Erasmus: témoignage d'un jeune européen
Erasmus 20 ans UK 95
C'est Jean-Christophe Loric, à travers son commentaire à la note précédente, qui nous offre ce beau témoignage.
Dans un livre, "Causeries à bâtons rompus", qui paraitra bientôt, je cite cet extrait du livre de Daniel Cohen, Trois leçons sur la société post-industrielle":
"Le projet de créer une Europe des Universités prend ici une importance majeure. À fréquenter, comme dans le film «L’Auberge espagnole », les mêmes bancs, les étudiants ne contribuent pas seulement à doter l’Europe d’un levier pour la société de la connaissance. Ils sèment aussi les germes d’une communauté morale, affective. Il est possible que les programmes Erasmus soient à l’Europe à venir ce que la Communauté du charbon et de l’acier a été au marché commun, puis à l’Union européenne : le début, à l’origine dérisoire, d’une longue marche qui déterminera peut-être son destin au XXIe siècle."
Et j'ajoute:
"Puissent les 1200 000 jeunes européennes et européens qui, depuis vingt ans, ont pu accroître ensemble leur savoir et découvrir leur communauté de destin, être les fers de lance de cette Europe nouvelle à construire, cette Europe que ma génération a laissée au bord de la route !"
Ce témoignage de Jean-Christophe donne des raisons d'espérer que ce souhait ne restera pas un voeu pieux.

Le témoignage de Jean Christophe est certes sympathique, émouvant à certains égards, mais il contient quand même une certaine part de naïveté , et je le dis sans aucune méchanceté, juste pour être honnête avec ma propre pensée n'étant pas moins pro-européen que lui.
Je regardais hier soir le film "l'auberge espagnole" sur France 2, film que j'avais vu en salle lors de sa sortie. Et regarder ce film à l'aune des derniers événements ne manque pas d'intéroger. Jean Christophe nous invite au partage des rêves, le programme est séduisant mais comment puis je partager des rêves avec des gens que finalement je ne connais pas ? Au fond, les Français connaissent-ils les Allemends ? (cf EADS) les Anglais connaissent ils les Italiens ? etc... Comment partager des rêves dans ces conditions ? Mais le plus important, les Européens ont ils envie de se connaitre ? Revoir "l'auberge espagnole" sous cet angle me laisse dubitatif.
Rédigé par:Didier | le 26 mars 2007 à 10:04
A Didier,
Je suis d'accord avec vous, j'en parle d'ailleurs dans mon prochain livre, "Causeries à bâtons rompus", le chantier européen le plus prioritaire est celui de la réduction du déficit de connaissance des Européens entre eux. 1200000 jeunes européens sont passés par Erasmus en vingt ans. C'est une réussite incontestable, mais il faut faire encore plus et multiplier les outils.
Nous l'avons appris dans les entreprises. Pour faire fonctionner le moins mal possible les entreprises européennes un intense effort d'échange et de formation en commun est indispensable. Cela coûte beaucoup d'argent, mais c'est de l'argent bien investi. Peut-être ne l'a-t-on pas fait suffisamment au sein d'Airbus.
Rédigé par:PBi | le 26 mars 2007 à 13:13
Bonjour, maintenant qu'on se connaît, je me permettrai de la propagande Bayrou sans retenue :-) en citant une idée très proche de ce que dit Daniel Cohen dans son livre :
"Les universités joueront, demain, dans le monde de la création, le rôle que l'usine a joué dans la société industrielle. Avoir des universités performantes, où tout le monde travaille dans la même direction, où les expériences des uns et des autres se fécondent mutuellement, ouvertes sur l'entreprise, c'est la clef de la compétitivité nationale dans les prochaines années."
http://www.bayrou.fr/evenements/bayrou-conference-de-presse-economie-230207.html
Rédigé par:FrédéricLN | le 26 mars 2007 à 21:18
J'ai été touché par ce film que j'avais vu il y a longtemps.
Diffusé le jour du 50° anniversaire du traité de Rome, il nous montre un jeune qui se construit grâce aux autres, en les écoutants et en respectant leurs différences. In fine, cet appartement d'étudiant, c'est un peu notre petite Europe où chaque pays se cherche, ne sait plus trop qui il en est et qui finalement va grandir grâce aux autres.
C'est un peu utopique mais c'est aussi grâce aux utopies que l'on bâti des projets et qu'on avance...
Rédigé par:Miguel | le 27 mars 2007 à 01:40
bonjour, ici simplement un petit témoignage ..
je suis une étudiante française en train de vivre plus ou moins exactement ce que décrit Cédric Klapisch dans son film. J'habite à Naples depuis un peu plus de 6 mois avec 2 anglaises, une grecque, un allemand et une portugaise, tous entre 20 et 25 ans. Le fait de partager cette expérience de voyage et d'apprentissage de la langue a créé une solidarité très forte entre nous, et, je crois, en général dans ce qu'on appelle ici "la communauté Erasmus". Nous sommes tous d'accord pour dire que l'Europe se fait et doit se faire au travers de programmes de ce genre, de rapprochement des gens autour d'un idéal solidaire, et non pas comme une accumulation de réglementations issues d'une Commission sans visage ou autour de je-ne-sais quelles racines chrétiennes ..
Rédigé par:tuttifrutti | le 27 mars 2007 à 10:09
@ tuttifrutti : vous semblez nous dire que partager un logement entre grecs, allemands, portugais, etc ... est nécessaire et suffisant, autour d'un "idéal solidaire". Mais de quel "idéal" parlez vous au juste ? et que contient le terme "solidaire". Ne voyez pas dans mes propos quelque chose de désagréable, mais je crains que c'est justement parce que nous n'allons pas au bout des choses que l'Europe que nous souhaitons ne se fait pas.
Rédigé par:Didier | le 27 mars 2007 à 14:09
tuttifrutti, PBi, Miguel, FredericLN, Didier
je crois savoir que vous concordez sur le fait que connaitre un peuple et sa culture ne se reduit pas a l'excellente experience Erasmus, faite en 20 ans par 1,200,000 (le 0.25% des Europeens). Ni par quelques visites a ses hauts-lieux touristiques ou la vision de ses chef-d'oeuvres cinematographiques. Certes, la direction est la bonne, mais comme l'on dirait a qui veut traverser le Pacifique a la nage.
Les personnes de la generation (et peut-etre l'origine geographique) de M. Bilger, sont deja enthousiastes du resultat d'avoir arrete la confrontation militaire entre Europeens (quoique moi j'en sois davantage reconnaissant a M. Fermi et M. Oppenheimer qu' a M. Schuman e M. Monnet).
Le fait est que les Europeens d'aujourd'hui restent surtout des Allemands, des Francais, des Britanniques, des Italiens etc On le voit tres clairement quand on discute de PAC, de GPS europeen, d'energie, de banques.
La langue est pour moi l'obstacle principal: personne ne peut parler 25 langues, et de ce fait la, malgre toute sa bonne volonte, chacun doit de se borner a des rapport tres superficiels avec la plupart des autres Europeens.
L'histoire a montre que toutes les aggregations des peuples de langues differentes se sont effondrees face aux problemes: Autriche, Yugoslavie, URSS.
L'identite nationale reste forte et l'on pense toujours que les problemes viennent de l'"autre".
L'Europe se fera vraiment quand il n'y aura plus d'"autre", quand on se sentira chez soi de Sicile en Finlande, en faisant rire les voisins avec ses blagues preferees, en lisant son journal le matin, en causant avec son elu des problemes locaux.
Sans unification linguistique, j'ai bien peur qu'on fetera pour la premiere et la derniere fois les 50 ans de l'Europe.
Rédigé par:hayekfan | le 27 mars 2007 à 14:35
Lorsque j'avais vu "L'auberge espagnole" j'avais trouvé ce film plutôt superficiel et naïf. Etudiant et travaillant depuis 2 ans dans un pays étranger, j'ai eu la confirmation de 2 choses :
- d'abord, que "l'auberge espagnole" est effectivement un film naïf. Beaucoup de Francais étudiant à l'étranger ne le font que pour la ligne sur le CV et font un rejet viscéral de la culture locale. Par contre, il souligne sans le vouloir une réalité des études à l'étranger : les étrangers se mélangent entre eux, et finalement assez peu avec les locaux. C'est aussi en partie la faute des autochtones, mais cela limite de fait l'expérience.
- d'autre part, que les Francais devraient effectivement voyager un peu au lieu de se croire le centre du monde. L'exemple récent d'Airbus montre que dans trop de dossiers européens, les Francais se croient seuls maîtres à bord, et ont du mal à comprendre leurs partenaires. Ceux-ci ne sont pas toujours exempts de tout reproche, mais essayer de les comprendre aidera à ne pas créer de crises inutiles. Et accessoirement, cela permettra peut-être un jour que ceux qui citent les exemples de pays étrangers le fassent en connaissance de cause et non via un vague ouï-dire (flex-sécurité, habitudes scolaires ...)
Rédigé par:LazyStuff | le 08 avril 2007 à 22:26
Pas besoin d'unification linguistique.
Des pays fonctionnent avec des langues différentes.
La Suisse avec trois langues, et l'Inde avec au moins 20 langues différentes (officielle dans chaque état)ainsi que 11, je crois, système d'écriture différent (que l'on peut voir sur les billets de banque indien, comme sur l'Euro d'ailleurs.)
Rédigé par:JLS | le 11 avril 2007 à 13:56
en reponse au billet precedent, j'aimerais remarquer que la Suisse est un pays germanophone, avec 2 ou 3 minorites linguistiques tres cantonnees dans de petites regions, et peu ou mal representees. En tous cas, la forte difference des cultures amene a une integration tres faible, avec lois et fiscalites foncierement differentes de canton a canton. Veut-on cela en Europe?
L'Inde, pays emergent ou beaucoup de cultures ne sont jamais sorties du Moyen-Age et n'ont jamais produit de veritable science ou literature, s'est avanceee dans la cour des grands grace a la diffusion universelle de l'anglais, parle et entendu (comme a pu le constater qui y a voyage et travaille) jusqu'aux villages de montagne, souvent davantage et mieux qu'en Allemagne ou France ou Italie.
C'est precisement l'integration linguistique de son monde economique sous le signe de l'anglais qui empeche a l'Inde de tomber dans une societe tribale comme le Pakistan, et qui lui permet d'etre un serieux concurrent de l'Europe dans les domaines de l'Information Technology, et des services. Les ingenieurs, les hommes d'affaires, les grands patrons et les leaders politiques communiquent entr'eux et avec le reste du monde en anglais: les 20 langues differentes et les 11 systemes d'ecriture restent bons pour le folklore et le tourisme...
Pas de langue commune, pas de nation, pas d'union politique: l'ecroulements des empires autrichien, yougoslave et russe devraient nous l'avoir appris.
Rédigé par:hayekfan | le 11 avril 2007 à 15:03
A JLS,
Habitant la Suisse, je ne me retrouve pas vraiment dans votre description. Faisant effectivement partie de la minorité francophone, la Suisse essaie l'intégration de ses minorités avec, par exemple, des quotas proportionnels dans les pouvoirs législatifs et exécutifs du pays. Je ne me sens pas exclu de ces réalités politiques car, effectivement, chaque canton garde une large autonomie face à l'autorité fédérale, pour les domaines qui relèvent de l'éducation, fiscalité et police principalement. Chaque canton adopte selon ses origines (catholiques/protestantes, rurales ou citadines) un mode politique propre au gouvernement voté par le peuple cantonal.
Je vous rappelle qu'en Suisse, le referendum (possibilité au peuple de remettre en cause une loi adoptée par le législatifs cantonal ou fédéral) consacre au peuple le dernier mot.
La langue pose en effet un problème majeur. Il semble que l'anglais devienne la langue unificatrice des différentes régions suisse. La neutralité de l'anglais serait-il pour quelque chose?
L'intégration est au centre des préoccupations suisses et peut-être que l'Europe devrait s'en inspirer quelque peu. Tout n'est pas parfait, bien évidemment, mais les différences de chaque peuple peuvent coexister dans la coalition fédérale.
Rédigé par:christophe | le 12 avril 2007 à 18:44
CHRISTOPHE
Je concorde avec vous. Je me deplace souvent en Suisse pour affaires et force est de constater que la communication entre les minorites et les germanophones se fait presque toujours en anglais.
Toutefois le fait est qu'ils sont tres rares ceux qui quittent le Genevois ou le Tessin pour travailler ailleurs, ou les germanophones qui s'installent dans ces deux regions pourtant magnifiques.
Ceux qui revent de l'Europe comme une grande Suisse devraient reflechir au fait qu'on ne pourra pas pousser en Europe la mobilite et par consequence l'integration economique, politique, fiscale, (ainsi que dans les domaines de l'education et de la police), bien au dela de ce que l'on constate en Suisse si l'on veut garder 25 langues et cultures differentes.
Les seules unions d'Etats qui ont reussi leur integration complete restent celles unifiees par la langue: USA, Allemagne, Inde, bientot peut-etre la GCC (Saudiens et autres principautes), qui va se donner une monnaie commune...
Rédigé par:hayekfan | le 12 avril 2007 à 20:06