Et si au pays des Lumières, on en revenait à la raison et à la science!
Au moment où l'exécutif a abdiqué le rôle qui est constitutionnellement le sien, de déterminer les orientations du pays sur l'une des questions essentielles pour son avenir, l'emploi, je ne résiste pas à l'envie de mettre en lumière l'ouvrage de Pierre Cahuc et André Sylberberg, publié en 2004 et réédité en 2005, Le chômage, fatalité ou nécessité? , que chacun devrait méditer avant que nous nous nous engagions à nouveau dans une de ces improvisations législatives dont nous avons le secret.
Voici quelques citations extraites de ce livre , destinées à mettre en appétit ceux qui, en dépit de la désertion des salles de cours, seraient prêts à écouter, sinon à entendre, ce qu'ont à dire ces deux experts français du marché du travail, le premier, professeur d'économie à l'université Paris-I et à l'Ecole polytechnique et l'autre, directeur de recherche au CNRS.
Je sais bien que, dans notre pays, la République est supposée n'avoir pas besoin de savants. Mais peut-être pourrions-nous, en ce début du vingt-et-unième siècle, commencer à démentir cette affirmation qui, d'ailleurs, n'a pas porté chance à ses auteurs.
"Nous verrons que pour élaborer un système juste et efficace, il est indispensable de changer de mode de pensée. Il faut reconnaître le caractère incontournable, massif et -ce terme fera bondir- utile, non seulement des destructions d'emplois, mais aussi du chômage. Il faut cesser de traiter les destructions d'emploi comme des accidents et les chômeurs comme des victimes ou des coupables. Les destructions d'emploi sont indissociables de la croissance. Rechercher un emploi est une activité sociale utile qui doit être rémunérée en conséquence."
"Chaque gouvernement arrive avec ses projets de réforme, les met en place avec plus ou moins de conviction, puis un autre gouvernement arrive. De nouvelles réformes sont alors introduites, en gardant le plus souvent une bonne partie des anciens dispositifs, sans très bien savoir ce qui marche. On assiste depuis trente ans à un va-et-vient de mesures sans aucune accumulation de connaissances quant à leurs effets. La France souffre, de ce point de vue, d'un véritable déficit démocratique: il n'existe aucune instance indépendante, dotée de moyens suffisants pour évaluer l'intervention des pouvoirs publics sur le marché du travail. A l'heure actuelle, l'évaluation des politiques de lutte contre le chômage relève, pour l'essentiel, du domaine de la "communication" gouvernementale".
"Paradoxalement, ce déficit démocratique politise inutilement les positions. Manquant de connaissance accumulée, de faits précis, de réflexions étayées, le débat s'est progressivement polarisé entre, d'un côté, les partisans de la "flexibilité", hostiles à toute action des pouvoirs publics et, de l'autre, les partisans de l'intervention multidirectionnelle (...). Les premiers raisonneraient principalement en termes d'efficacité, les seconds en termes de justice sociale et d'équité. Cette opposition manichéenne repose le plus souvent sur une ignorance des enseignements de l'analyse économique, qui ont été considérablement enrichis depuis quelques années, en particulier grâce à l'utilisation d'immenses bases de données."
"Contrairement à une croyance trop partagée, l'analyse économique a fait beaucoup de progrès dans le domaine de l'emploi et du chômage. Le temps où il y avait autant d'opinions que d'économistes est révolu. Sur de très nombreuses questions, les connaissances sont assez bien établies et font, à l'échelle internationale, l'objet d'un large consensus. Elles sont pourtant largement méconnues."
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