Dans un billet lumineux, Jacques Attali constate que les trois principaux candidats à l’élection présidentielle, Mme Royal et MM. Bayrou et Sarkozy affichent une grande convergence sur les questions qui relèvent principalement de la compétence du futur Président de la République tout en s’exprimant peu à leur sujet et s’affrontent avec vigueur et jusque dans les moindres détails sur les mesures économiques et sociales qui relèveront de la compétence du futur Gouvernement et du prochain Parlement, et non pas de la leur.
Aussi les électeurs que nous sommes en sommes-nous réduits dans le mois qui nous reste à fixer notre choix en nous faisant une opinion sur la seule question importante qui reste obscure, celle des caractères des prétendants, «et en particulier leur courage face à l’inattendu, à l’urgence, à la menace, à l’intimidation, à la crise, à des attentats. Une qualité qu’aucun programme écrit par d’autres ne permet d’évaluer, qu’aucune envolée lyrique ne permet d’appréhender, qu’aucun applaudissement ne permet de mesurer».
Ni les profils apparents des trois candidats principaux, ni les stéréotypes que nous transmettent les médias, ni les «témoignages» personnels ne nous seront d’aucun secours dans cette réflexion essentielle.
S’agissant des profils, les critères habituels ne nous aident pas. Leurs parcours universitaires, bien que différents, ont eu une densité analogue. Par ordre alphabétique, agrégation d’histoire, Sciences Po et ENA, Sciences Po et CAPA, les placent vingt ans plus tard sur la même ligne de départ. Leurs expériences locales, parlementaires et ministérielles ne donnent aucun avantage à l’un ou à l’autre. Tous ont sollicité à plusieurs reprises le suffrage universel. Tous ont pratiqué la démocratie locale. Tous ont exercé des fonctions ministérielles de durée significative. Tous ont été impliqués de manière diverse dans les processus du pouvoir et aucun n’a été Premier ministre, ce qui aurait pu faire la différence en termes de compétence objective.
Les stéréotypes médiatiques ne nous éclaireront pas davantage, qu’il s’agisse des racines paysannes, fussent-elles renforcées par la métaphore du tracteur, de l’un, de l’image de dynamisme et de modernité de l’autre ou de la beauté et de la sérénité de la troisième. Pas plus que la masculinité des deux premiers ne garantit leur caractère ou leur compétence, la féminité de la troisième ne l’en prive nécessairement.
Enfin on ne saurait trop se méfier des «témoignages» personnels, délivrés pendant «la période suspecte» des campagnes électorales. On peut craindre que le désintéressement n’en soit pas toujours la motivation principale et qu’au contraire les inspirent la déception, l’ambition déçue ou, tout simplement, l’incompatibilité d’humeur.
Nous n’avons donc pas d’autre option dans les semaines qui nous restent, comme le suggère Jacques Attali, que d’ «analyser leurs comportements en apparence les plus anodins». Ainsi, dans le secret de l’isoloir, ce seront des petits riens, égrenés au fil des jours et dessinant un paysage en perpétuel mouvement, qui feront le succès ou l’échec de chacun des candidats.
Autant dire que rien n’est joué et que tout commence.

Je suis tout a fait d'accord. Je n'arrete d'ailleurs pas de repeter autour de moi : "c'est le president de la republique qu'on va elire , pas le 1er ministre ! ". Et c'est en ce sens que Chirac avec tout ses defaut a ete tres apprecié. Car face a l'imprevu et le difficile, il a souvent (pas toujours) reagit a chaud exactement comme il fallait.
Mitterand aussi avait cette qualité-là, mais lui etait tellement cerebral qu'on se demandait toujours ce que ce "florentin" voulait dire...
Je crois que les seuls qui l'aient aussi c'est Baladur et Delanoe. Jospin ne l'a pas. Roccard et Delors non plus bien que je les estime beaucoup tous les trois.
De nos trois pretendants je donne vraiment ma langue au chat... J'ai quand meme un peu plus confiance en Bayrou pour sa capacité a expliquer clairement les choses (Meme si je ne suis pas d'accord sur le fond). Alors que Sarko est souvent maladroit dans les mots ("racaille" , "identité nationale",...) et Sego incomprehensible.
Rédigé par: fred | 22 mars 2007 at 21:42
Beau billet ... une perspective aussi originale que réaliste, cette vertu des blogs !
Rédigé par: FrédéricLN | 23 mars 2007 at 09:27
« Ainsi, dans le secret de l’isoloir, ce seront des petits riens, égrenés au fil des jours et dessinant un paysage en perpétuel mouvement, qui feront le succès ou l’échec de chacun des candidats. »
C’est très ,très juste.
« Nous n’avons donc pas d’autre option dans les semaines qui nous restent, comme le suggère Jacques Attali, que d’ «analyser leurs comportements en apparence les plus anodins». »
Là aussi,je crois avoir déjà signalé sur ce blog,comment notre Ségolène le 15
avril 2006,a tenu à arriver à Longwy dans une « Scénic »,pour que les gens sur place s’imprègnent bien que dans la région Poitou-Charente,elle avait,pour réduire le train de vie du Conseil Régional ,remplacé quatorze Vel Satis par sept Laguna .Et qu’ensuite ,après avoir participé à un « dîner républicain » ,toujours à Longwy, notre belle disparaissait plus discrètement dans une … « Vel Satis »!
Du bluff! Rien que du bluff!
Mais attention,le coup de porter dans ses bras un petit agneau au Salon de l’agriculture pour se faire prendre ainsi en photo ,passe auprès des paysans pour un ridicule incommensurable!
Concernant le comportement dans la vie,avec les gens ,je ne rappellerai pas ici dans le détail l’incident,au vu et au su de tous les passagers (pas seulement français,et c’est pour cela que ça a filtré) , qui avait eu lieu entre Lionel Jospin et Sylvie Maligorne,dans l’avion qui les transportait entre Rio-de-Janeiro et Buenos-Aires,lorsqu’il était allé palabrer à Porto-Alègre,peu de temps avant la présidentielle de 2002,lorsqu’il « travaillait » sa stature internationale!
Rédigé par: dab | 23 mars 2007 at 12:06
Je ne comprends pas très bien de quoi il s'agit: de comparer leurs tempéraments?
Nous le faisons tous les jours, et la moindre intervention télévisée est un moyen de mieux connaître le comportement des prétendants.
Par ailleurs, ils sont tous connus depuis un certain temps déjà, et pour celles et ceux qui suivent la vie politique, les indices sont nombreux quant aux "qualités morales" (courage, calme dans la tempête) des impétrants.
Me paraît au moins aussi important, sinon plus, de regarder comment, dans le passé, ils ont exercé le pouvoir. Avec modestie, efficacité, par la domination? Ont-ils été stratèges ou tacticiens? Girouettes ou trop rigides?
Nous avons en somme une mine de données sur chacun des trois, et la synthèse appartient dès lors à chacun des observateurs-électeurs que nous sommes.
Rédigé par: Marc Traverson | 23 mars 2007 at 17:17
Votre note comporte hélas une grande part de réalité, je veux dire par là que si le sens du mot politique a encore un sens, s'en remettre à des "petits riens" est vraiment inquiétant, la phrase peut d'ailleurs etre facilement inversée suivant son opinion -)
Je crois me rappeler que vous aviez mentioné il y a déjà quelques mois, peut être plus, que l'élection se ferait, non pas sur un programme, mais sur une image, sur l'idée, que les électeurs se feraient des candidats. Avons nous atteint le niveau zéro de la politique ou bien, au contraire, l'extase d'une Démocratie enfin consensuelle pouvant se permettre de ne considérer que les "petits riens" ?
Rédigé par: Didier | 24 mars 2007 at 17:52
Les citoyens sont complètement désorientés, chaque candidat prétendant reprendre les idéaux des autres.
Vous nous proposez, semble-t-il de nous en remettre au feeling.
N'est-ce pas comme le suggère Didier, le degré 0 de la politique et de l'exercice de la citoyenneté ?
Soit le président a un pouvoir politique et alors il faut l'élire sur des critères politiques. Soit, grâce au quinquénat, il n'en a plus, auquel cas il me semble préférable de supprimer l'élection présidentielle et de procéder, à la place à l'élection du premier ministe.
Rédigé par: Miguel | 24 mars 2007 at 22:26