Clarifications
En lisant les 60 commentaires dont ont fait l’objet, sur mon blog et sur AgoraVox , mes deux notes relatives à la prochaine élection présidentielle, "Temps gaspillé et candidatures multiples" et "Faut-il des programmes?" , je me suis dit que j’aurais dû mettre en œuvre la pratique juridique anglo-saxonne, consistant à faire débuter tout document contractuel par une longue succession de définitions des mots qui y seront utilisés afin d’éviter toute ambiguïté et tout faux débat.
Ainsi aurais-je sans doute dû souligner que mes propos ne visaient que l’élection présidentielle. La dispersion des candidatures, par exemple, me parait beaucoup moins nuisible au niveau des élections locales ou même législatives, car source de flexibilité et de renouvellement du système politique.
De même si les «programmes» des candidats à l’élection présidentielle m’inspirent la plus grande méfiance, en revanche, j’adhère parfaitement à l’idée qu’un parti politique qui soumet à nos suffrages des candidats aux élections législatives le fasse sur la base d’un «programme» qui aura vocation à être défendu au sein de l’Assemblée Nationale et confronté aux points de vue de l’exécutif et des autres partis.
Plus encore, j’aurais dû préciser ce que j’entendais par «programme» par opposition aux autres critères, «convictions», «vision», «méthode», «priorités», «caractère», qui me paraissent beaucoup plus pertinents pour choisir le candidat auquel j’apporterai le moment venu mon suffrage.
Dans ma terminologie, un «programme» est une liste de mesures concrètes dont le contenu est décrit avec une certaine précision et qu’un parti ou un candidat s’engagent à mettre en œuvre dans le laps de temps le plus réduit possible après leur élection. A titre d’exemple l’abolition du contrat nouvelle embauche, le salaire minimum à 1500 euros en cinq ans et la renationalisation d’EDF qui figurent dans le programme du parti socialiste actuellement en cours de discussion ou le non remplacement de la moitié des fonctionnaires partant à la retraite, la suppression de l’ISF ou la réduction chiffrée de l’impôt sur le revenu que les partis de droite ont parfois mis en avant relèvent, à mon sens, de cette catégorie.
Quand je m’intéresse aux «convictions», c’est à des questions, à mon sens, beaucoup plus importantes et significatives que j’attends que les candidats à l’élection présidentielle me donnent des réponses. Par exemple quelle est la nature et l’étendue de leur engagement européen, sont-ils partisans d’une vraie décentralisation ou y sont-ils opposés, sont-ils favorables ou hostiles à un rôle plus important de l’impôt sur le revenu, fondé sur son élargissement et sa progressivité, pour réduire ou non la part des cotisations sociales proportionnelles et des impôts sur la consommation, estiment-ils ou non que les entreprises sont le moteur de la création de richesse et qu’à ce titre tout doit être fait ou non pour favoriser leur activité, sont-ils d’accord ou non que les relations sociales relèvent avant tout du dialogue direct entre entreprises et syndicats, sont-ils attachés ou non à l’Etat de droit, à la sécurité des personnes et des biens et aux valeurs morales qui fondent la vie en société ? La liste n’est pas exhaustive.
Quand je me réfère à la «vision», j’attends des candidats qu’ils nous donnent leur interprétation du monde dans lequel nous vivons, du rôle que notre pays peut et doit y jouer et de ce que nos générations doivent léguer à nos enfants. J'aimerais aussi qu'ils refusent les facilités manichéistes de l'époque, qu'ils aient le sens de l'histoire et qu'ils se sentent autant héritiers du passé que responsables de l'avenir.
Quand j’évoque les «priorités», j’aimerais entendre de leur bouche, non pas un inventaire à la Prévert d’une collection de promesses, destinées à récolter des voix tous azimuts, mais les deux ou trois objectifs essentiels qu’ils poursuivront sans faiblesse pendant les cinq années, cinq courtes années, que nous leur accorderons pour agir, autour desquels se structurera leur action et derrière lesquels toutes les autres exigences ou aspirations, même légitimes, s’effaceront. Comme électeur, je veux voir clair, sans langue de bois, dans leur hiérarchie des "priorités".
La «méthode» est également importante. Avec qui le candidat va-t-il gouverner, comment compte-t-il organiser le travail gouvernemental, comment et selon quelle périodicité nous rendra-t-il des comptes, sur quels résultats entend-il être jugé, quelle place réservera-t-il à l’évaluation dans la mise en œuvre de sa politique, a-t-il ou non l’ouverture d’esprit nécessaire pour écouter et comprendre ceux qui savent, quel que soit le domaine concerné ?
Le dernier critère, celui du «caractère», est le plus difficile à apprécier. Tout comme dans un entretien d’embauche, on ne peut échapper à une certaine subjectivité, mais on ne peut s’en dispenser, car, dans les circonstances critiques qui sont souvent le lot des chefs d’Etat, c’est le «caractère» qui fera ou ne fera pas la différence. Chacun aura sa grille d’analyse. Pour ma part, je ne ferais certainement pas confiance à un candidat qui traiterait ses adversaires politiques en ennemis, qui serait incapable de reconnaître telle ou telle action de l’autre camp comme positive, qui attaquerait les personnes au lieu de discuter les idées, qui aurait un discours dogmatique ou idéologique, qu’il soit de droite ou de gauche. Je ne pourrais pas non plus ignorer les actions passées du candidat et les positions prises à tel ou tel moment critique de la vie du pays. Je serais heureux de découvrir des indices de courage face à l’adversité et de calme face à la tempête. J’apprécierais de constater une allergie à la pression et aux modes médiatiques, une indifférence aux puissants et aux fortunés et une aptitude authentique à la simplicité des rapports humains, des loisirs et des comportements quotidiens.
Le Président de la République est en charge de l'essentiel et, même s'il est issu d'une famille politique spécifique, dès lors qu'il est élu, il est comptable de son action devant l'ensemble des Français. Faut-il attendre de lui promesses et miracles ou, de manière plus réaliste, compter qu'à tout moment, il appliquera son intelligence et son énergie à identifier et à mettre en oeuvre les solutions, nécessaires pour assurer le progrès économique et social, la stabilité et la sécurité du pays au bénéfice de tous et notamment des moins favorisés d'entre nous. C'est la raison pour laquelle il est peut-être plus sage d'attacher de l'importance à ses convictions, à sa vision, à ses priorités, à sa méthode, à son honnêteté intellectuelle et à la force de son caractère qu'à l'énoncé d'un catalogue programmatique, parfois mirobolant, nécessairement contingent et toujours lourd de déceptions potentielles.

"La dispersion des candidatures, par exemple, me parait beaucoup moins nuisible au niveau des élections locales ou même législatives, car source de flexibilité et de renouvellement du système politique."
Pour la flexibilité d’accord.
Pour le renouvellement du système politique,pas d’accord!
Même si on pourrait et devrait s’attendre à un renouvellement naturel qui fasse émerger de nouvelles têtes depuis la base,c’est-à-dire de l’ensemble des 36.000 maires,élus avec de réelles responsabilités,ce n’est que très rarement le cas.
En fait ce système politique se pérennise et se dévergonde par l’action prédatrice du parachutage aux étages supérieurs:Conseil Général,Régional,Assemblée Nationale ou Sénat.
Alors qu’on attendrait du sang neuf ou régénéré dans la vie politique française,c’est le phénomène inverse qui se produit.
Ainsi,un personnage connu au niveau national et adhérent, il va de soi ,d‘un parti bien implanté,sera parachuté ,lors de législatives, dans une circonscription gagnable parce que bien vu d’un tel ou d’un tel autre chargé d‘agréer les investitures .A partir de ce moment là,s‘il est élu,donc par la grâce de son parti,il tentera le « contact avec le peuple » en se présentant comme maire de la ville gagnable la plus importante du département (et pas seulement de sa circonscription) sans qu’il soit nécessaire pour lui d’y habiter puisque le code électoral (Art.L.229) ainsi qu’un arrêt du Conseil d’Etat du 30 nov 1995, le prévoient.Mieux encore,il pourra tenter sa chance au niveau de la Région et s‘en emparer,mais dès lors,avec le système de liste en vigueur pour ce genre d‘élections,les électeurs ne connaitront plus du tout leurs élus.
Ca marche très bien quand il se trouve assez d’ électeurs endoctrinés ou bornés tels qu’ils soient tout à fait capables ,sans réfléchir, de voter pour un âne qui se promènerait avec sur les flancs une double pancarte sur laquelle seraient inscrites en très gros les initiales d’un parti politique sans plus, plutôt que de lui demander,si ce n’était point trop,de connaître les problèmes des habitants et de leur commune,la leur,à eux ,tout en étant à la hauteur pour améliorer leur sort.
Ces simples observations disqualifient le système électoral actuel français pour parvenir à un renouvellement qui se fait finalement par « accident » comme en 1958 ou comme en 1981,où des figures de proue sont emportées par ces vagues et sont remplacées par de jeunes loups qui joueront les ventouses dans le système pendant trois ou quatre décennies se déconnectant ainsi totalement des réalités de leur pays.
Ce n’est pas comme cela que la France risque d’avancer ou de ne pas se faire distancer dans la compétition internationale.
Rédigé par: dab | 26 mai 2006 at 15:42
Cool - j'en conclus que les electeurs qui vont elire Segolen Royal pour les raisons suivantes auront raison, d'apres vous. Je note que vous mentionnez convictions, vision, priorités, méthode, honnêteté intellectuelle et force de son caractère, mais rien au sujet de l'experience et des realisations - :
1. Femme 2. Socialiste 3. Qui s'appelle Royal 4. Qui a des faux airs de Mitterrand (surtout de profil) 5. N'a jamais vécu ni travaille a l'étranger 6. N'a jamais produit une once de valeur ajoutée par le travail 7. A toujours dépendu des prélèvements publics pour vivre 8. Inscrit ses enfants dans le privé à Neuilly 9. Sort de L'ENA 10. Ne parle pas anglais 11. Consort partage atouts 2-6-7-8-9
LE CHOIX IDEAL POUR LE CHANGEMENT. BACK TO GENERATION M.
Re "ne parle pas anglais" I refer to the hilarious interview and article in the NYT mag http://www.nytimes.com/2006/05/14/magazine/14royal.html - pity Sego does not understand english - or maybe it is a blessing in this case -
Rédigé par: hhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhhh | 26 mai 2006 at 19:50
Malheureusement, PBi, il me semble que c'est plutôt aux éléments que vous pensez étrangement ne pouvoir être appréciés que de façon subjective qu'il me faudra me fier, les "convictions", "vision" et "priorité" dont les candidats nous parleront ne relevant que du domaine des fameuses promesses électorales, n'engageant que ceux qui y croient.
Le "caractère" semble être le critère le plus capable d'être jugé, lorsqu'il a été dévoilé durant un "moment de vérité", ou d'une réaction immédiate, dans l'urgence.
Ainsi DSK, qui m'avait semblé plutôt d'un bon niveau, m'avait-il profondément écoeuré et déçu lors d'une agression commise à Sarcelles (dont il est maire) sur une personne de religion juive.
Sa réaction -je n'ai pas les termes exacts- avait été de condamner immédiatement les dérives antisémites des bandes de jeunes zonards issus de l'immigration.
Lorsqu'il s'était avéré que le jeune Juif avait été agressé par un garçon de même confession, tout ce que DSK avait trouvé à répondre à son préjugé fut que de toutes façons, ça aurait pu, une autre fois, être le fait d'une bande antisémite...
Le manque de sang-froid, les préjugés, et l'absence responsabilité et de courage personnel ont alors démontré qu'en cas de crise vraiment importante, DSK n'était personne, malgré toute son intelligence.
Je suis certain que l'on pourrait en éliminer d'autres comme celà, tout en gardant en mémoire qu'on ne demande pas nécessairement à un Président de la République d'être ni un saint ni un héros.
Mais au moins, un peu de caractère...
Rédigé par: leblase | 26 mai 2006 at 21:00
Les mots ont un sens et la question de la terminologie n'est pas innocente. A cet égard, vos "clarifications" ne manquent pas d'intérêt.
Je réagis sur quelquechose d'implicite dans votre note et que dab exprime plus clairement : on apostrophe ici les partis politiques car même si la personalité des candidats prend sa place, on la regarde quand même au travers de la grille préalable qu'est son apartenace politique. Loin de moi de constester le nécessité des partis politiques, mais notre Démocratie ne peut exister que par des interactions équilibrées entre ces partis et l'implication des citoyens dans le jeu politique (le fonctionnement de la Démocratie). Le renouvellement des idées et celui du personnel politique ne peut se faire que si les citoyens en sont des acteurs, ce qui malheureusement n'est plus le cas aujourd'hui. La question des programmes et celle de la personalité (du caractère diriez vous) des candidats dépend largement de l'effet miroir que les citoyens imposent aux hommes politiques. Sans pêcher par pessimisme, l'apathie générale régnant aujourd'hui n'est pas bon signe. Je comprends bien qu'il y a des raisons à cette apathie, mais il me semble qu'une des voies, si ce n'est la seule, pour faire en sorte que des "programmes" ou des "caractères" émergent est la réapropritation de la chose politique par les citoyens eux mêmes.
On peut toujours rêver n'est ce pas ?
Rédigé par: Didier | 27 mai 2006 at 14:46
Il y a 4 points qui me posent de gros problèmes dans votre raisonnement :
- la dichotomie législative-présidentielle : vous pensez qu'il est bon qu'un parti présente un programme de gouvernement pour se présenter aux législatives, mais vous êtes extrêmement méfiant vis-à-vis des programmes des "candidats présidents" et demandez qu'ils soient jugés sur autre chose. Or, vous le savez, dans l'état actuel des choses, l'élection présidentielle précède de peu l'élection législative et l'histoire de ces scrutins quand ils se sont succédés de près a montré que le résultat de l'une était clairement "entrainé", engendré par le résultat de l'autre. Cela pose à tout le moins un problème de "priorités" qui, comme vous le soulignez, sont fondamentales. Pour moi, la priorité est le programme et la législative, la personne du ou de la président(e) me semble secondaire, d'où mon insistance sur le "programme". Je ne sais pas quelle est votre priorité ?
- la question du TEMPS : vous dites que dans votre esprit, un programme est une liste de mesures décrites avec une certaine précision "qu’un parti ou un candidat s’engagent à mettre en œuvre dans le laps de temps le plus réduit possible après leur élection". Pourquoi cela se passerait-il forcément comme ça ? On élit des dirigeants pour une certaine durée (en général 5 ans) : pourquoi ne nous donneraient-ils pas une visibilité au-delà des premiers temps ? Je l'avais écrit sur Agoravox et je le répète : une grande partie des réformes nécessaires aujourd'hui sont des réformes structurelles, pas vraiment susceptibles d'être remises en cause par la conjoncture (même si elle peut les rendre plus difficiles ou les retarder) et qui nécessitent DU TEMPS pour être mises en oeuvre. Beaucoup de temps et un vrai travail de fond. C'est d'abord là-dessus que j'attends les candidats, et j'appelle ça un "programme" dans la mesure où j'attends une certaine précision en la matière, qui dépasse de loin les simples "convictions" qui risquent très vite de tourner aux lieux communs et assez consensuels (tout le monde dira que les entreprises sont le moteur de la richesse, que si les questions peuvent être réglées par le dialogue direct entre entreprises et syndicats, que l'Europe, la décentralisation tout ça c'est très bien ... Sans plus de précision, je ne vois pas comment ces "convictions" pourraient dépasser les lieux communs. L'exigence du programme, c'est d'abord une exigence de précision.
- la question de l'irréversibilité : vous partez du principe que tout engagement programmatique est totalement irréversible et que la mesure devra être mise en oeuvre de la manière EXACTE dont elle a été présentée ... enfin, on en est loin actuellement, et tout le monde est capable de comprendre qu'il faut un dialogue social, qu'il faut s'adapter à l'évolution des circonstances, qu'il faut affiner les mesures au contexte précis ... qui dit programme ne dit pas forcément rigidité, ça pourrait se passer tout à fait autrement : en revanche ces engagements précis seraient très intéressants pour nourrir le débat AVANT l'élection ... mais aussi pour assurer une DEMOCRATIE PLUS TRANSPARENTE une fois élus : ce serait un excellent exercice pour la démocratie et une obligation de transparence très forte pour les dirigeants que ceux-ci doivent expliquer les conditions exactes de leur décision, pour quelles raisons ils ont dû renoncer à telle mesure, pour quelles raisons ils ont dû la modifier dans ce sens ... les citoyens sont tout à fait conscients que les programmes ne peuvent être appliqués de façon totalement rigide et irréversible et qu'il faut les adapter, les discuter ... mais alors que certains appellent pour cette raison précisément à "abandonner" les programmes, il me semble plutôt qu'il faudrait en tirer une démarche plus positive et progressiste ... alors que l'information des citoyens, leur volonté de transparence et de débats, les outils informatiques, leur refus du manichéisme gauche-droite et leur demande de faits concrets ... laissent entrevoir des progrès tout à fait possibles à mon avis.
- et c'est justement là mon 4e point : la question de l'ambition : il semble que vous envisagiez les "programmes" de la manière assez étroite dont ils ont été conçus et appliqués jusqu'à présent. D'un côté, cela prouve votre réalisme, et au contraire je suis peut-être un peu utopique, mais là clairement, je me positionne différemment : je pense qu'une vision beaucoup plus ambitieuse de cette notion de "programmes" est possible dans les prochaines années, que les citoyens pourraient être mûrs pour ça ... sauf si le "nihilisme" actuel (qui n'est pas votre état d'esprit, mais je crains que vos considérations ne l'encouragent) s'impose par la force des médias, par le pessimisme ambiant, par un concours de circonstances qui fasse qu'une bonne candidate ait intérêt à cette manière de voir les choses ... une évolution dans ce sens, une résignation, un abandon de la chose politique par les gens sont tout à fait possibles aussi, avec la pression de la société de communication, de loisirs, de médias, le besoin d'irrationnel ... c'est pourquoi je ressens le besoin de me battre très fortement sur ce terrain.
Vous l'avez très bien dit : vos mots ne sont pas forcément compris de la manière dont vous-mêmes les pensez, les concevez. Hé bien permettez-moi de penser que justement que même après clarifications, vos demandes ne soient mal comprises.
Le glissement des "convictions", des "visions" vers les lieux communs et les poncifs, du caractère vers des aspects personnels qui n'ont rien à voir avec la fonction de dirigeant politique ... sont trop tentants et trop évidents pour ne pas pouvoir être évités.
Si ma manière de présenter les choses ne vous plait pas beaucoup, peut-être cet autre point de vue vous intéressera t-il plus, qui se pose aussi des questions bien qu'a priori favorable à vos considérations : http://koztoujours.free.fr/index.php/2006/05/27/inconsistance-du-royalisme
Rédigé par: duong | 29 mai 2006 at 18:55
Je me sens en harmonie intellectuelle avec la plupart des commentaires qui précèdent.
Je suis d'accord avec Dab que le renouvellement du système politique n'est pas satisfaisant. L'interdiction absolue du cumul des mandats ne pourrait-il pas faire progresser les choses?
Comme leblase, je pense que pour le choix du Président de la République, le critère du caractère est essentiel.
En revanche, je suis moins négatif que lui et que duong à propos des convictions, de visions ou des priorités. Il est vrai qu'elles peuvent prendre parfois la forme de "fausses promesses électorales" ou comme le dit duong, de "lieux communs" ou de "poncifs". Je crois néanmoins qu'une lecture attentive des déclarations et des écrits des candidats et une analyse de leurs actions passées permettent la plupart du temps d'identifier leurs convictions réelles, ce à quoi ils tiennent ou ce qui est purement tactique dans leur expression.
Je partage aussi le point de vue de Didier sur la nécessaire réappropriation du politique par les citoyens, dont le seul canal réaliste me semble être le développement du militantisme dans les partis qui ont réellement pour objectif d'accéder au gouvernement du pays et non pas de témoigner.
Je suis également d'accord avec duong que les réformes nécessaires sont avant tout d'ordre structurel et qu'elles requièrent du temps, beaucoup plus dans la plupart des cas qu'un quinquennat. Pour répondre à sa question, en ce qui me concerne et contrairement à lui, l'élection présidentielle dans notre système politique tel qu'il est me parait plus importante que l'élection législative.
Pour rebondir sur un autre commentaire de duong, celui de l'irréversibilité, peut-être que paradoxalement j'attache plus de signification que lui aux programmes. Cela m'ennuie, pour la démocratie, qu'un programme sur lequel on se fait élire ne soit pas exécuté, et encore plus quand il est le fait d'un Président de la République. D'où ma réticence et ma prudence à l'égard des engagements et des promesses qui en général peuplent les programmes beaucoup plus que l'énoncé des réformes structurelles dont le pays a besoin.
Rédigé par: PBi | 30 mai 2006 at 11:40
Monsieur Bilger merci de vos précisions.
Effectivement, dans le système politique tel qu'il est en France, la présidentielle est plus importante que la législative ... ne serait-ce que parce que justement, la présidentielle précède la législative et que des exemples précédents laissent penser qu'elle en détermine largement le résultat.
Donc de manière réaliste, vous avez raison : elle est plus importante.
Cependant, en ce qui concerne cette élection, il me semble que la droite possède une personnalité forte et qui dispose d'un soutien populaire solide, qui a de très bonnes chances de gagner l'élection en 2007 (Nicolas Sarkozy) car sur le plan de la personnalité, elle a l'avantage (la popularité de Ségolène Royal n'a pas du tout la même solidité, selon moi elle perdra à être connue, et les autres candidats socialistes souffrent d'un déficit populaire) ... mais il me semble quand même fort possible que la législative ne délivre pas un message identique car il me semble fort possible qu'une majorité de Français soit opposée à la reconduction de l'UMP, ou que certains craignent un Sarkozy disposant de trop de pouvoirs car trop autoritaire, qu'une majorité de Français se sente aussi opposée au "libéralisme", enfin il semble que les Français aient plutôt apprécié les cohabitations.
Il me semble que ce scénario est donc tout à fait plausible d'une cohabitation Sarkozy-PS, qui n'aurait rien de simple mais où, nécessairement, le "vrai pouvoir" serait détenu par le parti socialiste ... sorti de l'élection législative.
Par ailleurs, je dois le dire, je suis partisan soit d'un régime parlementaire avec disparition de la fonction présidentielle, soit d'un système où la présidentielle et la législative se déroulent les mêmes jours ... l'idéal étant même pour moi un scrutin à 3 tours, le premier tour servant pour la présidentielle à conserver les candidats faisant plus de 10% des voix, pour la législative à remplir la portion de l'assemblée qui serait élue à la proportionnelle.
Personnellement, je crains que le scrutin présidentiel ne devienne de plus en plus un "scrutin d'image", qu'il est déjà, et d'affirmations pas du tout concrètes. Je crois comme vous qu'il est possible et fondamental d'avoir une idée des véritables convictions des candidats en lisant tout l'historique de leurs propos avec clairvoyance ... mais je crains fort que ça ne soit un exercice qui demande bien trop de subtilité et de recul pour un grand nombre de citoyens. Et puis même en regardant bien, c'est pas toujours évident ... quelles sont les convictions de Chirac ? Combien l'ont sincère en 1995 ? Que penser de Fabius aujourd'hui ? Même Chevènement le pense sincère !
Donc personnellement je suis partisan d'une évolution vers un régime parlementaire où les personalités prendraient plus d'importance et au contraire où les programmes devraient être mis au premier plan.
Sur ce sujet et concernant la question de l'irréversibilité des programmes (c'est-à-dire de la possibilité qui reste toujours d'en abandonner ou modifier des parties), je suis tout autant gêné que vous si un candidat ne respecte pas les promesses qu'il a faites ou bien qu'il fait des promesses irréalistes.
Cependant, j'espère qu'on puisse sortir de cette crise (démocratique) "par le haut" et non "par le bas".
Qu'on puisse renforcer la notion de programmes plutôt que de l'amenuiser.
Tout d'abord les promesses non tenues ne sont pas sans conséquences : les électeurs, et les commentateurs ont tous les éléments pour sanctionner ce comportement en ne reconduisant pas le candidat ... et déjà au départ pour au moins demander des explications.
Je crois beaucoup en cet exercice d'explication s'il est plus officialisé ... mais pour ça il faut déjà que la notion de programme soit "officialisée" ou au moins rentrée dans les moeurs !
Ca ne se fera pas en un jour mais je souhaite clairement qu'on aille dans cette direction.
Un pas qui me semblerait important dans cette direction pourrait être selon moi d'obliger tous les candidats à la présidentielle, et tous les partis candidats à la législative, sans exception, "partis de gouvernement" ou "partis à vocation purement protestataire" à déposer 2 ou 3 mois à l'avance, leurs "projets" précis et détaillés pour toutes les grandes rubriques, avec mention obligatoire du financement en regard.
Cette obligation de mentionner le financement serait un premier garde-fou aux "fausses promesses", même si évidemment il est difficile d'être précis en la matière et que les candidats seraient tentés de systématiquement surestimer la croissance ou sous-estimer les coûts.
Quand bien même ... les commentateurs, les citoyens mêmes disposeraient d'un matériau concret pour établir un jugement en la matière ... et s'y référer a posteriori.
Et même une commission officielle pourrait établir un garde-fou minimum pour définir les éléments qui doivent obligatoirement figurer dans le programme, et pour évaluer si les programmes répondent aux conditions imposées.
Je sais que ça peut sembler utopique et très éloigné des conditions actuelles, mais justement c'est pour ça qu'il faut être exigeant en la matière et ne pas céder du terrain. Comme je l'ai dit, il me semble que l'information des citoyens s'améliore, que les possibilités de débats s'accroissent sur internet, et qu'en même temps, une grande quantité de gens prêtent plus d'attention au contenu concret des programmes notamment parce qu'ils se rendent compte que les clivages droite-gauche ne peuvent plus résumer complètement les divergences, et qu'il y a de nouvelles divergences ... et que celles-ci portent parfois sur des points très subtils.
Je ne sais pas si vous avez lu l'article de Libération qui comparait les slogans (qu'il appelait "boites à idées") de Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy : c'étaient exactement les mêmes expressions ! Sarkozy a repris le slogan "pour une FRance plus juste" qui était jadis celui de Jospin, et maintenant certains pensent bien comprendre ce que veut dire Ségolène Royal en lisant "l'ordre juste" et la "sécurité durable" ... des mots que Sarkozy pourraient tout à fait retenir à leur compte !
L'"immigration choisie" a sa version "Boutih" (accroitre les possibilités d'immigration de travail) et sa version "Sarkozy" (restreindre le regroupement familial et sélectionner les immigrés pour un temps restreint). Cette distinction est-elle audible dans le débat ? Non ... tant qu'on ne rentre pas dans les détails, tant qu'on n'a pas entendu Julien Dray et Claude Goasguen s'exprimer dans les détails.
La "discrimination positive" a aussi sa version "de droite" (permettre aux meilleurs élèves des zones difficiles d'intégrer des bons établissements) et une version plus "de gauche" (plus de moyens dans les ZEP, aider un beaucoup plus grand nombre de jeunes).
La "sécurité sociale professionnelle" a sa version "de droite" (qui insiste beaucoup sur la flexibilité, notamment au Danemark ... il n'y a qu'à voir que pour Villepin, le CPE était un exemple de flexsécurité !) et sa version "de gauche" (qui insiste sur le "droit à la formation tout au long de la vie" et l'augmentation des indemnités chômage).
Le "travail famille patrie" de Ségolène Royal n'est pas vraiment le même que celui de De Villiers...
Les "classes moyennes" des uns ne sont pas celles des autres...
On pourrait multiplier les exemples où les "slogans" qui semblent exprimer des convictions et des motivations profondes sont en fait susceptibles d'adaptations totalement différentes.
Une partie des gens ne savent plus distinguer les deux grands partis de gouvernement ... compte tenu que d'après ce que j'ai vu vous êtes partisan d'une polaisation du débat autour des partis de gouvernement, vous devez regretter cela tout autant que moi. Ca n'est pas du tout bon pour la démocratie.
Et pourtant ... c'est vrai que PS et UMP adhèrent globalement à l'économie de marché, à l'intégration européenne, à la nécessité de la croissance et du soutien à l'innovation, à la limitation des charges sur les entreprises, à la limitation de l'immigration, à l'idée de la flexsécurité, à la limitation de la dépense publique (la LOLF a été co-rédigée) ... les "grandes idées", les "grands objectifs" sont similaires ... mais ils se déclinent tout à fait différemment quand on rentre dans le concret.
Voilà pourquoi je ne vois pas d'autre solution que d'essayer de sortir de la "crise des programmes" avec beaucoup d'ambition en la matière et non pas en restreignant beaucoup ses ambitions.
Beaucoup de Français ne croient plus en les programmes, c'est vrai, mais que des intellectuels, des membres influents comme vous et comme d'autres (au Nouvel Obs notamment) les encouragent et même théorisent cette attitude, ça me semble très dangereux. Je pense que ce serait très négatif que les "programmes" soient jetés avec l'eau des "promesses". Certes, ce n'est pas les gens qui parlent comme vous qui ont initié cette méfiance, ce sont les programmes-promesses eux-mêmes, mais justement, il faut selon moi se montrer d'autant plus exigeant à ce propos maintenant ... inciter les partis et les candidats à partir dans la bonne direction.
Rédigé par: duong | 30 mai 2006 at 17:06
"Je suis d'accord avec Dab que le renouvellement du système politique n'est pas satisfaisant. L'interdiction absolue du cumul des mandats ne pourrait-il pas faire progresser les choses?"
Tout à fait,ce serait déjà un grand pas en avant,mais pas suffisant à mon avis.
Il faut aller encore plus loin:un seul mandat ,non renouvelable,immédiatement,de manière que l’élu revienne là,d’où il venait,et s’observe rétroactivement à la comparaison de ce que lui-même faisait de son mandat et de ce qu'en fait son successeur.
Si vous êtes sur la route et que vous conduisiez n’importe comment,au volant, vous ne vous en rendrez pas compte,mais si vous avez été filmé et qu’on vous repasse la vidéo, assis dans un fauteuil,vous vous direz : "mais ce n’est pas possible,je ne conduis pas comme ça !" N’est-ce pas?
Cela me paraît la meilleure méthode pour que notre classe politique se bonifie et elle en a bien besoin.
On peut ainsi observer que lorsqu’un élu solidement implanté se représente,il ne trouve personne de son camp en compétition avec lui.Cela ne veut pas dire que personne d’autre dans son camp ne se sent valable pour briguer le mandat.
S’il ne se représente pas,par contre, il y a alors pléthore,parce que le fait est rare et que beaucoup saisissent l’occasion,même si certains ne sont pas suffisamment mûrs et pourraient attendre six ans (ou cinq) de plus pour se bonifier,mais ne le font pas parce que l‘occasion ne se représentera peut-être plus.L’ensemble des candidats du camp en question est alors dévalorisé et c’est le camp d’en face qui gagne.Mais qui?L’éternel opposant,qui jouit d’un capital de renommée parce qu’on l’a vu plusieurs fois,même s’il était nul,c’est-à-dire un type déjà usé par ses campagnes précédentes.
Que peuvent apporter à la société des gens qui sont dans un système depuis quarante ans et qui n’ont jamais repris pied dans la société civile depuis?
Rien.
Vous avez écrit sur ce blog,que lorsque vous étiez étudiant,vous tapiez à la machine vos cours ou mémoires.C’est très bien,c’était aussi mon cas.
Revenez quarante ans après et comparez votre petite « Olivetti Dora » (ou « Japy » ou autre, peu importe) avec un ordinateur 3 Ghz et 250 Giga Disque Dur plus Imprimante multi-fonction (même pas du dernier cri ) pour,en francs constants, une fois et demi le prix payé pour l’acquisition de la « Dora »!
C'est ce que doit se mettre dans la tête un polticien pour s'imaginer ce qui l'attend après quarante ans de "représentation".
Donc ces politiciens qui ont fait une carrière « politique » exclusive, ne peuvent prétendre dans ce cas « représenter » le peuple parce qu’ils sont déphasés,et ,le pire,qu’ils l’ignorent.
« Écouter » comme prétend le faire Ségolène,la "candidate socialiste préférée des Français dans les sondages",est une imposture monstrueuse.
C’est avant ou après un mandat qu’un authentique politicien doit le faire,mais pas pendant lorsqu’il est détenteur de l’autorité publique.Les gens ne lui diront jamais ce qu’ils pensent vraiment.Ce ne pourra être que de la pommade. De la part de Ségolène,ce n’est que du vent,comme du reste,son engagement à ne pas se représenter comme députée en 2007.
Là c’est un « serment d’ivrogne » comme on dit et si on peut me pardonner l’expression.
Parce que les choses allant tellement vite en France,comme ailleurs du reste, qu’un « tsunami » un « onze septembre » peuvent se produire et tout le monde aura oublié.Et la « gazelle » se représentera sans que personne ,même pas les « éléphants » qu’elle semble irriter, ne le lui rappelle.C’est ainsi.
La meilleure façon d’être crédible et de ne pas faire douter de sa sincérité eut été qu’elle démissionnât le jour où elle fut élue présidente de région.
Elle ne l’a pas fait .Point final.
C’est pour cela que je suis tout à fait d’accord avec Duong quand il évoque,à propos de sa popularité,le moment,où la campagne commençant pour de bon et ("elle perdra à être connue") les français pourront la connaître un peu mieux que par le prisme des sondages ou des interviews de complaisance.
Ces élus ventouses sont comme des chats pris dans une gouttière,impossibles à les en déloger et ils bouchent tout.
Den Xiaoping avait lancé une formule très explicite:"Quand quelqu'un est dans les toilettes et qu'au bout d'un certain temps il n'y a toujours pas de résultat, il faut qu'il sorte pour laisser la place aux autres"!
Rédigé par: dab | 31 mai 2006 at 11:31