Le latin, langue de l'Europe?
Dans un article publié ce matin dans Les Echos , intitulé "Quand l'Europe renoue avec le latin", Karl de Meyer attire notre attention sur l'initiative de la présidence finlandaise de l'Union Européenne qui proposera sur son site à partir de septembre un résumé hebdomadaire de l'actualité européenne en latin. Si l'on s'y reporte dès à présent, cette information y est d'ailleurs donnée dans cette langue. Karl de Meyer rappelle en outre à cette occasion que la radio publique finlandaise émet depuis 1989 un bulletin d'information également en latin.
Alors qu'avec l'entrée de la Bulgarie et de la Roumanie dans l'Union Européenne, le nombre de ses langues officielles va être porté à 23 et au moment où le français, l'allemand, l'italien et l'espagnol luttent désespérément pour ne pas disparaître de son fonctionnement quotidien, ce clin d'oeil n'est pas sans portée. N'en déplaise à ceux qu'indispose le rappel des racines historiques et chrétiennes de l'Europe, c'est grâce au latin que l'Eglise catholique a pu pendant deux mille ans gérer son universalité.
Qui sait, les peuples et les gouvernements européens comprendront peut-être un jour que, seule, une démarche analogue leur permettrait d'éviter la cacophonie et la confusion qu'ils tolèrent désormais de leur Union. En renvoyant dos à dos tous les prétendants actuels au monopole linguistique, ils seraient aussi exonérés d'avoir à exercer un choix, nécessairement arbitraire et inéquitable, en faveur de l'une ou l'autre de leurs langues officielles.
Il est vrai qu'une telle innovation exigerait de la part de nos dirigeants un sérieux recyclage linguistique. Mais en seraient-ils incapable alors que des milliers d'évêques et de religieux catholiques de tous les continents s'en accommodent sans difficultés majeures.
Et que d'économies de temps et d'argent à attendre d'une telle mesure dans le fonctionnement des institutions européennes!

Aujourd'hui, qu'est-ce que le Latin?
Un fond culturel commun à la plupart des européens (hongrois, basques, finlandais, slaves orthodoxes exclus, sans même parler des turcs...). Economiquement et politiquement, cette langue ne représente plus grand chose, même pour les catholiques depuis Vatican II.
Reste un fond culturel, riche, certes, mais complexe. Au point que toutes les langues actuelles héritières du latin ont fortement simplifié et généralement abandonné les déclinaisons.
La grandeur passée du Latin n'est donc pas la preuve de son efficience. Le retour Latin ne serait qu'un grand bon en arrière, une coquetterie d'intellectuel et une vraie vacherie à l'égard de nos concitoyens.
Reste le rêve d'une langue universelle.
L'anglais, qui domine aujourd'hui en Occident, pas plus que toute autre langue nationale, ne pourra jamais être acceptée comme langue unique, ni même principale de l'Union.
Quel citoyen non anglophone accepterait d'être par principe déclassé vis à vis du premier anglophone venu?
Qui fera admettre à un Parisien qu'il a moins de droit en Europe qu'un Britannique... voire moins de droit à l’information qu'un Texan?
Qui saurait faire avaler aux germanophones -de loin les plus nombreux dans l'Union- qu'ils doivent se coltiner l'apprentissage d'une langue étrangère très minoritaire dans l'Union, au profit principal d'un pays à l'europhilie aussi douteuse que le Royaume-Uni?
En conséquence, et sans les parer de toutes les vertus, les langues neutres et simples telles que l'Esperanto ou l'Interlingua, entre autres, semblent mieux convenir que la latin pour construire l'avenir de l'Europe.
Bien cordialement,
Yves GUY
Rédigé par:Yves GUY | le 11 août 2006 à 22:17
A Yves Guy,
Cette anecdote finlandaise rend compte d'un besoin: celui de traiter la question pratique que pose la multiplication des langues officielles de l'Union Européenne, sauf à rendre son fonctionnement de plus en plus difficile.
Pourra-t-on faire accepter que l'on ne retienne que trois langues officielles, l'anglais, le français et l'allemand? Devra-t-on recourir à l'Esperanto, l'Interlingua...ou le latin qua le mérite d'être une racine commune à beaucoup de langues européennes? Ou faudra-t-il se résigner, ce qui ne serait pas la meilleure des solutions, même si c'est la plus facile à mettre en oeuvre, à la domination irréversible de l'anglais? Je n'en sais rien. Mais c'est un sujet qu'il vaudrait mieux traiter de front plutôt que de laisser l'anglais s'imposer par la force des choses.
Rédigé par:Pbi | le 12 août 2006 à 12:40
A Yves Guy,
La pensée philosophique du 20ème siècle a convergé sur la question du langage. Il en ressort, et cela, Saussure le disait déjà au début du siècle, qu'une langue ne peut naître et évoluer que dans la pratique car elle est le fondement du lien social.
Les constructions comme l'Esperanto sont forcément des dérivées de langues déjà existantes. Sans genèse ni histoire,elles n'ont que très peu de chances de se répandre.
Si le latin est en sommeil, le moins que l'on puisse dire est qu'il a fait ses preuves. Kant, germanophone, rédigeait encore en latin à la fin du 18ème siècle.
L'idée de le développer en Europe est loin d'être absurde lorsque l'on comprend que la généralisation d'une langue actuelle y est pratiquement impensable.
Techniquement, la chose est possible ; politiquement, elle me semble à la fois pleine de bon sens et la plus acceptable par les différents pays.
Rédigé par:DT | le 12 août 2006 à 18:23
Les langues ne véhicule pas seulement une façon de parlé, il véhicule aussi une façon de pensé, une histoire, des valeurs, etc. Choisir dans l'Europe actuelle une langues (ou plusieurs), revient comme il à été dit, à crée des sous langues et par conséquent des sous peuple ( du moins ressenti comme tel ), pourtant la nécessité de choisir une langue dans l'Europe devient de plus en plus nécessaire ( si ce n'est que pour pouvoir donner à chaque européen le moyen d'agir dessus ). Alors que faire?
il faut donc posé les bases suivantes pour le choix de la langue :
* Apatride ( qui n'a pas terre d'origine ).
* Facile ( pour permettre à tout européen de l'apprendre, même ceux qui on beaucoup de mal avec les langues (comme moi) ).
* Qui ne véhicule pas de valeurs ( pour pas interféré avec les valeurs de chaque langues )
* Qui n'a pas pour objectif de remplacer les langues européennes.
* Si possible une origine européenne.
Beaucoup de contradictions en perspective, et aucune langue parlé aujourd’hui ne peut remplir ces conditions. Il nous reste donc que des langue "inventé", "nouvelle" ou "morte", qui peut éventuellement remplir c'est conditions.
A titre personnel je me suis un peut intéressé à l'esperento. je vous livre en vrac quelques chiffres :
* Il y a aujourd'hui selon les estimations 2 millions de personnes qui le parle.
* Il faut 3 mois de cours intensif pour le parlé couramment.
* Elle déjà une centaine d'année.
* de plus c'est un européen (polonais) qui la crée.
Si sa peut faire avancer la réfections.
Rédigé par:Laurent V | le 14 août 2006 à 15:01
L'idée est séduisante, même si elle apparaît d'abord un peu utopique. Elle l'est cependant beaucoup moins que les rêves de langue universelle, sur lesquels se fondent l'esperanto et l'interlingua. De fait celles-ci visent à créer une unité linguistique factice, en présupposant qu'un jour un improbable décret politique les rendra obligatoires dans le monde entier. Tandis que l'initiative finlandaise propose d'avoir recours à une langue déjà constituée, pour l'adapter aux exigences d'institutions européennes établies. Ce qui est tout à fait différent : il y a là un cadre défini, et des postulats réalistes.
Cela semble, par conséquent, tout à fait possible : la renaissance de l'hébreu au XXe siècle ne l'a-t-elle pas prouvé? Or, à l'heure actuelle, le latin est sans doute beaucoup mieux connu des européens, que la langue hébraïque ne l'était des sionistes. Le projet du latin, comme langue européenne, me paraît en ce sens tout à fait viable et intéressant.
Deux remarques à partir de là. 1\ Je suis en total désaccord avec Yves Guy, qui ne voit dans le latin que l'ombre d'une grandeur passée, dont la renaissance serait un bon en arrière. 2\ Je ne suis pas non plus d'accord avec les critères de sélection dégagés par Laurent V : je pense, au contraire, qu'il faut nécessairement que la langue en question soit porteuse de valeurs (l'échec de l'esperanto ou de l'interlingua réside précisément là : ce sont des formes vides). Néanmoins ces valeurs doivent toucher aux racines des pays qui l'adoptent : et c'est le cas du latin incontestablement.
Rédigé par:Jean-Baptiste | le 15 août 2006 à 13:31
C'est assez curieux votre note. Je me permets de conseiller à vous même et vos lecteurs, la lecture du tome 1 d'une serie de 3 volume intitulée "Histoire de la France littéraire". Le tome 1 (Naissances, Renaissances) nous explique parfaitement les raisons pour lesquelles le latin est devenu une langue morte. Votre remarque à titre d'exemple concernant l'Eglise ne tient pas. Dès le début, c'est par l'image et pas la langue verniculaire que celle-ci s'est imposée, le latin n'a pas été son ciment.
Cela ne résout pas la question de la langue européenne mais pour être provocateur, tout comme vous nous avez demandé si il fallait un programme aux candidats à la présidence de la Républque, l'Europe a t-elle besoin d'une langue commune ?
Histoire de la France littéraire
dirigée par Michel Prigent
PUF - Quadrige Dicos Poche
20€ le volume hélas, et il y en a 3
1/ Naissance Renaissances
2/ Classiques
3/ Modernités
soit 6 000 pages - bon courage -)
Rédigé par:Didier | le 17 août 2006 à 18:55
Quel romantisme....
Mais tres cher Pierre, notre latin moderne nous l'avons deja: c'est l'anglais.
Comme le latin, cette langue est portee par la puissance dominante du moment d'un point de vue culturel, economique, politique ou scientifique.
Franchement, rendre l'apprentissage de l'anglais obligatoire ne serait pas une si mauvaise idee que ca. Les Suedois et Hollandais le font deja sans pour autant perdre leur ame.
It was nice talking to you.
Rédigé par:Coin Le Canard | le 18 août 2006 à 10:51
L'esperanto a un autre avantage sur le latin, je ne l'ai pas encore essayé (ni l'un ni l'autre), mais il semblerait que le premier soit beaucoup plus facile à apprendre!
Et il a justement cet avantage historique de n'avoir jamais véritablement existé, il n'est le reflet d'aucune suprématie linguistique, il n'est pas synonyme "d'oppression linguistique", comme le sont le français, l'anglais, l'allemand, etc. et aussi le latin (moins, certes).
Aujourd'hui le latin n'est plus assez pratiqué, l'esperanto l'est encore moins. Quoiqu'il en soit l'usage de ces deux langues est insignifiant pour en faire une langue paneuropéenne pour certaines de nos institutions. Néanmoins, il suffirait de prendre des mesures et d'avoir de la volonté pour en faire, de l'esperanto ou du latin, la langue de fonctionnement de l'Union Européenne.
Ceci est parfaitement possible, il faudra juste savoir abandonner notre combat linguistique au niveau des institutions européennes, tout comme tous les autres pays devront accepter unanimement cette possible initiative.
Et, sans trop m'y connaître en linguistique, je pencherai plus pour l'esperanto que pour le latin.
Pour répondre à Didier. Non l'Union Européenne n'a pas besoin d'une langue commune, je ne trouve pas dramatique de payer plein de frais de traductions car, même avec une langue commune, il faudra traduire énormément de documents!
Néanmoins, tout comme l'euro, cela aurait à mon avis un impact fort pour le sentiment d'appartenance à l'UE, elle ne serait plus un conglomérat linguistique, mais une entité cohérente qui respecterait évidemment les autres langues du territoire.
De toute façon, hélas, nous serons forcé, dans nos institutions, d'avoir une langue officieusement parlée par tous les fonctionnaires, cette langue, il ne faut pas se leurrer, ce sera l'anglais, et l'anglais (comme toute autre langue nationale), elle représente une domination, et ça, je ne pense pas que ce soit bon pour les européens (leur sentiment d'appartenance à une entité politique européenne qui n'est pas le reflet de la domination d'un pays), et je dirai pareil si c'était le français. L'esperanto faciliterait les échanges institutionnels "intra-muros" sans aspect de domination linguistique. ;-) Non?
Rédigé par:Xavier | le 18 août 2006 à 10:58
@PBi : quoi, les eveques parlent le latin ? vous allez a la messe chez l'Opus Dei ou quoi ? :-)
Rédigé par:Matthieu | le 21 août 2006 à 10:57
Il faut préserver la diversité culturelle. Les langues sont des comme des fromages, ils donnent de la saveur et de la richesse aux régions ou elles sont élevées.
Le latin ou l'anglais ? D’accord avec "coin le canard" & "Yves GUY". Pourquoi chercher une nouvelle langue. L'anglais est bien la langue vivante des affaires du moment.
Reste le problème du fonctionnement de l'Europe. Je pense que les avancée dans le domaine des NT permettra de se comprendre a brève échéance.
Wikipedia, montre que l'on peut utiliser la ressource (humaine) du réseau pour rédiger des textes en une multitude de langues.
Les logiciels de traduction automatique vont encore progresser et permettre un dialogue en temps réel.
PS : Pierre, je ne vous savais pas aussi utopiste ;-)
Rédigé par:~laurent | le 21 août 2006 à 11:17
A Laurent,
Les vacances sont une période propice pour rêver. De temps à autre, un brin d'utopie aère l'esprit et, en tout cas, si j'en juge d'après les commentaires, alimente le débat...
A Mathieu,
Ma référence au latin d'Eglise ne portait pas sur la langue utilisée dans le célébrations qui, dans la plupart des cas et fort heureusement, est la langue du pays concerné. Mais je visais la langue utilisée le plus souvent pour le fonctionnement "international" de l'institution.
Cela étant, mon propos est surtout, sans utopie cette fois, de militer pour une simplification linguistique du fonctionnement de l'Union Européenne. Je me demande parfois ce que peut donner concrètement un système d'interprétation qui est obligé de passer dans des cas qui ne sont pas rares par une langue tierce.
Alors faut-il se résigner à l'anglais comme nouvelle lingua franca ou adopter, sans mettre en cause les langues officielles, un arrangement pratique où ne seraient effectivement utilisées que deux ou trois langues, par exemple le français, l'allemand et l'anglais?
Rédigé par:Pbi | le 21 août 2006 à 13:43
faisons confiance à nokia, microsoft et autre google pour nous trouver des systèmes de traduction. En attendant ce sont les chinois qui s'y collent (extrait d'un article en lien) :
"Votre interlocuteur parle en anglais au téléphone et vous entendez en chinois, c'est vraiment surprenant mais c'est une réalité maintenant."
"Le premier téléphone portable du monde muni d'un logiciel de traduction anglais-chinois vient de paraître à Xiamen, ville côtière de la Chine de l'Est. Il est fabriqué par la Société Sarl de logiciels intelligents Tiancong de Xiamen, une entreprise-incubateur du Parc de hautes technologies instauré par l'Etat pour aider les étudiants chinois de retour de l'étranger à créer leurs oeuvres et à réaliser leur ambition."
"De sources fiables, le logiciel de traduction en question recueille au total quelques 100.000 mots. Pour les phrases normales il lui suffit de moins de 0,5 seconde pour les traduire. "
http://esperanto.china.org.cn/french/251133.htm
Rédigé par:~laurent | le 21 août 2006 à 17:51
Je me permets deux commentaires suite aux commentaires -))
1/ une langue est certes faite pour être comprise mais elle surtout faite pour s'exprimer. Avoir en commun une langue comme l'anglais international (un charabia) que l'on pratique aujourd'hui, c'est un appauvrissement, un nivellement par le bas. Si c'est le prix à payer pour une langue commune, non merci
2/ @ ~Laurent : l'exemple de Wikipédia est mauvais. Si l'idée de Wikipédia est bonne dans son principe, on peut hélas y lire tout et n'importe quoi, beaucoup de choses fausses ou à peu près, alors là encore, non merci
Rédigé par:Didier | le 22 août 2006 à 16:53
Tant qu'à choisir une langue européenne, je prendrais l'Italien, qui est quand même beaucoup plus simple.
Rédigé par:Boulgakof | le 23 août 2006 à 17:18
Quelques petites questions.
Comment devrait-on appeler en latin:
électricité,
turbo-propulseur,
diesel,
sars,sida,
réfrigérateur,
ordinateur,
rasoir électrique???
Qui devrait décider ,in fine, de la correspondance en latin de ces mots se rapportant à des "choses" qui n'existaient pas du temps de Jules César?
Ceux qui ont inventé le mot "euro" et qui devraient ,en rebaptisant cette monnaie "écu",nous faire revenir dix ans en arrière!
Rédigé par:dab | le 25 août 2006 à 16:55
Pour Didier
Le latin est une langue ancienne, et non pas une langue morte: une langue morte est une langue dont il n'existe plus aucune trace écrite ou parlée, que plus personne ne connaît et que, par conséquent, plus personne n'étudie. Il me semble que c'est loin d'être le cas pour le latin.
Vale
Aelius
Rédigé par:Aelius Philologus | le 25 août 2006 à 18:29
A DAB
Après Jules Cesar, le latin a largement fait ses preuves quant à sa capacité d'adaptation. Descartes au 17è rédigeait en latin des textes sur des sujets faisant appel à des concepts et des notions scientifiques qui n'existaient pas au temps de Rome. A la fin du 18è, Kant en faisait autant.
Rédigé par:DT | le 25 août 2006 à 19:24
A D.T.
J'ai étudié le latin,je ne le regrette pas.La mise au point que vous faites au sujet de Descartes est défendable,cependant il faut bien reconnaître que le volume des acquis scientifiques depuis Descartes est tel,en comparaison avec ce qu'il était à son époque,qu'il serait matériellement impossible de tout transposer les mots nouveaux,et en plus,s'agissant de l'Europe,on l'a vu pour l'euro,qui déciderait?Les petits pays ,comme Chypre,ou la Lettonie ou les grands,comme l'Allemagne et la Grande Bretagne?
Autre point,il m'arrivait souvent,il y a quelques années,d'écouter les informations à la radio suisse-romande et j'ai souvent constaté que le français de nos voisins helvétiques romans est plus fidèle au latin que le français des Français eux-mêmes,exemple:votation,septante,huitante,nonante...pour ne citer que des mots qui me viennent présentement à l'esprit.
Je voudrais poser une question à Pierre Bilger,d'origine alsacienne comme son nom l'indique et comme confirmé dans sa biographie.
Quelle langue parlaient les alsaciens avant 1871,et quel pourcentage d'alsaciens parlaient encore cette langue en 1919?
J'avoue que je suis totalement ignorant sur la question.Une chose est sûre,en 1871,le W n'existait pas dans l'alphabet français,et le Z en était la vingt-cinquième et dernière lettre.
Enfin à Aelius,j'aimerais qu'il m'explique comment on peut savoir qu'une langue a existé lorsqu'on n'en a plus aucune trace écrite ou parlée,c'est à dire aucune preuve?
Rédigé par:dab | le 25 août 2006 à 21:31
Pour Aelius Philogus : votre point de vue est défendable et peut être pourrions nous dépasser le terme "langue morte" que j'utilise par facilité de langage, si vous le voulez bien. Une chose est certaine : l'expression des idées et leur diffusion se sont faites dans des langues autres que la latin à partir du 16ème siècle. L'enrichissement des idées par la confrontation des points de vue s'est faite en français en France par exemple, par le biais des salons, ancêtres de nos Académies, et il n'est pas discutable que cette langue "nouvelle" a supplanté le latin autant par nécessité (il fallait se faire comprendre) que par efficacité (la nouvelle langue offrait plus de posssibilités semble t-il). En cela, nous pouvons dire que la latin est "mort" même si le terme, je le reconnais, n'est pas tout à fait adapté. J'ajoute que si Descartes s'est exprimé en latin dans ses textes, le débat, certains diront la polémique, autour de de ses idées s'est fait lui en français. Et l'on sait que ce débat est presque aussi important que les idées mêmes de Descartes.
Rédigé par:Didier | le 26 août 2006 à 13:28
Bonjour,
En tant que locuteur de l'esperanto, j'aimerais corriger quelques erreurs lues ici:
"Les constructions comme l'Esperanto sont forcément des dérivées de langues déjà existantes. Sans genèse ni histoire,elles n'ont que très peu de chances de se répandre."
Il y a tellement de clichés sur l'espéranto qu'il y a des sites pour les discuter. En voici un, par un ancien traducteur de l'ONU:
http://claudepiron.free.fr/articlesenfrancais/linguistes.htm
"A titre personnel je me suis un peut intéressé à l'esperento. je vous livre en vrac quelques chiffres :
[...] Il faut 3 mois de cours intensif pour le parlé couramment."
Non, c'est plus facile !
Je me débrouillais pas mal après 2 mois 1/2 à raison de 2 heures par semaine. 3 mois intensifs, c'est pour avoir le niveau "prof agrégé".
SI vous souhaitez de l'intensif, pour commencer à se débrouiller, un stage d'une semaine suffira !
Rédigé par:Mayeul | le 29 août 2006 à 01:25
Pour info, je transmets ce communiqué :
Espéranto-Liberté
Communiqué
Dans le cinquième numéro de sa lettre d'information, la Présidence de l'UE
(www.eu2006.fi) a annoncé que son bulletin d'information en latin serait disponible également en espéranto. Ce bulletin sera hebdomadaire jusqu'à fin décembre.
Voir : http://conspectus.wordpress.com/
Espéranto-Liberté salue le courage de la Présidence finlandaise.
Rédigé par:Olso | le 16 septembre 2006 à 18:23
Je suis content de tomber sur cette discussion bien intéressante, et je vous invite à lire quelques commentaires que j'ai fait à ce propos dans mon blog.
J'aimerai rajouter quelques réponses à des points déjà faits.
À DT : je suis d'accord qu'une langue a besoin de des décennies, voire des siècles de pratique avant de pouvoir se nommer une "vraie" langue. Heureusement, alors, que l'espéranto date de 118 ans déjà, et donc qu'il a eu largement le temps de passer du stade d'un projet à celui d'une langue vivante, expressive, nuancée et parlée quotidiennement.
Votre dernière phrase ("Techniquement, la chose est possible ; politiquement, elle me semble à la fois pleine de bon sens et la plus acceptable par les différents pays.") me semble parfait... si l'on parle de l'espéranto !
À Jean-Baptiste : vous attribuez à l'espéranto des idées qui doivent venir de vous-même, parce qu'ils ne ressemblent pas à la réalité telle que je la connais. L'espéranto a toujours eu comme but d'être une langue neutre et facile à apprendre pour tous ceux qui souhaiteraient en profiter, sans attendre "qu'un jour un improbable décret politique le[s] rendra obligatoire[s] dans le monde entier." Je ne suis pas conscient d'un tel décret à ce jour, mais cela n'empêche pas ceux qui parlent la langue d'en profiter à fond déjà.
Vous trouvez aussi que le latin est une langue "déjà constituée" et donc mieux placée pour être adapté à l'usage dans les institutions européennes. C'est sûr que n'importe quelle langue aurait besoin d'un bon nombre de nouveaux termes pour jouer ce rôle, mais n'oubliez pas que l'espéranto est utilisé quotidiennement depuis très longtemps déjà, mais le latin non. Il y aurait, à mon avis, nettement plus de concepts à rajouter au latin qu'à l'espéranto pour un tel usage.
Je trouve intéressant, par contre, que vous levez l'exemple de l'hébreu moderne, qui est né de plus ou moins la même façon que l'espéranto, c-à-d qu'un homme ou un petit groupe de personnes ont publié un grammaire et un vocabulaire "squelette", qui étaient basés sur une/des langue(s) existante(s) mais beaucoup adaptés de celles-ci ; et c'est l'usage quotidien qui suivait qui a fait de ces projets les deux langues vivantes que l'on connaît aujourd'hui.
En vous priant tous de pardonner mes éventuelles fautes de français, ce qui n'est pas ma langue maternelle, j'attends avec impatience vos commentaires, qu'ils viennent ici, sur mon blog à moi, ou bien sur le site de Conspectus rerum Latinus en espéranto.
Rédigé par:Tim Morley | le 16 septembre 2006 à 22:44
Avant de vous répondre, Tim, je salue votre initiative courageuse.
Je penche pour le latin pour plusieurs raisons. Le langage est la quintessence du lien social et à ce titre, la langue d'un pays contient en partie le principe de ses institutions et de ses lois. Cela n'est vrai qu'à partir du moment où la langue est un produit de l'histoire et non un artefact. Bref, la langue est par nature un symptôme, et non pas un outil à la disposition d'un groupe. En tant que symptôme, elle exprime la réalité d'un corps social, tout en le formant. J'appliquerai à la langue cette phrase de Shakespeare (Hamlet, ma traduction) "Il y a plus de choses dans les cieux et sur terre que dans l'imagination de votre philosophie". Autrement dit, il me semble que la richesse d'une langue dépasse de beaucoup ce que les hommes ont pu vouloir y mettre. Ce qui me gêne dans l'espéranto, c'est son aspect volontariste.
Vous dites qu'il a déjà vécu et qu'à ce titre, il a sa propre mémoire.
Certes, mais la comparaison n'est pas en sa faveur. Le latin a été la langue de Rome, et si on dit de lui qu'il est une langue morte, l'esprit, les institutions et la mémoire de Rome sont encore partiellement vivants.
Dernier point, mais là je parle sous votre contrôle, j'ai l'impression que l'espéranto est moins une création qu'un mélange réalisé avec des bribes de langues existantes (la trace du latin étant me semble-t-il assez perceptible) Cela me fait penser à ce que l'on appelle le "sampling" dans la musique d'aujourd'hui. Bref, le vécu du latin me semble plus puissant, plus authentique et donc plus riche que celui de l'espéranto.
Au delà de la pure question du langage, je suis très sceptique sur les vertus du volontarisme en matière de construction identitaire. Cela est aussi vrai de l'Europe que de certaines entreprises qui se "donnent" des valeurs dans un but purement utilitaire. Le naturel reprend toujours ses droits. Il a "ses raisons que la raison ne connaît pas".
Rédigé par:DT | le 17 septembre 2006 à 16:38
Merci, Didier (DT) de cette intervention. Je vois que vous croyez fort dans le latin en tant qu'expression de la culture européenne, et sur cela je ne suis pas contre.
J'aimerai quand même corriger quelques point que vous avez fait sur l'espéranto. Vous dîtes qu'il est "moins une création qu'un mélange réalisé avec des bribes de langues existantes". Je ne me rappelle plus combien de fois j'ai lu les mots "créé de toutes pièces" et "un mélange d'autres langues" à propos de ma deuxième langue -- vous n'êtes pas du tout le seul à avoir reçu cette idée -- mais sa popularité ne l'apporte rien face à la vérité. Dire que l'espéranto est un mélange de langues n'est ni plus ni moins vrai que de dire que l'anglais est un mélange du latin, de l'allemand, du français, du vieux norse, et de l'anglo-saxon ; ou bien que le français est un mélange de l'arabe, du latin, du grec, etc. Bien sûr on peut tracer les racines des éléments d'espéranto dans les autres langues -- le latin, le grec, le français, entre autres -- mais je fais exactement la même chose à chaque fois que je regarde dans mon dictionnaire étymologique de l'anglais ou du français.
Le fait que ces éléments sont partagés avec d'autres langues n'empêche pas que la langue espéranto de nos jours a autant de droit de se nommer "une langue" que n'importe quelle autre. Quand je le parle, je ne suis pas conscient que tel phrase contient un mot latin à côté d'un mot slav devant un mot allemand ; c'est juste de l'espéranto pur. Pareil, quand je dis "un nouveau fauteuil dans un magasin", je n'ai pas l'impression de prononcer un mot de latin, puis un du francique, avec un dernier en arabe -- c'est juste du français.
Il est clair, en fait, que le "mélange" qui est l'espéranto est en fait beaucoup plus homogène que ceux qu'on appelle l'anglais et le français. Je trouve beaucoup plus de "grumeaux" dans ces dernières langues ! Ceci n'est pas forcement désagréable, mais l'espéranto est plus cohérent en soi -- le fait que c'est un mélange et moins évident -- que dans les deux autres langues que je parle.
Venons donc à l'histoire que représente le latin. Je ne peux pas disputer que le latin représente des siècles d'histoire européenne, et que les pauvres quelques décennies de l'espéranto à côté semblent assez courtes. Soit. Si une longue histoire est vraiment quelque chose d'obligatoire pour une langue inter-nationale de nos jours, on pourrait peut-être revendiquer l'histoire d'autres langues et peuples en tant que "donneurs" à l'espéranto. (OK, peut-être !)
Mais honnêtement, je ne vois pas trop l'intérêt. J'ai réussi à étudier les romains à l'école sans avoir à me perfectionner en latin d'abord. On peut mieux apprécier des documents dans leurs versions originales si on comprend la langue de l'époque, mais ça c'est plutôt pour les spécialistes ; pour nous, les autres, les traductions marchent aussi très bien.
Maintenant, j'arrive au grand atout de l'espéranto sur le latin (et sur l'anglais, le français et les autres, d'ailleurs) -- sa facilité d'apprentissage. Ne confondez pas "facilité" ou "simplicité" avec "simpliste" : la langue est très flexible, très nuancée, avec un pouvoir d'expression égale à n'importe quelle autre langue (et surtout si on parle des langues apprises comme langues étrangères). Il n'est pas juste plus facile à acquérir -- je dirais même que le but d'avoir un niveau correcte, où on peut suivre et contribuer à une discussion sans gène, est quelque chose de réaliste pour la majorité de la population de l'UE, si on parle de l'espéranto ; par contre, il n'est pas possible d'atteindre ce niveau dans une langue nationale, ni en latin, pour la grande majorité des personnes. Si vous ne me croyez pas, lancez une discussion en anglais dans un café à Paris, ou avec un fermier breton ou un mineur du nord, ou même avec un étudiant d'une grande école qui est dans son huitième année d'étude d'anglais. Est-ce qu'il serait à l'aise ? Est-ce qu'il serait convaincant dans ce qu'il dit, comme s'il parlait sa langue maternelle ? Ou est-ce que la grande majorité balbutieraient quelques phrases mémorisées avant de partir en courant ? Il semble que vous, Didier, fait partie de la minorité élite en France qui maîtrise bien l'anglais, et je vous félicite. Mon expérience pendant les quatre ans que j'ai habité en France me suggère que vous êtes quelqu'un de très très rare, même parmi les gérants des grandes entreprises, et surtout hors de ce "bubble", parmi les ingénieurs, dans la rue, etc.
Pour moi, j'ai dépassé mon niveau de français après 18 mois d'étude d'espéranto. On m'a fait remarquer que dans les courriels que j'écrivais en espéranto, il y avait déjà moins de fautes, mais aussi plus de nuances, un aire plus naturel, de l'humour qui avait l'effet attendu, etc. Et en tant qu'enseignant de langues, je trouve frustrant mes cours d'anglais et de français, parce que les progrès que font les étudiants dans les cours d'espéranto sont tellement énormément plus rapide.
Pour finir, je ne cherche pas à dénigrer le latin. C'est une belle langue qui nous rappelle de longues periodes de notre histoire commune, et c'est dommage de le voir tellement peu étudié de nos jours. Mais comme proposition de langue tierce pour l'Europe, je le trouve très mal adapté, premièrement à cause de sa complexité grammaticale, mais aussi à cause du manque de vocabulaire pour les choses courantes de nos jours.
Amicalement vôtre,
Tim
Rédigé par:Tim Morley | le 17 septembre 2006 à 23:43
pour la premiere fois dans l'histoire du monde, une chance se presente de communiquer avec tous les hommes, en utilisant la seule langue parlee sur les 5 continents. Les avantages pour le commerce, le tourisme, la paix mondiale sont evidents a tous. Se mettre a l'anglais n'est pas se soumettre aux USA, je ne vois pas en quoi Canada, Inde, Afrique du Sud ou Australie seraient soumis aux USA. Reconnaitre officiellement le fait accompli qu'aujourd'hui un portugais et un francais, un finlandais et un allemand parlent entre eux en anglais n'est que bon sens commun.
Il ne demande que de renoncer a cette mephistofelique volonte de puissance que avec Bonaparte et Hitler tant de morts a cause dans 2 inutiles tentatives de renverser les equilibres planetaires sortis du traite d'Utrecht, il y a 10 generations.
Rédigé par:hayekFan | le 18 septembre 2006 à 10:12