Dans le cheminement intellectuel qui conduit un électeur à sélectionner tel ou tel candidat à l’élection présidentielle, il me semble que l’identification des questions qu’il aura à traiter prioritairement au cours de son mandat est une étape essentielle. C’est par rapport à ces questions que la crédibilité des idées et des attitudes de chaque candidat pourra être appréciée.
Ces questions ne sont pas nécessairement celles qui se posent aujourd’hui, car le futur Président ne prendra ses fonctions que dans un an et c’est la situation qui prévaudra à ce moment-là qu’il devra prendre en compte. Mais on peut considérer que beaucoup des préoccupations actuelles seront encore d’actualité.
En outre ce futur Président et sa majorité n’auront devant eux que cinq ans pour agir, c’est-à-dire concevoir, concerter et mettre en œuvre les actions nécessaires. La sélectivité s’impose donc pour éviter que, trop nombreuses, elles ne se diluent et ne s’enlisent.
Je soumets au débat et à la critique une liste des chantiers prioritaires qui, à mon sens, devraient être inscrits à l’agenda gouvernemental en juin 2007 sans aborder à ce stade le fond des questions à traiter autrement que de manière incidente.
Il s'agit d'une sorte de "check-list" à l'aide de laquelle il me sera loisible de vérifier si les déclarations et les fameux "programmes" des candidats apportent des réponses correspondant à ma vision des besoins du pays. Chacun peut se livrer à un tel exercice pour son propre compte. Mais il serait peut-être intéressant de le partager.
On ne trouvera pas les expressions "chômage" ou "emploi"dans cette liste. Je suis en effet convaincu que si le chômage et l'emploi doivent être l'obsession de nos gouvernants, les résultats que les Français sont en droit d'attendre et même d'exiger ne viendront que par le détour de l'amélioration en profondeur de notre dispositif économique et social global et avec l'aide de la refondation européenne.
Il est clair enfin que le Président qui aurait l'audace et l'énergie nécessaires pour faire ce qui doit être fait devrait au préalable expliquer au pays la réalité de sa situation et le convaincre de la justesse et de la justice de sa démarche, comme ont su le faire, en leur temps, dans des registres différents aussi bien Pierre Mendès-France que Charles De Gaulle. Pouquoi les Français d'aujourd'hui seraient-ils moins sensibles au langage de la vérité et du courage que ceux d'autrefois?
Un chantier financier : la réduction de l’endettement public.
Inscrire cet impératif en priorité numéro 1 traduit l’opinion que rien ne sera possible que si d’abord le reflux de la dette publique est suffisamment amorcé pour que le pays retrouve un début de marge de manœuvre financière. C'est, à mes yeux, "la mère de toutes les réformes", le préalable à toutes les autres actions nécessaires.
Ce chantier implique :
- un réexamen sévère des dépenses publiques sans tabou d’aucune sorte et sans « sanctuarisation » à priori d’aucune catégorie de dépense
- une clarification radicale des relations financières entre Etat, Régions et Départements
- l’équilibrage des régimes de protection sociale
- le recours à un prélèvement exceptionnel pour éviter l'enlisement dans une trop longue période de transition où l'absence de résultat tangible découragerait l'effort du pays.
Un chantier économique : le renforcement de la croissance.
Si la France s’enfonce, c’est parce qu’elle n’a plus aucune marge de manœuvre économique, comme l’illustre le graphique qu’a publié Le Monde les 4-5 juin 2006 à l’appui de l’article de Eric Le Boucher, sur la croissance décennale du PIB français en moyenne annuelle : 1960-70 : 5,6% ; 1970-80 : 3,4% ; 1980-90 : 2,6% ; 1990-00 : 2% ; 2000-05 : 1,5%. Les exemples américains et britanniques ont démontré qu’une telle évolution n’a rien d’inéluctable même pour les économies matures.
Ce chantier implique :
- un engagement national en faveur de l’innovation
- la mobilisation de fonds propres en faveur de la création et du développement des petites et moyennes entreprises
- un encouragement intensifié en faveur de l’exportation et de l’investissement
- une simplification radicale, mais négociée, des procédures d’embauche et de débauche sur le marché du travail en contrepartie de la sécurisation des parcours professionnels.
Un chantier social : la lutte contre les inégalités.
Comme en 1958, une politique de redressement viable doit s’accompagner d’actions crédibles destinées à restaurer le tissu social du pays en faisant reculer les inégalités.
Ce chantier implique :
- la mise en place d’un impôt sur le revenu général, global et progressif qui devienne la principale ressource de l’Etat et qui se substitue, dès que possible, par étapes, aux contributions fiscales ou/et sociales les plus inégalitaires et les plus inefficaces économiquement
- le rétablissement de la sécurité des personnes et des biens dans toutes les parties du territoire
- l’amélioration de l’efficacité du système éducatif comme vecteur de l’ascension sociale
- une meilleure focalisation des aides publiques sur les besoins prioritaires
Un chantier diplomatique : une nouvelle Europe.
Responsable, avec les Pays-Bas, de la crise européenne, la France est seule à même avec l’Allemagne de promouvoir la nouvelle Europe dont notre continent a besoin.
Ce chantier implique :
- le retour à une exécution scrupuleuse de nos engagements européens actuels
- la recherche pragmatique et obstinée d’un gouvernement économique de la zone euro et de la mise en place du marché unique financier
- le recours délibéré au Parlement européen comme moteur de l’identité européenne
- la reprise d’un traité établissant des éléments d’un exécutif européen, susceptible d'être approuvé par référendum.

Cqfd. Pierre Bilger Président !
Rédigé par: Jipé | 09 juin 2006 à 09:26
Très intéressant et très pertinent.
Serait-il possible que vous commentiez à l'aune de ces recommandations les "futurs candidats", c'est à dire principalement le projet socialiste publié hier et les orientations que l'on peut deviner de Nicolas Sarkozy à travers son parcours au ministères des finances et de l'intérieur ?
Pour ma part les priorités telles que je les vois sont :
- la réduction de la dette, pour plus de marge de manoeuvre et pour ne pas amputer les possibilités futures
- la réforme de l'enseignement supérieur, pour avoir une attractivité intellectuelle au niveau mondial, pour dynamiser les facultés, et réduire les filières "impasses"
- l'accent sur l'innovation, la recherche, les liens recherche et industrie, faciliter la création d'entreprises et le financement de start-up innovantes
et malheureusement on ne parle pas beaucoup de ça, à droite comme à gauche...
Rédigé par: Matthieu | 09 juin 2006 à 09:52
et aussi, la construction européenne...
Rédigé par: Matthieu | 09 juin 2006 à 09:58
Pierre, les commentaires a votre introduction pourraient remplir un livre entier. Il faut donc etre synthetiques. Reduction de l'endettement: rien a dire, si ce n'est que le prelevement exceptionnel que vous evoquez ne peut etre exige que de ces classes d'age qui ont beneficie des decennies durant d'une finance publique legere et demagogique. Croissance: vos suggestions sont un soutien financier aux PME, engagements et encouragements (cela ne coute rien!) et "simplification des procedures d'embauche et debauche en contrepartie de la securisation des parcours..". Vous allez trop vite a mon avis: 1) les aides d'Etat (aux PME ou non) sont interdits 2) comment securiser un parcours professionnel a l'ere de la flexibilite? Ne voyez-vous pas (et ce serait vous faire tort) que la complication extreme des procedures de debauche a toujours ete la seule arme des syndicats pour "securiser les parcours professionnels"? Il me semble que votre proposition soit donc contradictoire. Et on arrive a la lutte contre les inegalites. Je ne crois pas que l'impot sur les revenus soit un outil efficace contre les inegalites. On se focalise sur les revenus, mais les vraies inegalites ne sont pas la: elles resident plutot dans le patrimoine, dans les garanties d'emploi a vie, dans les infrastructures differentes en fonction du lieu de residence. Bonne derniere l'Europe: le marche unique financier me semble deja en marche, surtout apres l'excellent developpement d'une fusion Nyse-Euronext qui va constituer l'incontournable centre d'aggregation du marche financier europeen, sans aucun risque de nuisible opposition avec les geants americains. La gouvernance economique, au contraire represente pour moi un bon exemple de tout ce qui ne pourra etre fait (au niveau de l'Europe) tant qu'on s'obstine a ne pas definir son identite sa culture et ses valeurs. Plusieurs systemes economiques coexistent en Europe et rentrent en conflit regulierement sur des questions comme les OPA transfrontalieres, la liberalisation des marches, celle des services, les aides d'Etat et son role dans l'actionnariat des entreprises, et le commerce extra-europeen. Nulle gouvernance economique est donc possible dans cette cacophonie. Voila donc ma propre reflexion: reduire l'endettement: bien.
Renforcer la croissance avec un exces de concurrence, et ouverture du marche national, avec une simplification de toute procedure (objectif d'ouvrir une societe en 1 heure, comme au Canada), avec une liberalisation extreme du salaire minimum, et forte reduction de la fiscalite des entreprises: toutes les methodes qui ont bien marche ailleurs.
Lutte contre les inegalites: reduire le poids de l'impot sur les revenus qui dans sa structure progressive installe et perpetue l'inegalite, en torpillant ce puissant facteur de reduction des inegalites qui est le revenu de travail. Montee en puissance de l'impot patrimoniale, qui fait payer les taxes aux riches, plutot qu'aux travailleurs. Reequilibrer l'urbanisme, avec l'objective d'une disparition des quartiers "pourris" et des zones d'exclusion, aujourd'hui peuplees des familles qui ne peuvent se permettre autre chose. Cela comporterait evidemment une degradation moderee et moins de frais publiques pour les quartiers riches. Disparition de l'emploi a vie pour les fonctionnaires.
Europe: privilegier le stricte respect des directives europeennes qui existent deja, minimiser le contentieux, et montrer une vraie solidarite avec les pays moins favorises comme les slaves, me semblent des engagements plus responsables et concrets que les bonds en avant d'une imaginaire gouvernance economique ou le reve d'un traite constitutionnel dont cette generation de francais n'a pas ressenti l'utilite.
Rédigé par: hayekFan | 09 juin 2006 à 13:17
"Responsable, avec les Pays-Bas, de la crise européenne, la France est seule à même avec l’Allemagne de promouvoir la nouvelle Europe dont notre continent a besoin."
"Responsable" ne me paraît pas être le qualificatif qui convienne le mieux,et "crise" pas davantage.
La France et les Pays-Bas ont été, par la voix de leurs peuples questionnés directement par référendum, dénonciateurs d'une construction incohérente,aux objectifs imprécis,aux dimensions fluctuantes,ne se dessinant toujours qu'à l'horizon,l'horizon n'étant jamais qu'une ligne fictive qui recule au fur et à mesure qu'on avance.
Il est fort probable que si tous -bien tous- les pays de l'Union Européenne avaient utilisé la procédure référendaire,d'autres pays n'auraient rien eu à envier à la France ou aux Pays-Bas.
Pour ce qui est du mot "crise",il pourrait être avantageusement remplacé par "péripétie".Car finalement,le petit train-train continue et on n’a noté aucun affolement,en tout cas pas de précipitation pour corriger la fausse donne.
Depuis plus de cinquante ans que cela dure,(années de gestation plus années postérieures à 1957)
l'Europe n'aura connu que cela...n'offrant à ses ressortissants ni lisibilité ni vision franches de l'avenir.
Rédigé par: dab | 10 juin 2006 à 14:27
« Pourquoi les Français d'aujourd'hui seraient-ils moins sensibles au langage de la vérité et du courage que ceux d'autrefois? »
C’est très simple!
Parce qu’il y a le crédit à la consommation et la "solidarité".
En 1954,du temps de Mendès-France,un particulier pour ses déplacements privés,un médecin,un notaire,un petit industriel,un entrepreneur,un artisan,un commerçant qui voulaient acheter une voiture,une Aronde ou une 203 Peugeot,une 4 cv ,ou (pour les plus aisés) une « Traction »,une "Frégate" ou une "Versailles" la payaient cash!
Dix ans plus tard,sous de Gaulle,l’ouvrier sidérurgiste de Longwy qui voulait se payer une 404 pour rouler dans la même voiture que le patron de l’aciérie dans laquelle il travaillait,empruntait pour 12 mois maximum (pour une voiture neuve) et neuf mois pour une occasion (rien à voir avec les durées de remboursement pratiquées aujourd‘hui).
Pour rembourser les mensualités en 1964 une seule solution:les heures supplémentaires .Certains travaillaient jusqu’à 52 voire 55h par semaine.
Aujourd’hui,quiconque possède une carte de grand magasin à Paris est sans cesse sollicité dans sa boîte aux lettres:
« Les vacances approchent: changez de voiture,les fêtes sont là:pensez à vos cadeaux!N’hésitez pas ,retournez nous vite le coupon ci-joint,et dans 48 heures vous recevrez vos six mille euros!
Et trois ou quatre ans plus tard on retrouve nos heureux possesseurs de carte à la barre des tribunaux d’instance dans des affaires de surendettement.
Qui paye les ardoises,la multitude de ceux qui ont su gérer leur budget personnel.
Alors dans un tel environnement,pourquoi être courageux quand on n’a pas de scrupule à se faire aider par les autres mis à contribution au nom du générosisme , de la solidarité ou de la réduction des inégalités…
Cette réplique n’est pas une diatribe contre le crédit à la consommation.
Le crédit à la consommation ne devrait être conseillé qu’à ceux qui sont capables d’en user modérément et à bon escient.
Rédigé par: dab | 10 juin 2006 à 14:48
@ dab : votre diatribe anti-TCE ne change rien à la réalité d'aujourd'hui. Tout ce que vous avez voulu rejeter en votant NON continue à s'appliquer et tout ce qu'il y avait de positif dans le TCE est stoppé. Quant à vos conjectures sur le résultat éventuel de consultations hypothétiques, on s'en passe, nous n'avons pas de leçon de Démocratie à recevoir de ceux qui s'associent aux extrêmes pour tuer un projet, certes imparfait, mais réaliste.
@PBi : Il faut faire de la politique pas de la gestion ! je n'ai rien contre les thèmes que vous abordez mais à quoi sert la réduction de la dette ? Ce n'est pas une fin en soi.
Pour moi 3 priorités politiques :
- l'Europe sans laquelle nous ne pourrons rien faire
- l'éducation nationale, fiasco complet à tous les étages
- l'environnement, désatre complet - retour à l'Europe
Rédigé par: Didier | 11 juin 2006 à 09:30
@Didier : quand on a une dette proche de 0 le problème ne se pose pas. mais à l'heure actuelle la réduction EST une fin en soi ! d'une part pour cesser de payer les intérêts, d'autre part pour récupérer les moyens d'un "coup d'accélérateur" budgétaire que nous n'avons plus ! troisième point, avez-vous lu l'article du Monde (récent, mais malheureusement passé en accès abonné) sur la possible évolution des emprunts de la France en junk bonds à l'horizon 2040 ? voila qui multipliera les interets.
donc oui, dégager des excedents devient un objectif en soi !
Rédigé par: Matthieu | 11 juin 2006 à 11:59
@ matthieu : je ne conteste pas la nécessité d'assainir nos finances, à commencer par l'arrêt du déficit budgétaire et le remboursement de la dette. Un bon "père de famille" peut comprendre cela très facilement. Ce que je dis c'est que les nouvelles marges de manoeuvres dégagées par des finances assainies doivent servir aux priorités qui sont les notres : éducation, justice, investissements, etc. ... La réduction de la dette est donc un moyen, absolument nécessaire, mais un moyen, pas une vision de notre société.
Rédigé par: Didier | 12 juin 2006 à 07:39
@Didier : alors nous sommes d'accord, sauf que, pour un bon bout de temps au moins, la réduction de la dette restera "l'objectif à long terme !" les objectifs que vous mentionnez ensuite sont à très très long terme :)
Rédigé par: Matthieu | 12 juin 2006 à 09:36
A propos de la contribution d'HayekFan (que je lis toujours avec beaucoup d'attention...) et de la fusion entre Euronext et Nyse, veuillez aussi prendre connaissance du très intéressant article rédigé par Harald Greib, intitulé : "Fusion Euronext et Nyse - et alors?", que vous pouvez retrouver sur le site suivant:
http://newropeans-magazine.org
Quant à l'Europe - et il s'agit-là d'une question cardinale - elle se résume pour beaucoup de gens à la circulation de camions TIR sur son réseau autoroutier ainsi qu'à une difficulté patente d'en appréhender la consistance, faute d'une compréhension et d'une connaissance élémentaires des institutions qui la composent et de leur fonctionnement. Certes, le débat sur le projet du TCE aura eu le mérite de susciter de multiples et (je l'espère) fructueuses interrogations. Mais qu'en est-il réellement auprès du "grand public"? Faites l'expérience en demandant autour de vous qui fait quoi à Bruxelles, à Luxembourg et à Srasbourg. Interrogez sur les compétences et les attributions du Conseil Européeen, celles de la Commission, du Conseil de l'UE ou Conseil des ministres, du Parlement ou encore du Comité des régions. Demandez que l'on vous explique le mécanisme de prise des décisions au sein de l'UE. Interrogez sur la CJCE, son fonctionnement et ses compétences. Demandez à vos interlocuteurs s'ils ont entendu parler du Rapport Herbillon (15 € - téléchargeable auprès de la Documentation Française), voire même s'ils l'ont lu. Je n'évoque même pas les questions relatives au budget de l'Union, ni même sa politique étrangère.Il est probable que vous ne recueillerez qu'une indifférence polie, sinon l'aveu d'une ignorance complète ou dans le meilleur des cas des réponses incertaines à toutes vos questions. D'où l'impérieuse nécessité d'enseigner l'Europe au quotidien afin de faire comprendre à ses Citoyens que sans elle l'horizon serait encore plus chargé de nuages d'orage.
Rédigé par: Bouchard | 12 juin 2006 à 15:22
BOUCHARD,
je vous remercie de l'attention pour mes petites notes. Tres interessant aussi votre remarque sur les Francais qui boudent eet ne s'interessent pas a l'Europe. Je vous pose maintenant une question: est-ce qu'on a eu besoin d'enseigner la Bourse aux Francais? Non, en quelques annees la deferlante de l'online trading a eu raison de la traditionnelle mefiance du paysan francais pour la finance, et les sites comme Boursorama et Cortal ont fait fortune.
Nul besoin d'intervenir quand le citoyen croit avoir a gagner d'une connaissance ou maitrise. Evidemment cela ne va pas de meme pour l'Europe. Mis a part les formulaires PAC a remplir pour les aides, l'Europa n'apporterait rien d'autre au Francais de base. Serait-ce donc la France entiere a s'y tromper, ou les technocrates de Bruxelles?
Rédigé par: hayekFan | 12 juin 2006 à 15:41
@ hayekFan : sauf que les Français ont pris la bourse pour un casino et que le boursicotage a entrainé les excès que l'on connait avec la bulle Internet par exemple. De là à en conclure que les Français ont compris de qu'est réellement la bourse, c'est sans doute aller un peu vite en besogne ! La bulle immobilière ne tient elle pas d'ailleurs ses origines dans le transfert de la bourse vers l'immobilier ? Poser la question n'est certes pas y répondre.
Rédigé par: Didier | 12 juin 2006 à 18:43
Didier, je crois que les Français plaçaient leur argent hors des bas de laine bien avant la bulle internet, et qu'ils ne se sont pas tournés vers l'immobilier par déception envers la Bourse.
Moi qui ne suis presque jamais d'accord avec Hayekfan, je trouve sa dernière intervention limpide, et pleine de bon sens.
Et je crois que suivre son raisonnement serait d'un intérêt capital pour les politiciens en quête de dialogue avec la population.
Rédigé par: leblase | 13 juin 2006 à 00:31
Je le dis avec prudence et gentillesse mais les interventions de Bouchard et hayekFan relèvent plus pour moi de la démogogie que d'une reelle argumentation politique. Quoi, parce qu'une idée est majoritaire elle est bonne et parce qu'une minorité en défend une autre, elle serait mauvaise ? Poser des questions sur le fonctionnement des institutions européennes ne signifie rien. Les Français savent ils ce que sont le Conseil d'Etat, la Cour des Comptes ? Ils n'ont pas besoin de cela pour être républicains. Avancer de tels arguements devant les étudiants bénéficiant du programme Erasmus ou aux touristes qui se baladent en Europe sans passeport changerait sans doute la donne.
Quant à la bourse, je persite. Les Français se sont tournés vers la bourse très récemment car avant il était obligatoire de passer par des intermédiaires (les anciens agents de change). Le boursicotage en direct a pris un essor fulgurant sans que les Français comprennent très bien le rôle économique de l'outil, simplement ils ont vu qu'une action valait 10 un jour et 12 le surlendemain, et se sont mis à empocher les 20% ! Certains qui y ont gagné pas mal d'argent l'ont réinvesti dans la pierre. D'autres, qui en ont perdu pas mal, sont revenus à des placements de père de famille, dans la pierre. Tout cela ne contribue pas à un fonctionnemet sain du capitalisme libéral si cher à certains lecteurs de ce blog.
Rédigé par: Didier | 13 juin 2006 à 09:22
DIDIER, vous confirmez ce que je dis. L'enthousiasme des Francais pour le "online trading" est evident (et persiste, vu le succes et les benefices de Boursorama et Cortal). La disaffection des Francais pour l'Europe est egelement evidente, et a eu son point d'orgue dans la cuisante defaite du referendum constitutionnel. J'en deduis que les Francais ont cru et croient gagner dans la Bourse, alors qu'ils ne croient pas la meme chose avec l'Europe. Peut-etre vous pensez que toute la France s'y trompe, que le "online trading" est Mal, et l'Europe Bien. Moi, j'ai toujours hesite a penser que tout le monde se trompe sauf moi, et j'ai toujours cru au bien fonde de la democratie, basee sur l'avis de la majorite. Si la majorite se trompe si souvent, devrions nous lui oter le pouvoir et le confier a un Parti, comme dans les systemes totalitaires si chers a à certains lecteurs de ce blog?
Rédigé par: hayekFan | 13 juin 2006 à 10:49
le point amusant est que vous êtes d'accord sur un point : il faut montrer et mettre en valeur les points positifs de l'union, les avantages direct pour les eurocitoyens, comme la liberté de circulation par exemple.
Rédigé par: Matthieu | 13 juin 2006 à 12:48
MATHIEU disons qu'il faudrait montrer et mettre en valeur non pas les avantages deja acquis comme la liberte de circulation de personnes, marchandises et services, mais ce qu'on devrait tous gagner d'une ulterieure integration (politique). Personne ne veux revenir en arriere, cela ne veut pas dire deleguer trop de pouvoir a des institutions qui ont rate le travail d'explication avec un pave de 400 pages ou l'on trouve tout et son contraire.
Et pourtant il n'etait pas sorcier d'aligner un preambule du genre: "L'Europe defend et soutien les idee liberales de Tolerance, Liberte, Egalite Juridique et Propriete Privee, (enoncees par Locke il y a 3 siecles), qu'elle reconnait comme droits de chaque citoyen", en passant par la suite a definir les pouvoirs bien separes de chaque Institution. 40 pages auraient suffi, tout le monde aurait lu le document vu qu'il n'y avait pas de clause vicieuse, et vote OUI au referendum.
N'oublions jamais que les francais (parmi d'autres) se mefient a juste titre de gouvernements comme l'allemand, italien, slaves et iberiques qui n'ont pas respecte la liberte de pensee et presse en 1900, et les anglais (parmi d'autres) se mefient des francais qui n'ont pas respecte le droit de propriete a plusieurs reprises dans un passe plus ou moins recent. Ces mefiances nuisent gravement a l'Europe et devraient etre balayees sans appel par le Premier Article de la Constitution Europeenne.
Rédigé par: hayekFan | 13 juin 2006 à 13:55
@ hayekFan, je ne conteste pas les faits, je conteste l'interprétation que vous en faites. L'engouement des Français pour le "on line trading" et le rejet du TCE ne sont pas à prendre au pied de la lettre, je veux dire au premier dégré.
Loin de moi de décerner les points sur ce qui est bien ou mal, mais qu'il me soit permis de contester des rapprochements de cause à effet qui me paraisssent hasardeuses. Les Français ne sont pas plus en accord avec un système économique parce qu'ils boursicotent qu'ils rejettent l'idée européenne par ce qu'ils ont dit non à un texte qui leur a été présenté de manière spécieuse voire mensongère par certains.
Et dire que la majorité se trompe ne consiste pas à être totalitaire : les Français comme beaucoup d'autres se sont mis aux mauvaises habitudes alimentaires américianes et l'explosion de l'obésité est une réalité aujourd'hui notamment chez les jeunes. Ce n'est pas parce que cette majorité là pratique ces mauvaises habitudes qu'elle a raison ! Mais je vois bien le jeu des néo-libéraux qui ont tôt fait de faire l'amalgame pour essayer de discréditer ceux qui défendent certaines convictions, j'allais dire valeurs. Se faisant d'ailleurs, ce néo-totalitarisme change de camp et chacun le voit bien aujourd'hui.
Rédigé par: Didier | 14 juin 2006 à 08:26
Concernant les affaires étrangères, prérogatives constitutionnelle du président de la République - avec la force militaire - je constate que notre hôte réduit le rôle du président aux seules affaires de l'Union européenne (laquelle incidemment n'englobe même pas toute l'Europe, Russie comprise...).
En cela il partage bien l'avis de Chirac. La France ne doit plus se préoccuper de son rôle dans le monde, mais uniquement Europe. Et dans les faits, comme l'écrit ici même notre hôte, à ses seules relations bilatérales avec l'Allemagne pour une «construction» européenne dont on nous a jamais dit qu'elle ètait le dernier étage.
Il est clair qu'avec de telles perspectives l'intérêt futur des élections présidentielles françaises ira en s'amenuisant puisque les électeurs n'y verront de plus en plus qu'un choix pour un grand Obudsman ou une Travailleuse sociale attitrée aux souffrances nationales.
Car dès à présent le président français possède moins de pouvoir sur les revenus publics qu'un gouverneur américain ou un premier ministre provincial canadien qui eux au moins peuvent décider du taux des taxes à la consommation sur leurs territoires respectifs. Allusion bien sûr à la promesse intenable de 2002 sur la réduction de la TVA dans la restauration en France...
«Il ferait beau voir la Province de Québec devenir une république américaine alors que la République française n'aspire qu'à être une province européenne». Voilà la conclusion de ceux qui proposent que la France puisse sacrifier son siège au Conseil de sécurité de l'ONU au profit d'un représentant de l'Union européeenne. C'est justement ce que souhaite les anglo-américains qui ne feront que terminer l'oeuvre de Roosevelt il y a cinquante ans: Frenchs out, at last!
C'est le rêve de tous les commercants : remplacer la politique par la gouvernance. C'est-à-dire remplacer la concurrence entre les peuples par la compétiton commerciale où par définition il n'y saurait y avoir qu'un seul vainqueur dans le "doux commerce". Ces gens-là se tirent dans le pied libéral, car bien évidemment la «compétition» (anglicisme de concurrence) est par cela même l'ennemi de la concurrence, même commerciale.
L'UE est, à terme, une arme contre l'économie de marché car elle est une construction monopolistique - en apparence dérèglementaire - (par exemple ce projet de politique européenne de l'énergie) où la logique des flux financiers qu'elle encourage ne peut matériellement pas se réduire à l'Europe. Et dans le domaine de maitrise de ces flux , Bruxelles ne fait pas, mais alors pas du tout, le poids... Actuel et futur.
Rédigé par: peasoup | 14 juin 2006 à 10:13