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25 mars 2007

Europe: 25 mars 1957, 25 mars 2007

Drapeau_franais_2Drapeau_ue_5  "Je pense que les Français devraient avoir chez eux le drapeau tricolore, comme dans d'autres pays où dans les fêtes nationales les drapeaux sont mis aux fenêtres", a déclaré Mme Royal ces derniers jours. Quelle que soit la méthode retenue, exprimer de temps à autre ensemble notre fierté d'être français recueillera l'assentiment de beaucoup d'entre nous. Pourtant j'aurais aussi aimé qu'une voix française s'élève pour nous suggérer de célébrer collectivement d'une manière analogue le cinquantième anniversaire du commencement de la construction européenne.
Cette oeuvre de paix et de progrès qui, en dépit des vicissitudes de l'histoire, réunit tous les Européens pour leur bien commun, sans contrainte ni obligation, par le seul jeu de leur libre volonté, aurait mérité autre chose que la négligence ennuyée dont elle fait l'objet en dépit des efforts estimables de beaucoup de médias.Echaudés par le Non au référendum de 2005, beaucoup d'hommes et de femmes politiques, pourtant convaincus de ses bienfaits, n'osent plus en faire le centre de leurs programmes et de leurs discours. Espérons qu'une fois les prochaines échéances électorales passée, ceux qui seront élus sauront redonner à la question européenne la place qui convient, c'est-à-dire la première, tant elle détermine notre avenir, mais aussi notre présent.
En attendant il m'a semblé que la bonne manière d'évoquer l’Europe, alors que ses institutions célèbrent leurs cinquante d’années d’existence, était de se remettre en mémoire certaines des paroles d’Européens qui ont contribué à construire, au fil des siècles, son identité.
Je vous en avais déjà proposé quelques unes en mars 2005 à la veille du référendum. Je les reproduis dans la suite de cette note.
Mais j’en ajoute quelques autres que le hasard des lectures m’a fait découvrir ces derniers temps ainsi qu'une réaction à chaud ,à l'occasion des premières rencontres du cinquième pouvoir d'AgoraVox, enregistrée par mobile politic de PoliticShow. .
C’est l’occasion aussi de recommander à nouveau l’excellente anthologie critique et commentée de l’Antiquité au XXème siècle de Yves Hersant et Fabienne Durand-Bogaert qui nous propose à travers des textes significatifs les Europes de l’histoire et du présent.

Jules Michelet
« Ce qu’il y a de moins fatal, de plus humain et de plus libre dans le monde, c’est l’Europe ; de plus européen, c’est ma patrie c’est la France »

Histoire de France, in Le Bouquin des Citations, Robert Laffont

Victor Hugo
« Dieu a fait l’Asie pour les arbres, l’Afrique pour les tigres, l’Amérique pour l’Europe, l’Europe pour le monde »

Le retour, in Le Bouquin des Citations, Robert Laffont


Daniel Faucher
« L’Europe est trop grande pour être unie, mais elle est trop petite pour être divisée. Son double destin est là »

In Le Bouquin des Citations

François Mitterrand (1995)
« Rien n’eût été possible sans les premiers appels de Churchill ; j’ai eu le bonheur de les entendre moi-même. Rien n’eût été possible sans ces quelques dizaines d’Européens venus de chacun de nos pays ; on parle naturellement de Schuman, de Monnet, d’Adenauer, de De Gasperi et de bien d’autres, qui, dans le même moment ont tiré la même conclusion du même désastre qu’ils avaient vécu, et cela précisément par-dessus leurs frontières. L’ennemi d’hier était l’ami d’aujourd’hui. »

Discours à Berlin le 8 mai 1995, extrait reproduit dans Challenges du 22 mars 2007

Jean-Paul II (2003)
« Les racines chrétiennes sont pour l’Europe la principale garantie de son avenir. Un arbre sans racines pourrait-il vivre et se développer ? »

Ecclesia in Europa, 2003

Jacques Delors (2007)
« La base du contrat est claire : des pays souverains acceptent de partager l’exercice d’une part de leur souveraineté, dans le cadre d’une communauté gouvernée par des règles de droit. C’est une expérience unique dans l’histoire. L’Europe est un projet porteur par sa philosophie institutionnelle. »
« Je juge l’Europe à la façon dont elle répond aux défis historiques. Elle l’a fait lors de ses trois premiers élargissements. L’Europe d’aujourd’hui n’est pas celle que j’avais imaginée à vingt-cinq ans, mais je suis fier de cette Europe-là »

In entretien avec Les Echos des 23-24 mars 2007

"L'histoire de la construction européenne n'a jamais été un long fleuve tranquille."

"Je suis déçu de la façon dont on parle (de l'Europe  dans la campagne présidentielle), pas besoin d'en dire plus. Pour la suite, il faudra d'abord faire le ménage chez nous, pour faire face au triple défi de la démographie, de la mondialisation et de la mutation technologique. Alors nous pourrons redevenir cette France ouverte, capable de propositions généreuses, audacieuses qui lui ont permis de marquer, depuis l'appel de Robert Schuman en 1950, l'histoire de l'Europe."

In entretien avec Le Monde des 25-26 mars 2007

Sully
" Je me souviens que la première fois que j'entendis le roi me parler d'un système politique, par lequel on pouvait partager et conduire toute  l'Europe comme une famille, j'écoutai à peine ce prince. M'imaginant qu'il ne parlait ainsi que pour s'égayer, ou peut-être pour se faire honneur de penser sur la politique, avec plus d'étendue et de pénétration que le commun des hommes, ma réponse fut moitié sur le ton de plaisanterie, moitié sur celui de compliment. Henri n'alla pas plus loin pour cette fois. Il m'a souvent avoué depuis, qu'il m'avait longtemps caché tout ce qui lui roulait dans l'esprit sur cette matière, par la honte qu'on a de proposer des choses qui peuvent paraître ridicules ou impossibles. Je fus étonné que, quelque temps après, il remît entre nous deux la conversation sur ce même sujet, et que, dans la suite, il revenait d'année en année à m'en entretenir, avec des arrangements et des éclaircissements nouveaux."

In Mémoires de Sully, le "ministre principal" d'Henri IV, édition de 1788, cités dans Europes, De l'Antiquité au Vingtième Siècle, Anthologie critique et commentée.

Victor Hugo (1872)
" L'Europe empire ou l'Europe république: l'un de ces deux avenirs est le passé.
Peut-on revivre le passé?
Evidemment non.
Donc nous aurons l'Europe république.
Comment l'aurons-nous?
Par une guerre ou une révolution.
Par une guerre, si l'Allemagne y force la France. Par une révolution, si les rois y forcent les peuples. Mais, à coup sûr, cette chose immense, la République européenne, nous l'aurons.
Nous aurons ces grands Etats-Unis d'Europe, qui couronneront le Vieux Monde, comme les Etats-Unis d'Amérique couronnent le nouveau."

in "Lettre aux membres du congrès de la paix, 20 septembre 1872, cité dans Europes, De l'Antiquité au Vingtième Siècle, Anthologie critique et commentée.

Winston Churchill (1946)
" Je souhaite vous parler aujourd'hui de la tragédie de l'Europe. Ce noble continent, qui englobe pour ainsi dire les contrées les plus belles et les mieux cultivées de la terre, qui jouit d'un climat tempéré et uniforme, est le foyer de toutes les grandes races originelles du monde occidental. Il est la source de la foi chrétienne et de l'éthique chrétienne. Il est le lieu où est né l'essentiel de la culture, des arts, de la philosophie et des sciences des temps antiques comme modernes. Si l'Europe avait été jadis unie dans le partage de son héritage commun, il n'y aurait pas de limites au bonheur, à la prospérité et à la gloire dont ses trois ou quatre cents millions d'habitants jouiraient."

" Pourtant il existe aujourd'hui un remède qui, s'il était généreusement et spontanément adopté, transformerait toute la scène comme par miracle, et rendrait en quelques années toute l'Europe, ou du moins la plus grande partie de l'Europe, aussi libre et heureuse que peut l'être la Suisse d'aujord'hui. Quel est ce remède souverain? Il consiste à recréer la Famille européenne, du moins dans son extension la plus large possible, et à la doter d'une structure qui lui permette de vivre dans la paix, la sécurité et la liberté. Nous devons édifier, en quelque sorte, les Etats-Unis d'Europe. Ce n'est qu'ainsi que des millions d'êtres qui peinent pourront redécouvrir les joies et les espérances simples qui donnent son sens à la vie. Il n'est besoin que de la détermination de centaines de millions d'hommes et de femmesà agir en bien plutôt qu'en mal et à trouver leur récompense dans le salut plutôt que dans la malédiction."

Discours de Zurich, 19 septembre 1946, in Blood, Toil, Tears and Sweat: the speeches of Winston Churchill, David Carradine éd., Houghton Mifflin Company, Boston, 1989, traduit de l'anglais par Fabienne Durand-Bogaert, dans Europes, De l'Antiquité au Vingtième Siècle, Anthologie critique et commentée.

François Mitterrand (1992°
" Alors la place de la France en Europe, la place de la France dans le monde, elle est là! Et croyez-vous sans intérêt d'imaginer que cette Europe, que nous construisons, sera bientôt en mesure de supporter la concurrence des plus puissants? Il ne s'agit pas de s'installer en conquérant au centre du monde. Mais il ne s'agit pas non plus d'accepter la domination des autres. Serions-nous incapables de perpétuer l'histoire que nous avons héritée? Est-il normal de penser que seules existent au monde deux grandes puissances économiques et commerciales, et par voie de conséquence politiques: les Etats-Unis d'Amérique et le Japon? Va-t-on laisser enfoncer tous nos marchés par ces puissances-là? Va-t-on être obligé de ses soumettre à tous les impératifs politiques des puissances extérieures à l'Europe? Déjà la Communauté des Douze - sans être parvenue encore à son terme, ce sera Maastricht- est la première puissance commerciale du monde. Elle pourrait être aussi la première puissance industrielle, la première puissance technologique...Et si elle ne l'était pas, du moins pourrait-elle parler d'égal à égal avec ceux qui décident pour le reste du monde. Je trouve que c'est une ambition qui en vaut la peine!"

In Discours à l'Institut d'Etudes Politiques, 1992, in Onze discours sur l'Europe, Yves Hersant éd., Vivarium, Naples, 1996, cité dans Europes, De l'Antiquité au Vingtième Siècle, Anthologie critique et commentée.

Jacques Le Goff (1994):
" Ainsi se dessine une première ébauche d'Europe sur un double fondement: la composante communautaire de la Chrétienté, modelée par la religin et la culture, et la composante plurielle des divers royaumes fondés sur des traditions ethniques importées ou pluriculturelles anciennes (Germaisn et Gallo-Romains par exemple en Gaule). C'est la préfiguration de l'Europe des nations, car dès ses origines l'Europe montre que l'unité peut être faite de la diversité des nations: nations et unité européenne sont liées".

Saint-Simon (1814):
"Ainsi en résumant tout ce que j'ai dit jusqu'ici, l'Europe aurait la meilleure organisation possible, si toutes les nations qu'elle renferme, étant gouvernée chacune par un parlement, reconnaissaient la suprématie d'un parlement général placé au-dessus de tous les gouvernements et investi du pouvoir de juger leurs différends".

Erasme (1515):
" L'Anglais est l'ennemi du Français uniquement parce qu'il est français, le Breton hait l'Ecossais simplement parce qu'il est écossais; l'Allemand est à couteaux tirés avec le Français, l'Espagnol avec l'un et l'autre. Ô perversité des hommes, la diversité superficielle des noms de leur pays suffit à elle seule à les diviser! Pourquoi ne se réconcilient-ils pas plutôt sur toutes ces valeurs qu'ils partagent ensemble?"

Mirabeau (1790):
" Le temps viendra où l'Europe ne sera qu'une seule famille, alors se consommera le pacte de fédération du genre humain."

Renan (1882):
" Les nations ne sont pas quelque chose d'éternel. Elles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement les remplacera."

Benda (1933):
" Il faut vous résigner: l'Europe sera sérieuse ou ne sera pas. Elle sera beaucoup moins amusante que les nations, lesquelles l'étaient déjà moins que les provinces. Il faut choisir: ou faire l'Europe ou rester d'éternels enfants."

Citations extraites de Europes, De l'Antiquité au Vingtième Siècle, Anthologie critique et commentée.

Jremy Rifkin (2004)
"Nous restons conditionnés par le souvenir de l'ancienne Europe, composite de milliers de villes jadis fortifiées et de campagnes encastrées au sein de multiples découpages nationaux strictement délimités, sorte de mosaïque compacte de frontières contiguës à d'autres frontières. Habitués à avoir ce que nous appelons de la place pour respirer, nous trouvions la vieille Europe exiguë, nous y étions presque au bord de l'accès de claustrophobie. Je me rappelle une conversation que j'ai eue, il y a plus de quinze ans, avec le fils d'un de mes amis italiens. Le jeune homme venait de rentrer de son premier séjour aux Etats-Unis et je lui ai demandé ce qu'il y avait préféré. L'Amérique, m'a-t-il répondu, est tellement ouverte.
Mais voilà que l'Europe abat les murailles, les limites, les frontières, les innombrables démarcations qui, depuis plus de deux mille ans, séparaient les gens de leurs voisins et des étrangers. On peut, en voiture, traverser le continent sans jamais s'arrêter à une frontière. Comment savoir si nous avons quitté la France et si nous sommes en Espagne? D'un coup, l'Europe paraît plus ouverte, plus vaste. Sans aller jusqu'à dire que l'impression est celle d'un pays qui s'étend à perte de vue et possède la majesté des vastes espaces américains, on n'y a plus le sentiment d'exiguïté et de fermeture que l'on pouvait éprouver hier. Maintenant, on y a de la place pour respirer, et personne ne sait très bien quoi faire de tout cet espace nouveau.
Une chose est sûre cependant: une expérience nouvelle se déroule en Europe. Toute l'Europe est un terrain d'expérimentation où l'on repense le commerce et la politique, où l'on essaie d'imaginer comment mieux vivre les uns avec les autres. Les chiffres sont impressionnants et donnent une idée de l'ampleur et de la portée, de la magnitude de l'expérience. Vingt-cinq pays d'Europe, de toutes dimensions, ont mis en commun leurs vastes ressources humaines et naturelles et pris l'engagement au moins partiel, d'unir lers destinées. Nous avons encore tendance à ne voir dans l'Union européenne qu'une sorte de zone de libre-échange, quelque chose qui ressemblerait, en plus perfectionné, à l'Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Nous nous trompons. C'est bien plus que cela.
Les habitants d'Europe ont un Parlement européen commun doté de nombreux pouvoirs réservés jusque là aux Etats-nations, une Cour européenne de justice dont les décisions prennent le pas sur la législation de chacun des différents pays de l'Union, ainsi qu'une Commission européenne chargée de réguler le commerce et les échanges, en même temps qu'une centaines d'autres activités qui étaient autrefois l'apanage des gouvernements nationaux. L'Union a établi une défense militaire commune, en créant la Force de réaction rapide. Elle a accepté de définir une politique étrangère cohérente et, après ratification de sa nouvelle Constitution, elle disposera d'un ministre européen des Affaires étrangères. Au cours des deux prochaines années, les vingt-cinq gouvernements concernés seront appelés à ratifier une Constitution à l'échelle de l'Europe, officialisant leur union. On continue bien sûr de discuter de l'importance de la souveraineté que chaque Etat-nation devrait conserver ou céder à l'union- le Royaume-Uni en étant le partenaire le plus réticent. Ce sont des querelles que nous avons bien connues au cours du premier siècle de l'union américaine. A l'instar de notre grandiose expérience, la voie sur laquelle l'Europe s'est engagée semble promise à une grande destinée."

In "Le Rêve européen ou comment l'Europe se substitue peu à peu à l'Amérique dans notre imaginaire", de Jeremy Rifkin, 2004, Librairie Arthème Fayard, 2005, pour la traduction française (pages 85-86).

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Je vous rejoins sur le point de regretter l'absence de cérémonie - en France - ou au moins de déclaration, pour célébrer ce 50ème anniversaire.
Une occasion manquée. Nos hommes ou femmes politiques ne sont peut-être pas si courageux qu’on le pense.

Bien cordialement.
PMB

bravo pour ces citations. Mon sentiment à moi en ce jour est sur la note suivante
http://loric.blog.lemonde.fr/2007/03/25/leurope-au-coeur/

Des citations magnifiques. Ça alors, pour Henri IV, si j'avais su ...!

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