François Bayrou ne m’a pas quitté aujourd’hui. J’ai lu successivement les 195 pages de son livre Projet d'espoir et les 186 pages des Confidences, recueillies par Estelle et Jean Véronis et Nicolas Voisin, qui sont pour l’essentiel la transcription de l’entretien au long cours qu’il avait donné au PoliTIC'Show dont j'ai déjà parlé.
Projet d'espoir se lit agréablement. C’est un livre bien écrit, comme l’était d’ailleurs en son temps Témoignage de Nicolas Sarkozy et comme le sera sans doute aussi Maintenant de Ségolène Royal qu’Amazon tarde à me livrer. Il y flotte également ce parfum de sincérité, d’ouverture et d’honnêteté qui, à défaut d’emporter la conviction, justifie à tout le moins le respect.
Mais, au risque de surprendre, j’ai trouvé encore plus d’intérêt aux Confidences faites au PoliTIC’Show. La spontanéité du dialogue permet d’éviter que les idées n’y prennent le tour convenu auquel n’échappe pas par définition leur expression directe et sans débat par leur auteur. J’avais déjà écrit que la personnalité de François Bayrou avait été favorablement mise en lumière par cet entretien de plus de deux heures du 21 octobre 2006. Sa transcription écrite, complétée le 17 mars 2007 par un deuxième entretien, actualisant le premier, renforce encore cette impression.
Ce candidat ne peut que se féliciter, après avoir dit clairement Non au principe d’un tel entretien, de s’être ravisé, emboitant le pas à Jean-Marie Le Pen, le seul des grands candidats à l’accepter d’emblée.
Contrairement à Jean-Marie Le Pen qui admet sans ambages son ignorance des technologies de l’Internet, François Bayrou exprime un point de vue élaboré à leur sujet :
«L’information habituelle, l’écran de télévision, c’est une information passive. Internet, c’est une information active. Vous allez chercher. Et ce n’est pas du tout la même chose. Deuxièmement, Internet çà favorise l’autonomie. L’information classique, çà favorise le suivisme. On vous distribue une vérité. Troisièmement, çà favorise les communautés, c’est-à-dire le coopératif : on se met ensemble pour changer le monde. Autrement dit, quand vous dites « médias citoyens », c’est exactement le mot».
Pour autant l’honnêteté de la réponse de Jean-Marie Le Pen au PoliTIC'Show lui a-t-elle nui ? Sans doute pas, si l’on en juge par ce commentaire d’Estelle et de Jean Véronis et de Nicolas Voisin dans un autre livre, publié également ces jours-ci, Les Politiques mis au Net,
«En tout cas, la franchise de Jean-Marie Le Pen est déconcertante. On attend des politiques en général, et peut-être plus particulièrement du plus redoutable d’entre eux, qu’ils nous « enfarinent » et n’avouent jamais leurs faiblesses. Ce n’est pas le cas. A plusieurs reprises dans la suite de l’interview, il confessera son ignorance sur un sujet ou un autre. Nicolas commence à éprouver un curieux sentiment dissonant. Le « diable » est étrangement humain. Diablement humain ?»
Ce n’est pas le moindre intérêt de cet autre livre que de révéler les effets inattendus, dans l’univers politique, des bouleversements que provoquent les nouvelles technologies de l’information : individualisation de l’émission de l’écrit, du son et de l’image, instantanéité de la publication par la mise en ligne, rapidité de la diffusion, interactivité entre ceux qui émettent et ceux qui reçoivent.
Les Politiques mis au Net raconte «L’Aventure du PoliTIC’Show» tout en rendant compte des extraits les plus significatifs des entretiens réalisés jusqu’à présent. Outre Jean-Marie Le Pen et François Bayrou, s’y expriment ainsi des candidatures avortées et d’autres qui poursuivent leurs routes, celles de Clémentine Autain, de Corinne Lepage, de Nicolas Dupont-Aignan, de Nicolas Hulot, de Dominique Voynet et de José Bové.
On y découvre aussi la saga des rendez-vous encore écartés ou manqués avec Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal, auxquels il reste encore un peu de temps pour comprendre que, pour tirer parti du bouillonnement du Web 2.0, il ne suffit pas de passer par ses sites propriétaires. L’exemple de François Bayrou, toujours en tête des intentions de vote sur AgoraVox, est là pour le démontrer.
On y découvre également «l’émergence du journalisme 3.0» et sa relation ambiguë avec «les médias pris dans la toile».
On y découvre enfin les espoirs, les déceptions et les combats de l’équipe d’entrepreneurs de PoliTIC’Show, formée de Nicolas Voisin, Julien Villacampa et Christophe Milet. A la recherche d’un modèle économique qui se dérobe en raison de la réticence des grands médias institutionnels, partagés entre l’exploitation, la récupération et le rejet, ils cherchent à inventer de nouveaux cheminements en «surfant» sur les possibilités, encore largement inexploités, de cette révolution technologique que nous vivons depuis les dernières années du vingtième siècle.
Peut-être, comme Christophe Colomb qui croyait aborder aux Indes, découvriront-ils l’Amérique ! C’est en tout cas ce qu’on leur souhaite.
