Jonathan Littell, auteur des Bienveillantes et Prix Goncourt 2006, déclare dans Le Monde des Livres daté du vendredi 17 novembre 2006:
"J'ai été sidéré par la capacité d'invention des journalistes français. J'ai découvert plein de choses sur moi. J'aurais ainsi survécu à un massacre en Tchétchénie. Etonnant. Il suffisait pourtant de taper mon nom sur Google et lire les articles du New York Times qui faisaient état d'un incident - qui n'a rien à voir avec un massacre - que j'avais eu en Tchétchénie. Revu par la presse française, on avait l'impression que je me trouvais sous des cadavres ensanglantés avant de sortir en rampant de la fosse ! Le fact checking, le fait de vérifier des informations de base, me semble peu répandu en France. Je parle pourtant de choses simples : j'aurais travaillé en Chine, je serais marié, ma mère serait française, j'habite la Belgique et je parle allemand. Tout cela est inexact."
Je confirme. Mon expérience personnelle depuis 2003 n'a cessé de me le démontrer. Le fact checking ne fait pas partie de la culture du journalisme à la française. Avec heureusement quelques exceptions...

S'il n'y avait que sur Jonathan Littell, mais à tous les niveaux on retrouve la même chose. Par exemple l'extase de la presse sur les chiffres du ministère de la statistique chinois.
Rédigé par: Gérard | 16 novembre 2006 at 19:00
Cet exemple est… exemplaire. L'inexactitude à propos des pipoles est l'une des plus visibles qui soit. C'est même devenu une scène de genre. Un animateur-promoteur de pipole lit ses fiches et pose des questions à un pipole-actuellement-en-promo :
- On dit que vous adorez le gruyère…
- Pas du tout, qui raconte cette connerie ?
- Ben c'est ce que nous avons lu dans Voilà…
- N'importe quoi.
Rédigé par: Pierre Vandeginste | 17 novembre 2006 at 15:13
A PBi
« Je confirme. Mon expérience personnelle depuis 2003 n'a cessé de me le démontrer. Le fact checking ne fait pas partie de la culture du journalisme à la française. »
Moi aussi je confirme.
En fait,la question serait de savoir si ces « erreurs », « mastics » ou « bourdes » seraient résultat de la négligence,du « je m’en -foutisme », du travail à la va-vite ou la solution d’un calcul délibéré dans l’intention de servir de manière inavouée la cause de quelqu' un ou d’un groupe qui ne le mériteraient pas au détriment de quelqu' un ou quelque chose pour l’enfoncer.
On sait très bien que les rédactions reçoivent des lettres de réclamation ou d’indignation ,qu’en font-elles? La corbeille!
On ne voit que très rarement,après coup,paraître des excuses ou des « errata ».Est-ce là aussi à considérer que ces rédactions pensent que ceux qui ne réclament pas n’auront vu que du bleu? Allons savoir!
Nous avons eu,sur ce blog un exemple,relaté le 3 juin 2006,dans la note intitulée « Hautes rémunérations: transparence et modération » où l’on pouvait lire à propos de l‘interview de PBI dans l’Est Républicain:
« Par souci d'exactitude, je signale cependant que le titre qui lui a été donné entre guillemets ne correspond à aucun des propos que j'ai tenus et qui ont été rapportés fidèlement par le journaliste qui m'a interrogé. »
Ce qui est grave est qu’en laissant « courir » ,quand cela est signalé aux journaux,de telles fausses nouvelles deviennent vérités acquises ou admises et se retrouvent reprises et colportées dans des livres ou des revues,une,deux,dix ou vingt années plus tard.
A Gérard
« S'il n'y avait que sur Jonathan Littell, mais à tous les niveaux on retrouve la même chose. Par exemple l'extase de la presse sur les chiffres du ministère de la statistique chinois. »
Je confirme là encore.
C’est patent pour les dépêches des agences de presse et de certains dictionnaires. Dans ce dernier cas,c’est plus grave,parce que si les journalistes peuvent se voir reconnaître le bénéfice du doute pour raison de l’urgence à informer,concurrence obligeant,ce qui ne saurait les dispenser de se corriger après coup en cas d‘erreur,ceux qui fournissent ou confectionnent les dictionnaires ont,par contre,le temps de procéder à toutes les vérifications. Aucune erreur, si minime soit-elle, ne doit leur être tolérée ou alors si erreur il y a eu,celle-ci devrait être rappelée pour justifier la correction,pour éviter qu’il y ait un jour,désaccord,entre,par exemple,un père et son fils qui le traiterait d’esprit ignare quand l'un et l'autre croiraient avoir raison sur un même sujet à partir de deux dictionnaires édités à trente ans d'intervalle donnant de ce sujet une interprétation différente.
Cela existe.
Rédigé par: dab | 17 novembre 2006 at 15:59
A dab J'ai conservé tous les livres scolaires (du lycée)de mes fils (avant 1989). Quand je lis ce qui est écrit sur l'URSS s'est un régal. A l'époque la gauche raillait Jean-François Revel qui pourtant disait, la vérité ces livres étaient de la propagande.
Rédigé par: Gérard | 17 novembre 2006 at 19:15
A Gérard
Vous avez très bien fait de conserver ces livres scolaires.Le problème!Je suis presque sûr que lorsque vous en parlez autour de vous,personne ne vous croit.
Et,mur de Berlin ou pas,ça continue toujours sous des formes extrêmement sournoises.
JF Revel a longtemps été un de mes auteurs préférés.J'ai pensé immédiatement à lui (La grande parade ,Plon 2000) quand vous avez évoqué plus haut les statistiques chinoises
J'ai aussi quelques livres scolaires (dictionnaires ou autres) assez anciens depuis 1878,en passant par 1908 ou 1932...et pas mal de livres achetés hors études dans les années soixante. Edifiant.
Je crois encore que le plus rigolo,ce sont les récits de présentations de films projetés dans les ciné-club régis par les comités d'entreprise ,dans les années 70 et 80.
Un vrai régal,pour reprendre le mot que vous avez utilisé!
Rédigé par: dab | 17 novembre 2006 at 22:13
@dab aujourd'hui si Claude Levi-Strauss écrivait "Triste Tropique", en particulier le paragraphe conscré à l'Islam, il serait comme Redeker, la gauche et la droite bien pensante demanderaient son exclusion de l'Académie française. Ce n'est qu'un exemple.
Rédigé par: Gérard | 19 novembre 2006 at 09:14
A Gérard,
Je n'ai pas lu "Triste Tropique",par contre j'ai de plus en plus l'impression de vivre au quotidien "Triste France" et même "Triste Europe".
Rédigé par: dab | 19 novembre 2006 at 15:57
Sans compter que les journalistes français et en fait surtout les journalistes parisiens ont une fâcheuse tendance à intégrer leurs opinions personnelles dans leurs recits. Il est assez évident, par exemple, que cette presse est plutôt anti-sarkozy et à de nets penchants bobo de gauche. Du coup, les gens de droite lisent le Figaro, les gens de gauche lisent le reste - les vieux lisent le Monde en pensant que c'est encore un quotidien objectif. Quelle misère.
Rédigé par: A.C. | 22 novembre 2006 at 09:35
Que les informations des journalistes ne soient pas TOUTES recoupées ne me parait pas plus étonnant que cela lorsque l'on voit la "productivité" qui leur est demandée : l'exemple de la réduction dratisque des effectifs dans les quotidiens en est un exemple, tout en ayant pour objectif de produire le même canard.
Jayson Blair, journaliste du NY Times, avait trouvé la parade : il inventait sciemment des pseudo-témoignages. L'affaire a duré deux ans avant qu'il se fasse prendre. Le fact checking à l'américaine sans doute.
Rédigé par: MO | 22 novembre 2006 at 12:41