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28 février 2007

Des paroles utiles

Relire à tête reposée les transcriptions des interventions télévisées ou radiophoniques des candidates ou des candidats met parfois en évidence des propos intéressants qui, dans le feu ou dans l’enlisement des questions-réponses, peuvent échapper à l’attention.
Ainsi, Ségolène Royal, invitée de "J'ai une question à vous poser" sur TF1 le 19 février 2007, a évoqué deux points qui, s’ils pouvaient être reconnus et traités de manière consensuelle, seraient de nature à contribuer significativement au progrès économique et social du pays :

  • la difficulté de licencier constitue un frein à l’embauche :
    " Je veux que les salariés puissent changer d’emploi sans passer par la case chômage parce que ça sécurise les entreprises qui à un moment ont des difficultés, doivent affronter la concurrence internationale, donc doivent avoir de l’agilité, de l’adaptation, et donc si elles ont peur de licencier, elles auront peur d’embaucher. Moi, je veux que les entreprises n’aient plus peur d’embaucher. Comment ? En leur disant que si à un moment elles ont des difficultés parce qu’elles perdent un marché, parce qu’il y a une compétition féroce, à ce moment là les salariés pourront se retirer de l’entreprise mais garder leur rémunération avec une sécurité sociale professionnelle, avec une dignité préservée, pourront se former pour un autre métier, pourront attendre provisoirement que l’entreprise retrouve son marché. Et donc tout le monde est sécurisé, les salariés sont sécurisés parce qu’ils sont correctement payés et ils sont bien considérés. L’entreprise est sécurisée parce qu’elle sait que si elle en a besoin, elle pourra s’adapter rapidement et que l’Etat va l’aider sur l’innovation et sur la recherche. Et donc je pense que la France a les moyens, a les talents, a le potentiel, a les entreprises dynamiques, a les jeunes bien formés pour pouvoir réussir cette mutation qui est très importante. "
  • il faut apprendre l’entreprise à l’école :
    " Je veux être la présidente de la France qui entreprend et qui réhabilite l’esprit d’entreprise, et je pense même comme cela se fait dans d’autres pays qu’il faut apprendre l’esprit d’entreprendre à l’école."

Heureux serions-nous, si, au sortir de cette campagne électorale, nous étions suffisamment nombreux à accepter ces évidences, confirmées par toutes les expériences étrangères de lutte réussie contre le chômage, pour qu’enfin l’action publique s’en inspire, sans aller-retour, au gré des majorités électorales successives.
Le gouvernement de grande coalition que François Bayrou semble appeler de ses vœux ne serait pas pour autant indispensable. Il suffirait que l’élu des Français, qu’il soit de droite, de gauche ou du centre, prenne l’initiative d’une approche bi- ou tri-partisane sur les deux ou trois questions essentielles pour l’avenir, la dette publique, l’emploi ou l’éducation, comme nous avons su le faire depuis plusieurs décennies sur la politique étrangère, la politique de Défense ou la politique européenne, au moins pour cette dernière, jusqu’au malencontreux référendum de 2005.

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Lundi 19 février,ce qu’elle a dit,selon ce que vous rapportez ci-dessus,puisque je n’ai pas vu son émission,c’était la THEORIE.
Aujourd’hui,selon dépêche Reuters datée de ce jour ,mercredi 28 février 10h35 ,avec un exemple on ne peut plus concret,celui d’Airbus,et avec sa déclaration à I-télé ,on a une idée de la PRATIQUE !
"Je remets à plat l'ensemble de la gestion de l'entreprise, je demande une suspension, un moratoire (sur le plan), je travaille pour qu'il y ait une convergence et un accord avec Angela Merkel"

Cela s'appelle-t-il "faire confiance aux dirigeants d'Airbus?"

Réponse à votre question, Dab: non.
Mais indépendamment des déclarations de circonstance, provoquées par l'irruption médiatique d'EADS dans la campagne électorale, ce qu'il faudra "remettre à plat", quel que soit le prochain gouvernement et comme le soulignait à juste titre Jean Pierson, l'ancien Président d'Airbus, c'est la structure du capital et le mode de gouvernement de cette entreprise.
Il est temps que les actionnaires très minoritaires que sont actuellement Daimler-Chrysler et Lagardère d'un côté et, directement ou indirectement, les Etats français ou allemands, s'en retirent de manière à ce que cette entreprise soit gérée selon les règles du droit commun et que les Etats ne soient plus impliqués dans sa gestion quotidienne, même si, à l'évidence, ils ne peuvent pas se désintéresser de son avenir, ni lui ménager leur appui.

Bonjour,
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Oui, tout cela est bel et bon.

A deux détails près: d'abord, ces timides avancées pro-entreprises sont démenties par l'immense, l'énorme majorité des prises de position et des points du programme de Ségolène Royal.

Et puis, cette déclaration sur la sécurité sociale professionnelle, si on la prend au pied de la lettre, signifie qu'un salarié licencié toucherait 100% de son salaire versé par l'autorité publique. C'est, évidemment, à la fois infinançable et absurde, car il y aurait alors une forte incitation à la non-reprise du travail.

Sauf erreur de ma part, le programme de Royal comporte en réalité la promesse d'une indemnité chômage à la hauteur de 90% du salaire, au lieu de 50% environ aujourd'hui.

C'est déjà un écart énorme et dangereux en raison des deux points évoqués plus haut. Mais ça l'est surtout parce que rien, dans son programme, ne prévoit de contrepartie en échange! C'est la flex-sécurité sans la flex, comme le disait un blogueur! Quelle blague!

Sarkozy, au moins, propose une mesure similaire (80% du dernier salaire, je crois), mais avec une vraie contrepartie, effectivement inspirée de la flex-sécurité à la scandinave, et radicalement différente de la réalité d'aujourd'hui: la suppression effective des indemnités après le refus de deux emplois (chiffre à vérifier). Ca change tout!

De façon générale, l'utilisation croissante de ce terme très "marketing" de sécurité sociale professionnelle, qui n'est en général suivie d'aucune précision quant à sa signification, est extrêmement dangereux: c'est entretenir les gens dans la croyance qu'il serait possible d'être protégé contre les aléas de la vie professionnelle et du chômage sans subir aucun inconvénient, sans contraintes, sans contrepartie, sans aucun effort de leur part, de façon totalement indolore, de même qu'ils sont nombreux à bénéficier d'une apparente gratuité totale des soins, grâce à leur sécurité sociale combinée à une mutuelle.

Une gratuité qui encourage les gaspillages en tous genre, de la part des usagers comme des professionnels de santé. Fausse gratuité, qui est obtenue au prix de revenus faibles, amputés par de cotisations sociales énormes et des prélèvements additionnels toujours accrus (trois impôts différents, la dernière fois que j'ai pointé, pour combler le trou sans fond de la Sécu).

A Robert Marchenoir,

Entièrement d’accord avec vous.
Cependant j’ajouterai qu’il n’y aurait pas seulement « une forte incitation à la non-reprise du travail »,mais aussi le développement d’envies pour les salariés de voir leur entreprise se casser la figure,pour profiter au plus vite de ces avantages,et pour cela,c’est-à-dire pour couler une entreprise ,les moyens ne manquent pas : poursuites judiciaires contre les patrons pour délit d’entrave (pratiquement toujours condamnés par les tribunaux correctionnels),grèves à répétition ,occupations d’entreprises,sabotages,détériorations de stocks de produits finis, etc…
On ne peut pas refaire les Français en l’espace d’une campagne électorale.

Il y a toutefois,depuis que Ségolène fait campagne,au moins une promesse ,non écrite dans son programme,mais qu’elle a faite aux Antilles ,en langue créole : « je veux tout casser » (si je me base sur une bonne traduction) ,et qui devrait,vu ses très hautes capacités, ne nécessiter ni grand effort ,ni persévérance de sa part,pour le cas où elle serait élue…

Words are cheap. Socialist base (teachers, syndicalistes) hate the thought of integrating entreprise et ecole. This just cannot happen. They don't know nor want to know what the entreprise is and what it is used for (beyond exploitation et misere, of course)

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