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27 mars 2007

Une condition (parmi d’autres) pour un « miracle» français

Qui aurait parié sur un «miracle» économique allemand en 1945 ou sur un «miracle» économique britannique en 1997 en dépit de la cure thatchérienne qui avait précédé ? Pas grand monde. Pourtant, dans le premier cas, deux décennies, et dans le second cas, une décennie de croissance et de prospérité ont suivi dans ces deux pays.
De même, aujourd’hui, peu nombreux seraient ceux qui parieraient sur un «miracle» français dans la décennie qui vient.
Les fondamentaux de notre pays restent cependant excellents : une démographie dynamique, des entreprises offensives, une volonté d’entreprendre et un esprit de conquête qui imprègnent de plus en plus les nouvelles générations, un potentiel éducatif et technique exceptionnel, une attractivité culturelle et touristique qui ne se dément pas.
Certes les freins sont également connus et importants : une dette publique écrasante, une réglementation du marché du travail archaïque, des élites nombrilistes et hexagonales, ignorantes du monde et néanmoins donneuses de leçons, un poids politique excessif des extrémismes idéologiques.
Pourtant les obstacles que ces expériences réussies et d’autres encore ont rencontré n’étaient pas moins importants. Il y a cependant un ingrédient dont la plupart de ces pays ont bénéficié et dont nous avons été privés depuis trop longtemps, qui, si notre médiocre performance économique ne peut lui être attribuée en totalité, en explique cependant une bonne partie.

Nous n’avons pas eu la chance d’avoir notre Ludwig Erhard ou notre Gordon Brown.
Là où les Allemands ont eu le même ministre de l’Economie pendant quatorze ans et les Anglais, le même Chancelier de l’Echiquier pendant dix ans, nous avons vu se succéder en France au cours des douze dernières années neuf ministres successifs de l’Economie et des Finances.
Là où, en Allemagne et en Angleterre pendant les périodes évoquées, la fonction de responsable de l’économie a été confiée à deux économistes professionnels, sur nos neuf ministres successifs, un seul répondait à cette définition.
Là où chez nos deux voisins, pendant ces mêmes périodes, cette fonction critique a été confiée à des fortes personnalités, capables de résister et, si nécessaire, d’imposer leurs points de vue face au Chancelier Fédéral allemand ou au Premier Ministre britannique au nom de leur expertise scientifique, nos grands argentiers ont rarement pu ou su acquérir cette stature.
Aucun des candidats à la Présidence de la République parmi ceux qui ont une chance sérieuse d’y accéder n’a ce profil. Et c’est heureux. Car si cette combinaison de caractéristiques est nécessaire pour élaborer et mettre en œuvre une politique économique digne de ce nom, elle ne correspond pas à celle que requiert la charge suprême. D’ailleurs les grands ministres de l’Economie ont rarement fait de grands chefs de l’exécutif. Ainsi Ludwig Erhard a-t-il été un médiocre et éphémère Chancelier et je gage d’avance qu’il en sera de même pour Gordon Brown. Les talents requis sont différents.
Il faut cependant espérer que celle ou celui que nous élirons le 6 mai aura la sagesse de nommer, pour la durée de son quinquennat et, si possible, du suivant, s’il (ou elle) est réélu (e), un Ministre de l’Economie et des Finances qui réponde à ces caractéristiques.
L’empathie entre le titulaire de ce poste d’une part et le Premier ministre et le Président de la République d’autre part n’est pas indispensable. Il n’y avait guère de sympathie naturelle entre Konrad Adenauer et Ludwig Erhard . Il y en a de moins en moins entre Gordon Brown et Tony Blair. De même n'y avait-il guère d'"atomes crochus" entre le Général De Gaulle et Antoine Pinay, l'architecte du redressement économique et financier de 1958 qui, il est vrai, n'était pas un économiste professionnel, mais qui était étroitement inspiré par Jacques Rueff qui, lui, l'était.
Notre futur (e) Président de la République (e) aurait donc tort de rechercher à travers une telle nomination le confort d’une relation de dépendance ou d’amitié. Ce qui devrait être déterminant dans sa décision, ce sont la compétence économique, l’indépendance d’esprit, le talent pédagogique et le courage, la pratique de l’anglais et, si possible, de l’allemand étant un complément indispensable à cet ensemble de qualités compte tenu de la dimension européenne grandissante de la conduite de l'économie.
Le concours Lépine d’innovations ponctuelles et de solutions-miracle, plus ou moins hasardeuses, auquel se livrent depuis plusieurs mois, nos candidats, sous la pression des partis qui les soutiennent, des lobbys contradictoires qui leur promettent des voix qu’ils ne contrôlent pas ou d’intérêts particuliers qui ne se sont jamais exprimés avec autant d’arrogance, ne tient pas lieu de la politique économique dont le pays a besoin. Celle-ci devra se fonder à partir du 7 mai au matin sur les données économiques les plus récentes, fournies par le service public, débattues avec des centres d'expertise indépendants et analysées professionnellement, et conduira à hiérarchiser, à mettre en cohérence, à cadencer les objectifs, voire à en abandonner certains.
Puisse notre futur (e) Président (e) de la République comprendre et accepter que sa responsabilité ne soit pas de gérer l’économie, mais soit en revanche de choisir et de soutenir celui qui saura le faire avec efficacité dans la continuité et l’indépendance à la fois dans l’intérêt du pays et dans son propre intérêt politique.
Dans cet esprit, ce choix est beaucoup plus important que celui du Premier ministre dont le rôle s’apparente de plus en plus, depuis la mise en place du quinquennat, à celui d’un chef d’état-major et qui ne doit pas, lui non plus, se comporter en Ministre de l’Economie et des Finances.

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J'aimerais me tromper, et mon point de vue est sans doute partiel, mais combien dans ces miracles economiques evoques n'est du a l'intervention d'enormes capitaux etrangers qui se sont deverses en Allemagne (et France) avec le Plan Marshall, et plus recemment en Grande Bretagne suite aux privatisation, "deregulation" et puissantes baisses fiscales introduites par Mme Thatcher?
C'est le grand capital international qui fait les miracles economiques, de la Chine a l'Irlande, or nos gouvernements francais ont decide de lui faire la guerre, et on a la pire croissance d'Europe.
Et j'ai bien peur que rien ne change, arrivat-il a Bercy un Prix Nobel en personne.

... j'ai quelques noms possibles en tête !...

Je m'interroge et vous interroge par la même occasion : n'est-ce pas un "travers" très français que de vouloir continuellement rechercher "l'homme providentiel". Après tout, lorsque je parle avec mes amis allemands nés dans les années 50, ils reconnaissent certes les qualités de L. Erhard mais ils disent surtout que leurs parents travaillaient comme des abrutis et qu'ils mangeaient des pommes de terre matin midi et soir, et que donc, aussi talentueux qu'ait pu être M. Erhard, ce sont les allemands eux-mêmes qui ont fait le miracle, pas le Ministre ! Expier la faute par le travail. Rendons à César .... On ne fera pas le bonheur des français malgré eux et aujourd'hui ils ne sont pas à la recherche de leur bonheur, ils sont à la recherche d'eux mêmes, le meilleur des Ministres n'y peut rien.

Le dernier commentaire de DIDIER complete convenablement le mien, et rappelle une verite historique: le miracles economiques sont produits aussi par un certain comportement vertueux: frugalite, epargne, travail. On l'a vu dans les USA de 1800, dans l'Europe des annees 1950, dans l'Irlande des annees 80, dans la Chine actuelle etc. Souvent, helas, les generations suivantes se gatent et refusent le comportement vertueux de leurs parents.

Capital e travail restent les 2 piliers de la richesse, qu'un bon gouvernement peut peut etre moins gacher qu'un autre moins bon, mais ne nous y trompons pas: aux niveaux actuels de consommation, horaires de travail, gout de l'effor, et surtout financement international, je reste de l'idee qu'un prix Nobel a Bercy ne pourrait faire decoller l'economie.

A hayekfan et à Didier,
Je ne crois pas aux hommes providentiels. Je me garderais donc d'attribuer à tel ou tel Ministre de l'Economie et des Finances la responsabilité exclusive, ni même principale, d'un "miracle" économique. Il y a beaucoup d'autres facteurs à prendre en compte.
Par contre, pour avoir vécu, pendant sept ans de ma vie, le fonctionnement quotidien d'un gouvernement, je suis convaincu que cette fonction est celle qui requiert le plus de compétence,de professionnalisme, de continuité et de courage.
On ne peut pas s'improviser Ministre de l'Economie et des Finances et être un excellent politicien ne suffit pas à vous qualifier pour le job.Il faut savoir de quoi on parle, comprendre les mécanismes économiques, être capable de porter une contradiction qui ne soit pas seulement superficielle aux experts et se sentir davantage comptable du long terme que de la prochaine échéance électorale.
Certes ce sont les Français qui feront le "miracle" s'il y en a un, mais ce sont aussi les erreurs de politique économique qui les empêchent. Ainsi, si personne ne vient corriger le tir, la plupart des "propositions" actuellement agitées devant le nez des Français, qui s'apparentent presque toutes à une politique de la demande, nous conduisent droit dans le mur.
L'urgence d'aujourd'hui qu'on pouvait déjà diagnostiquer il y a deux ans comme je l'expliquais sur ce blog en juillet 2005, c'est de mettre en place des mesures puissantes de renforcement des investissements publics et privés et des exportations, faute de quoi nous continuerons à nous traîner sous notre potentiel de croissance, ce qui nous obligera à rengainer toutes nos idées généreuses de distribution, confrontés que nous serons au mur de la dette publique.
J'ajoute pour hayekfan que, tout en admirant les Prix Nobel, je ne leur confierais pas cette fonction. Ce dont nous avons besoin, c'est d'un Ministre, économiste professionnel, motivé pour l'action plus que pour le travail académique. Il en existe beaucoup heureusement...

Merci PBi de vos précisions. Je retire deux informations interessantes de nos derniers échanges sur ce blog :
1/ les candidats nous proposent des solutions liées à l'augmentation de la demande, je ne conteste pas cette affirmation, mais vous voudriez qu'un éventuel Ministre vienne ensuite proposer quelque chose de très différent. Nous entrons alors dans une séquence du type 1995/1997, election/dissolution, changement de politique, bazar assuré -)
2/ pour une fois que je partage un avis avec HayekFan, je me dois de le souligner. Il y a quand même un bémol : si un comportement vertueux est neccessaire pour faire un "miracle", encore faut il que les conditions de ce comportement vertueux pré-existent. les allemands des années 50/60 travaillaient dur mais constataient presque chaque jour que le travail payait, en un mot que la répartition des richesses créées se faisait. Aujourd'hui, nous en sommes très loin et le comportement vertueux demandé aux uns devrait sans doute etre demandé aux autres, suivez mon regard !!!

Soyons directs : ALAIN LAMBERT serait un excellent ministre de l'Economie et des Finances.

Effectivement, il est préférable d'avoir des ministres de l'Economie ayant une très bonne connaissance des mécanismes de l'économie.
Et je suis d'accord avec tous les commentaires pour dire que le rôle du ministre de l'Economie est finalement assez limité : il doit dessiner le sens de l'activité des agents économiques, établir la confiance des entreprises pour qu'elles relancent leurs investissements...Et dans cette perspective, la continuité est fondamentale.
Mais j'ai deux nuances à apporter :
- la connaissance de l'Economie n'est pas tout, une croissance suppose une capacité politique forte : c'est la différence entre deux ministres économistes français récents, Christian Sautter et Dominique Strauss-Kahn...Gordon Brown était susceptible de devenir premier ministre autant que Blair avant que celui-ci n'obtienne la tête du parti à la mort de John Smith...
- la continuité de la politique économique peut exister au delà des hommes et il me semble que c'est assez le cas - au delà des discours volontiers différents - malgré les changements politiques intervenus entre 1997 et 2007.

Le miracle anglais a justement eu lieu, non pas après la "cure" (quelle cure?) thatchérienne, mais grâce à l'action de la Dame de fer qui sut résister à la démagogie et engagea son pays dans une ligne libérale qui le ...libéra.
Ce qui manque à la France, c'est une personnalité politique comme celle-là qui, fuyant toute démagogie, aurait à coeur les intérêts de la France et non celle de tous les groupes de pression qui ne font que la plomber.

Miracle français
Le miracle français est qu'il n'y a pas encore des centaines de milliers de français qui voudraient VIVRE NORMALEMENT et qui ne le peuvent pas parce que ce pays est poignardé dans le dos par une fonction publique qui met les bâtons dans les roues à toute activité économique. POURQUOI y a-t'il encore des MARGES ARRIERE ? POURQUOI y a-t'il encore des appartements gérés par la loi de 48 sur les Loyers? Messieurs les bateleurs au pouvoir, rendez-vous aux prochaines élections. RM

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