"Agenda pour 2007" a suscité 20 commentaires sur ce blog et 18, sur AgoraVox.
Du débat ainsi amorcé, je retiens, pour ma part, les éléments suivants.
D’abord la réduction de l’endettement public est reconnue comme nécessaire par la majorité des intervenants. Certains, tels Matthieu, hayekFan, ou Romain Baudry le soulignent explicitement. Didier qui ne le conteste pas, relève néanmoins que cet objectif n’est pas «une fin en soi». Ce avec quoi je suis bien d’accord, à ceci près qu’aujourd’hui la situation financière du pays est devenue tellement critique qu’elle condamne à l’avance la possibilité pratique de mettre en œuvre la plupart des initiatives que Didier, avec d’autres et avec moi aussi, considère comme utiles. Matthieu évoque la perspective de voir la dette française rangée dans la catégorie des «junk bonds». Il aurait aussi pu mentionner les commentaires pessimistes récents de l’agence de «rating» Standard & Poor’s. Qu’on le veuille ou non, notre pays est désormais rentré dans la zone rouge. On peut l’ignorer, pratiquer la politique de l’autruche et continuer à accumuler les engagements et les promesses sans traiter cette question cruciale au préalable. Ce faisant, on trompera les Français.
Le fait de m’insulter, comme le fait Gromit sur AgoraVox, relayé par Parkway, en me déniant le droit de m’exprimer, notamment dans le domaine budgétaire, ne règlera pas ce problème. Je lui signale d’ailleurs, contribution non négligeable à la réduction de l’endettement public, que l’intervention de l’Etat dans l’entreprise que j’ai dirigée, loin de coûter de l’argent au contribuable, contrairement à la ritournelle médiatique inlassablement répétée, lui a au contraire rapporté, en moins de deux ans, au moment de la cession de sa participation, une rentrée en cash de 2 milliards d'euros, traduisant une plus-value de 1,3 milliard d’euros pour une mise initiale d'environ 700 millions d'euros, à quoi il faut ajouter des produits financiers divers de l’ordre de 300 millions d’euros. Je lui signale aussi incidemment, par souci d’exactitude, que, prenant notamment en compte la situation que l’entreprise affrontait après mon départ, j’ai renoncé à l’indemnité dite «golden parachute» qui m’avait été légalement attribuée. Je lui signale enfin, pour ce que cela vaut, que j’ai été très impliqué, dans des fonctions diverses, dans la gestion budgétaire de l’Etat pendant onze ans de ma vie à une époque où les finances publiques étaient ou excédentaires ou proches de l’équilibre, ce qui, à défaut de me qualifier pour m’exprimer, m’a en tout cas donné une certaine expérience en la matière.
Un autre de mes quatre «chantiers», le «chantier diplomatique», a retenu l’attention de beaucoup de commentateurs et suscité des échanges nourris dans le prolongement des débats qui nous avaient opposés sur le traité constitutionnel européen. Dab conteste les termes "responsable" et «crise» que j’ai utilisés pour qualifier la situation européenne. Il considère en effet que le rejet de l’Europe telle qu’elle est allait bien au-delà de la France et des Pays-Bas et qu’il serait plus approprié de parler de «péripétie» que de «crise», car, ajoute-t-il, «le petit train-train continue». HayekFan, soutenu partiellement par leblase, reprend de manière résumée les thèses qu’il avait développées l’année dernière, considère que l’alliance potentielle "EuroNext/Nyse" est susceptible de régler la question du marché financier unique et rejette notamment l’idée de rechercher un meilleur gouvernement économique de la zone euro, point sur lequel il est rejoint par Adolphos. Ce dernier s’étonne également de la référence que je fais au rôle possible du Parlement européen comme moteur de l’identité européenne. Bouchard souligne enfin, soutenu par divers intervenants, «l’impérieuse nécessité d’enseigner l’Europe au quotidien afin de faire comprendre à ses citoyens que sans elle l’horizon serait encore plus chargé de nuages d’orage».
Pour ce qui me concerne, je suis totalement d’accord avec ce dernier point et je pense que le Parlement européen est l’institution la mieux placée pour favoriser cette prise de conscience à travers les débats générés par le processus d’élection de ses membres, la progressive structuration d’une droite et d’une gauche européennes qu’il devrait permettre et la qualité grandissante de ses délibérations et de ses initiatives politiques.
En revanche je maintiens que l’euro devra s’accompagner tôt ou tard d’un gouvernement économique commun dans la zone concernée, sauf à accepter la perspective de sa disparition, ce qui ne chagrinerait peut-être pas hayekFan. Je n’ai pas d’objection particulière à l’alliance Euronext/Nyse même si je pense que les actionnaires d’Euronext devraient analyser avec soin l’autre opportunité, celle de l’alliance allemande. Mais ce regroupement des plateformes électroniques boursières ne règle pas à mon sens la question du marché financier unique qui est celle de l’unification des autorités de régulation et des règles régissant les opérations boursières. J'ajoute que le "petit train-train" que constate à juste titre Dab dont la persistance constituait, à mes yeux, la principale justification de la nécessité du traité constitutionnel européen, est aussi celle de la reprise rapide d'initiatives que j'appelle de mes voeux pour mettre en place les quelques éléments d'un exécutif européen que le traité proposait et qui n'ont pas été véritablement à l'origine de son rejet.
Enfin à l’intention de peasoup, je précise que je ne réduis pas la responsabilité diplomatique du Président de la République aux «seules affaires européennes». Beaucoup des sujets qu’il évoque sont importants, voire même déterminants. Le problème est qu’aujourd’hui la voix de la France est inaudible et qu’elle ne retrouvera crédibilité, influence et autorité que si elle met au préalable de l’ordre dans ses affaires et que si elle redevient un moteur de l’Europe de manière à démultiplier sa capacité de conviction et d’action.
Sur les autres «chantiers» que j’ai évoqués dans ma note, les commentaires ont été beaucoup plus limités. Adolphos ne comprend pas ma référence à «l’absence de marge de manœuvre économique» tout en ajoutant que «si la France plonge, c’est parce qu’elle n’a pas de croissance depuis plus de dix ans», ce qui est précisément ce que je voulais dire. Je me suis peut-être mal exprimé, mais je crois que nous sommes d’accord sur ce point. En revanche nous ne le sommes probablement pas sur l’éventualité d’un prélèvement exceptionnel pour accélérer la réduction de l’endettement public. Je dis probablement, parce que j’espère et je souhaite que notre pays pourra l’éviter et que ne viendra jamais le moment où les circonstances et les créanciers extérieurs le lui imposeraient.
HayekFan récuse l’idée de mettre en place en France un impôt sur le revenu suffisamment global et progressif pour pouvoir se substituer à d’autres formes d’imposition supplémentaires, à mon sens, plus inégalitaires, telles par exemple les cotisations sociales. Il privilégie une montée en puissance de l’impôt patrimonial parce qu’ «il fait payer les taxes aux riches plutôt qu’aux travailleurs». Je vais peut-être le surprendre, mais, tout en maintenant qu’il faut élargir la part de l’impôt sur le revenu à prélèvements globaux inchangés, je suis d’accord avec lui sur le second point. La forme d’imposition la plus juste est un vrai impôt sur le patrimoine qui n’aurait rien à voir avec l’Isf actuel, truffé notamment d’exonérations injustifiables et d’un traitement absurde de la résidence principale, qui serait la juste contrepartie de l’accumulation de richesse qui est un des moteurs nécessaires de l’économie de marché, mais qui bien entendu ne devrait pas avoir un caractère confiscatoire.
Je précise enfin que je suis d'accord à la fois avec Matthieu et Didier quand ils soulignent l'importance qui doit être attachée à la revalorisation de l'enseignement universitaire et du système éducatif en général. Il ne peut en être autrement si l'on veut, sérieusement, comme je le souhaite, encourager l'innovation et faire redémarrer l'acenseur social.
Pour conclure, je me réfère à une question de Matthieu: "Serait-il possible que vous commentiez à l'aune de ces recommandations les "futurs candidats", c'est à dire principalement le projet socialiste publié hier et les orientations que l'on peut deviner de Nicolas Sarkozy à travers son parcours aux ministères des finances et de l'intérieur?". Le moment se rapproche certes où chacun de nous devra se former son jugement et prendre position. Mais, pour autant, ce temps-là n'est pas encore venu. La liste finale des candidats est loin d'être stabilisée et leur "discours", encore moins. On en a eu confirmation ces derniers jours où certains des candidats à la candidature au sein du parti socialiste exerce déjà un "droit d'inventaire" à l'égard de son programme qui n'est d'ailleurs pas encore adopté par ses militants. Il est donc urgent d'attendre avant de cocher les cases de la "check-list". En revanche il serait sans doute utile que la réflexion et le débat se poursuivent sur ce blog ou ailleurs.
