Dans l’affrontement qui oppose le gouvernement à certains syndicats d’étudiants, aux syndicats de salariés et aux partis de gauche sur le contrat première embauche, on ne peut pas ne pas être frappé par le silence assourdissant des entreprises et de la plupart de leurs représentants.
Sans doute peut-on y voir le souci de ne pas gêner le gouvernement en le compromettant aux yeux de l’opinion par un soutien trop affiché. En effet l’intention d’introduire plus de flexibilité dans les mécanismes d’embauche pour favoriser le recrutement des jeunes qui entrent sur le marché du travail ne peut que recueillir en principe la sympathie des entreprises.
Mais au-delà de ce réflexe initial, le sentiment n’est peut-être pas absent que le terrain choisi pour ce combat n’est pas nécessairement le bon. Je ne suis pas certain qu’il y ait beaucoup de chefs d’entreprise qui aient besoin de deux ans pour se faire une opinion sur le collaborateur qu’ils viennent de recruter.
Et si le but de cette période d’essai prolongée est de permettre une adaptation plus aisée à l’évolution des conditions économiques, certains peuvent ressentir une forme d’inconfort à en faire peser le poids sur les seuls jeunes. Sentiment qu’ils connaissent déjà quand, en raison de la rigidité des procédures de licenciement et lorsqu’ils sont confrontés à une réduction de leur activité, ils sont conduits à privilégier systématiquement les départs de seniors parce que les préretraites sont plus faciles à mettre en œuvre.
Au demeurant les premières péripéties contentieuses sur le contrat nouvelle embauche peuvent aussi faire émerger un certain scepticisme sur l’efficacité pratique des nouveaux instruments contractuels qui sont mis à leur disposition. De même l’annonce par l’opposition qu’elle les abrogera dès qu’elle sera revenue aux affaires ne peut qu’accentuer leur perplexité.
Ce dont les entreprises ont avant tout besoin, c’est de clarté, d'objectivité, de stabilité, de prévisibilité. Elles savent très bien que, même dans les pays les plus libéraux, comme la Grande-Bretagne, les licenciements doivent être justifiés, y compris devant les tribunaux. En revanche, ce qui les encourage à embaucher dans ces pays, c’est que les règles du jeu sont clairement définies, les calendriers sont encadrés et connus de manière certaine à l'avance, les hommes politiques n'interfèrent pas dans les procédures et la violence n’est pas retenue comme un moyen acceptable de règlement des conflits sociaux.
On peut dès lors penser que l’action essentielle qui contribuera à diminuer le chômage en réduisant la peur d’embaucher est de revoir en profondeur et de manière consensuelle les procédures de licenciement, applicables à l’ensemble des salariés, qu’ils soient jeunes, moins jeunes ou seniors, pour les rendre plus simples, plus lisibles et plus brèves en les faisant échapper à l’arbitraire patronal, syndical ou judiciaire.
C’est un énorme chantier. Il n’est pas sûr qu’il ne rebute pas les hommes politiques de droite et de gauche, avant tout soucieux de résultats immédiats et il est certain que tous les esprits ne sont pas encore prêts aux compromis indispensables, mais c’est la seule manière de mettre fin à l’atmosphère de guerre civile larvée dans laquelle notre pays essaye de réformer le marché du travail et de favoriser dans les faits la réduction du chômage.
Les manifestants qui défilent dans les rues ces jours-ci réclament plus de sécurité. Les entreprises elles aussi ont avant tout besoin de sécurité.
