Relire à tête reposée les transcriptions des interventions télévisées ou radiophoniques des candidates ou des candidats met parfois en évidence des propos intéressants qui, dans le feu ou dans l’enlisement des questions-réponses, peuvent échapper à l’attention.
Ainsi, Ségolène Royal, invitée de "J'ai une question à vous poser" sur TF1 le 19 février 2007, a évoqué deux points qui, s’ils pouvaient être reconnus et traités de manière consensuelle, seraient de nature à contribuer significativement au progrès économique et social du pays :
- la difficulté de licencier constitue un frein à l’embauche :
" Je veux que les salariés puissent changer d’emploi sans passer par la case chômage parce que ça sécurise les entreprises qui à un moment ont des difficultés, doivent affronter la concurrence internationale, donc doivent avoir de l’agilité, de l’adaptation, et donc si elles ont peur de licencier, elles auront peur d’embaucher. Moi, je veux que les entreprises n’aient plus peur d’embaucher. Comment ? En leur disant que si à un moment elles ont des difficultés parce qu’elles perdent un marché, parce qu’il y a une compétition féroce, à ce moment là les salariés pourront se retirer de l’entreprise mais garder leur rémunération avec une sécurité sociale professionnelle, avec une dignité préservée, pourront se former pour un autre métier, pourront attendre provisoirement que l’entreprise retrouve son marché. Et donc tout le monde est sécurisé, les salariés sont sécurisés parce qu’ils sont correctement payés et ils sont bien considérés. L’entreprise est sécurisée parce qu’elle sait que si elle en a besoin, elle pourra s’adapter rapidement et que l’Etat va l’aider sur l’innovation et sur la recherche. Et donc je pense que la France a les moyens, a les talents, a le potentiel, a les entreprises dynamiques, a les jeunes bien formés pour pouvoir réussir cette mutation qui est très importante. " - il faut apprendre l’entreprise à l’école :
" Je veux être la présidente de la France qui entreprend et qui réhabilite l’esprit d’entreprise, et je pense même comme cela se fait dans d’autres pays qu’il faut apprendre l’esprit d’entreprendre à l’école."
Heureux serions-nous, si, au sortir de cette campagne électorale, nous étions suffisamment nombreux à accepter ces évidences, confirmées par toutes les expériences étrangères de lutte réussie contre le chômage, pour qu’enfin l’action publique s’en inspire, sans aller-retour, au gré des majorités électorales successives.
Le gouvernement de grande coalition que François Bayrou semble appeler de ses vœux ne serait pas pour autant indispensable. Il suffirait que l’élu des Français, qu’il soit de droite, de gauche ou du centre, prenne l’initiative d’une approche bi- ou tri-partisane sur les deux ou trois questions essentielles pour l’avenir, la dette publique, l’emploi ou l’éducation, comme nous avons su le faire depuis plusieurs décennies sur la politique étrangère, la politique de Défense ou la politique européenne, au moins pour cette dernière, jusqu’au malencontreux référendum de 2005.
