Regardant hier soir l’émission d’Arlette Chabot sur France 2, consacrée au contrat première embauche, l’ancien chef d’entreprise que je suis en est sorti très déprimé.
Non pas par les discussions relative à ce contrat qui se sont vite épuisées, tant les arguments opposés à ce projet sont limités et les procès d’intention qui lui sont faits, excessifs. Chacun des protagonistes du débat s’est efforcé de l’alimenter, mais faute de munitions, la langue de bois s’est déployée très rapidement, les représentants des «jeunes» n’étant pas les moins alertes dans cet exercice qui caractérise l’échange d’opinions à la télévision ou ailleurs dans notre pays.
Ce qui m’a consterné en revanche, c’est la vision implicite de l’entreprise que révélaient la plupart des interventions. On dira que j’enfonce une porte ouverte. Mais, pour beaucoup de ces étudiants en "administration publique», en «carrières sociales», en «histoire», en «psychologie» (j’ai noté au vol quelques unes des incrustations apparaissant sur l’écran !), plus que le gouvernement, c’est l’entreprise qui est l’ennemi. Les entreprises et leurs dirigeants ne peuvent qu’être animés d’intentions perverses. Quand ils recrutent un jeune, c’est pour le licencier le plus vite possible et le soumettre à leur arbitraire. Qu’il y ait une anxiété ou une peur d’embaucher en raison de l’incertitude des marchés et de la rigidité des règlementations du travail leur est étranger.
Les jeunes qui étaient présents hier soir et qu’ils fussent pour ou contre le contrat première embauche étaient pourtant tous extrêmement sympathiques et certainement de bonne foi. Que la situation concrète des entreprises leur échappe n’est donc pas de leur fait, mais de la formation qui leur est dispensée et de la désinformation dont ils sont victimes de la part du système éducatif et, derrière lui, d’une bonne partie de la classe politique, relayée par beaucoup d’instruments de communication.
Le déficit d’information et de compréhension est immense. A titre d’exemple, comment le combler quand l’un des deux chefs d’entreprise présents qui ont essayé avec courage et simplicité d’expliquer la réalité des choses, s’est vu contredit, de manière péremptoire et contre l’évidence des faits, par un ancien ministre du travail quand il a affirmé qu’il fallait en moyenne dix huit mois en France pour mener à son terme un plan d’adaptation des effectifs.
Hier soir j’ai également une fois de plus été choqué par le paradoxe typiquement français qui veut que sur une question qui concerne d’abord et avant tout les entreprises, l’acte d’embaucher, les personnes qualifiées pour en parler n’étaient que trois, les deux chefs d’entreprise et François Chérèque, tous les autres intervenants ne fondant leurs commentaires que sur une connaissance indirecte et extérieure.
Remonter la pente ne sera pas chose aisée. L’émission fournit cependant une piste qui devrait davantage être explorée. Les seuls moments où le souffle de la vérité se manifestait étaient ceux consacrés aux témoignages concrets, ceux des deux chefs d’entreprise et aussi ceux des jeunes à la recherche effective d’un emploi ou ayant cherché leur salut hors de France.
Pour réformer le marché du travail de manière à lutter efficacement contre le chômage, il faut d’abord expliquer et réhabiliter l’entreprise, ensuite analyser les situations concrètes sans préjugés idéologiques, enfin définir de manière consensuelle et non partisane les réformes nécessaires.
Hier soir, le langage honnête et vrai de François Chérèque qui, il est vrai, lui est habituel et le courage tranquille dont a su faire preuve Gilles de Robien, pourtant souvent brocardé, montrent qu’il y a des hommes qui pourraient relever ce défi dans notre pays. Encore faudrait-il que nous les placions en situation de le faire...
