haut de l’échelle. Je pense d’ailleurs que ce facteur n’est pas si élevé que ça quand on prend la peine de différencier les revenus entre salaires et plus value. Dans son célèbre exemple Morgan ne tenait sans doute pas compte de l’augmentation de la valeur globale de ses participations…
Enfin, cet effet de prisme est renforcé par nos « putains » de structures en râteau, si la pyramide des rémunérations et des responsabilités était un peu plus isocèle elle serait plus compréhensible…

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