Jeudi soir, dans l’émission A vous de juger de France 2, François Bayrou est apparu sympathique, compétent et convaincant.
Beaucoup se sont sans doute réjouis d’entendre un candidat à la présidence de la République refuser le jeu des promesses, même s’il s’autorisait ici ou là quelques entorses à cette règle de conduite. Beaucoup aussi ont certainement apprécié son appel à un rassemblement des Français pour traiter de manière transpartisane et non idéologique les questions essentielles pour l’avenir du pays. Beaucoup enfin ont certainement été heureux de l’entendre parler de l’Europe comme on aurait aimé que davantage le fassent au printemps de 2005.
La plupart ont également compris qu’il se refuse à dévoiler la recommandation de report qu’il ferait si d’aventure les électeurs l’écartaient du deuxième tour ou qu’il répugne à désigner le Premier ministre qu’il nommerait s’il était élu Président de la République, autrement que sous forme d’un portrait-robot illustré par la référence emblématique à un Jacques Delors rajeuni.
En revanche la réponse donnée à la question de savoir, s’il était élu, comment se constituerait la majorité parlementaire sur laquelle il s’appuierait pour gouverner, nous a laissé sur notre faim. Il s’agit pourtant d’une question essentielle qui, si elle n'obtenait pas une réponse convaincante, empêcherait sans doute de transformer le succès actuel d’estime dans les sondages en une possibilité réelle de victoire.
Ceux qui ont été les acteurs ou les témoins attristés de la difficulté de gouverner sous le septennat de Valéry Giscard d’Estaing se souviennent de l’obstacle que constituait l’absence d’une majorité cohérente à l’unisson du Président de la République, situation qui a d’ailleurs conduit à l’échec, désastreux pour la France, de 1981. Et encore, l’UDF de l’époque avait-elle plus de poids en termes relatifs vis-à-vis de l’UNR, puis du RPR, que n’en a celle d’aujourd’hui vis-à-vis de l'UMP.
Quelles sont donc les voies envisagées par François Bayrou et ceux qui le soutiennent ?
Comptent-ils qu’aux élections législatives qui suivront l’élection présidentielle, face aux deux "machines" puissantes que constituent l’UMP et le PS, l’UDF, grâce à la dynamique acquise à la suite de l’élection de son chef, pourra faire élire une majorité ou en tout cas un nombre suffisant de députés pour constituer un socle assez solide et étendu pour rallier les rescapés de la défaite de leur candidat préféré ?
Ou bien le nouveau Président imaginerait-il de se poser en arbitre entre le camp conservateur/libéral et le camp socialiste et les convaincre de participer sous son égide à une «grande coalition à la française» ?
Ou encore constituerait-il un gouvernement sans attaches partisanes déterminées qui s’efforcerait de faire approuver sa politique et ses propositions législatives par des «majorités d’idées» à géométrie variable selon les circonstances ?
Peut-être y a-t-il d’autres scénarios que mon manque d’imagination politique me fait omettre. Mais ce dont je suis convaincu, c’est que si François Bayrou ne peut donner une réponse plus construite à cette question que celle qu’il a donnée jeudi soir, il restera effectivement au mieux le «troisième homme» au lieu de devenir ce «deuxième homme» ou ce «premier homme», selon que l’autre protagoniste sera un homme ou une femme, qui est sa belle ambition.
