«Faut-il brûler le modèle social français ?»
Au moment où le pays se rapproche du degré zéro du débat démocratique et de la réflexion collective, il est réconfortant de prendre connaissance des cent cinquante six pages, brèves, mais décisives, où Alain Lefebvre et Dominique Méda se sont efforcés de répondre à la question :"Faut-il brûler le modèle social français?".
C’est à un commentaire que Paul Ronka a posté le 4 mars 2006 à une note déjà ancienne que je consacrais le 18 octobre 2005 à un "Retour sur le modèle social" , que je dois cette satisfaction.
« M. Bilger, écrivait-il, avez-vous lu le livre "Faut-il brûler le modèle social français?". Je crois qu´il y a dans ce livre, que j´ai lu ce week-end, du grain à moudre pour nous, pour ces changements que nous voulons. Et c´est bien d´avoir une vue différente, nordique, qui peut être l´objet d´un consensus français. C´est pragmatique, pas idéologique, et comme vous dites cela montre la vanité des prises de position idéologiques... »
On ne saurait mieux dire. La double compétence des deux auteurs leur permet en effet de donner en connaissance de cause un avis éclairé sur les contenus comparés du modèle social nordique et du modèle social français et sur les leçons que l’on peut en tirer pour la politique à mener dans notre pays. Dominique Méda est inspecteur des affaires sociales et auteur d’un livre fondateur sur "Le Travail, une valeur en voie de disparition" et Alain Lefebvre est le conseiller pour les affaires sociales à l’Ambassade de France à Stockholm.
Dans les trente deux pages de l’avant-dernier chapitre, sous le titre « Le temps des réformes : quel modèle pour la France ? », c’est une véritable « feuille de route » qui est proposée à l’intention d’un gouvernement qui entendrait s’attaquer sérieusement à ce mal sournois et pervers qui mine notre société, le chômage de masse.
Pour une fois, je ne cèderai pas à ma manie habituelle des citations, car c’est tout le livre que je devrais citer, tant son contenu, basé sur une connaissance approfondie et concrète des mécanismes sociaux nordiques et français, est intégralement éclairant et convaincant.
Le raisonnement des auteurs suit la démarche naturelle de la pensée. En s’appuyant notamment sur la réflexion théorique d’un chercheur danois, Gosta Esping-Andersen, exposée dans un livre publié en français sous le titre "Les trois mondes de l'Etat providence" , sont d’abord analysées de manière équilibrée et nuancée les causes et les conséquences de la crise du modèle français qui ne répond plus à ses objectifs d’origine, efficacité et équité.
Puis vient une réflexion sur « l’utilisation rationnelle des comparaisons » avec la conclusion « Osons transposer, copier, transférer ».
Avant quoi, il faut comprendre et expliquer « la réussite nordique », ce qui permet de relever que « les aspirations des Finlandais, des Suédois, des Norvégiens ou des Danois (...) ressemblent beaucoup à celles des Français, qui ne se reconnaissent pas nécessairement dans la liberté et la promotion du risque chères au modèle anglo-saxon ». Cette réussite s’exprime dans des taux de chômage significativement inférieurs à la moyenne européenne sauf en Finlande où néanmoins la tendance est encourageante mais surtout, plus qu’ailleurs en Europe, il y a d’excellentes performances pour les jeunes, les seniors et les chômeurs de longue durée.
Les caractéristiques des modèles nordiques qui sont analysées avec précision et nuance, notamment en ce qui concerne l’étendue du champ des politiques sociales publiques, l’importance des dépenses sociales dans le PIB avec une forte redistribution, le rôle crucial des collectivités locales, la recherche systématique de l’égalité entre hommes et femmes, peuvent constituer un élément d’explication.
La démographie n’en est pas vraiment un. La croissance davantage, sauf au Danemark qui ne fait pas mieux que la France. Il faut dire que plus que chez nous, l’accent est mis sur la recherche-développement (les cinq pays nordiques avec vingt cinq millions d’habitants déposent plus de brevets que la France ou la Grande-Bretagne). Ces pays dépensent aussi plus que nous pour l’éducation. Le temps partiel choisi joue également un grand rôle.
Tout ceci étant réalisé avec des comptes publics excédentaires, financés principalement par l’impôt sur le revenu (représentant entre 30 et 50% des recettes fiscales contre 17% en France ou 30% au Royaume-Uni) et des taux « normaux » de TVA élevés (22 à 25%).
Reste le concept de «flexicurité». Les auteurs n’en minimisent pas l’importance, mais soulignent qu’il ne se réduit pas à la vision réductrice que nous en avons généralement. Certes il favorise la mobilité sur le marché du travail en combinant la liberté d’embauche et de licenciement, une bonne protection sociale des chômeurs et « l’activation » des chômeurs. Mais la « flexicurité » nordique, c’est aussi la flexibilité fonctionnelle en effaçant les frontières entre unités fonctionnelles, c’est aussi «un concept réciproque, partagé entre l’employeur et l’employé».
L’expérience nordique démontre ainsi qu’il peut y avoir corrélation entre un niveau élevé de dépenses sociales, des comptes publics excédentaires, une croissance significative et un chômage réduit.
Ce «carré magique» pourrait-il être transposé dans notre pays ? C’est la quatrième étape du raisonnement des auteurs qui abordent de front les arguments qui pourraient conduire à conclure à «l’impossible transposition».
Les différences de culture? Mais une analyse fouillée montre qu’elles sont plus apparentes que réelles, comme le confirment l’histoire et des enquêtes psychosociologiques récentes. Par exemple sait-on que les hommes se suicident plus en France qu’en Suède, au Danemark ou en Norvège, bien que moins qu’en Finlande. Plus réelles sont les différences dans le domaine des relations sociales avec, dans les pays nordiques, une culture du consensus, une gestion civilisée des conflits et l’absence des manifestations de rues en raison essentiellement de l’unicité et de la force des syndicats opposées à l’émiettement et à la faiblesse des nôtres. Les différences de taille et de structures économiques ne sont pas un élément pertinent. En revanche le «souci d’une amélioration permanente de l’organisation du pays, de ses institutions et de son administration pour les rendre plus performant» l’est. Aurions-nous enfin le courage de supprimer les comtés, l’équivalent de nos départements, comme vient de le faire le Danemark, au profit principalement e communes agrandies !
A la question de la transposition, les auteurs répondent donc qu’elle est possible. A condition de rechercher un véritable consensus par le dialogue social et de revoir l’organisation politique du pays (et j’ajouterais volontiers, ses méthodes politiques). Et aussi, soulignent les auteurs, à condition «de vaincre deux obstacles majeurs qui nous paralysent» : le «pessimisme» (notre pays est vingt-quatrième sur vingt-cinq dans l’Union européenne en ce qui concerne l’optimisme concernant le futur), l’ «idéologie» («nous aimons théoriser, ou plus exactement placer nos réformes dans des cadres de référence idéologiques, qui ont été souvent d’origine marxiste ou antimarxiste, quand la manière de travailler des Nordiques est essentiellement pragmatique», «les réformes à faire ne sont ni de droite ni de gauche»).
C’est en s’affranchissant de ces deux obstacles que les auteurs détaillent, dans leur dernier chapitre, la «feuille de route» dont je parlais. Je vous renvoie à la lecture du livre pour en prendre connaissance, car je craindrais de favoriser des procès d’intention en en faisant un résumé forcément simplificateur.
Ces propositions s’ordonnent en trois rubriques : «la nécessité d’une politique active de l’emploi», «concilier flexibilité et sécurité» et «une protection sociale rénovée».
S’y ajoute aussi une réflexion sur les conditions de mise en œuvre, question toujours négligée en France. Ainsi les auteurs militent-ils pour la promotion d’un «syndicalisme de service», s’interrogent-ils sur la «fiction encombrante» de la gestion paritaire, proposent-ils un réexamen radical des structures sociales et administratives.
Ailleurs, ils avaient mis en avant un point tactique qui, à la lumière des évènements récents, prend toute son importance et qui conditionne, à mon avis, dans une large mesure, la recherche du consensus indispensable et la restauration d’un minimum de confiance entre partenaires sociaux et entre ces derniers et l’Etat.
S’il leur parait évident «qu’il n’est pas efficace, d’un point de vue général, de retarder les ajustements auxquels les entreprises doivent procéder, tant les conséquences peuvent ensuite être douloureuses», il leur semble tout aussi clair que «ce surcroît de flexibilité ne peut être accepté qu’à l’absolue condition que des processus de prévention et de réparation extrêmement exigeants soient auparavant mis en place (...)».
Pour Alain Lefebvre et Dominique Méda, ce modèle nordique, ce nouveau modèle français qu’ils appellent de leurs vœux, a vocation à devenir le modèle social européen, susceptible de recueillir l’adhésion d’une grande majorité de nations beaucoup plus que le modèle britannique. A la condition que notre pays sache le faire sien et s’en faire le porte-parole plutôt que de s’enfermer dans la nostalgie de celui que l’histoire nous a légué, qui est condamné par notre chômage de masse et qui fait eau de toutes parts.

PIERRE
Avec la plus grande surprise je vous retrouve partisan du modele disons "nordique" (quoique les differences entre les 5 pays scandinaves soient de taille), et non plus du bien different ordoliberalisme allemand. Il est bien d'evoluer a l'enseigne d'un sain realisme, tout en prenant conscience des difficultes insurmontables liees a la concertation tripartite Etat-syndicat-entreprises du modele rhenane, dans un cadre concurrentiel europeen.
Toutefois, je garde le plus grand scepticisme quant a la transposition du modele nordique dans notre pays, pour de nombreuses raisons.
Observons pour commencer la difference de resources entre la France et les pays scandinaves, qui restent des pays tres peu peuples et extremement riches de resources naturelles. Si les seuls Parisiens avaient a disposition toute la Scandinavie, leur prosperite ne dependrait certainement pas du modele social. Personnellement je suis convaincu que les Scandinaves disposent d'une telle richesse naturelle (et pour les Suedois aussi d'un sacre pactole grace a la vente d'acier et armes pendant la derniere guerre), que leurs crises ne peuvent etre que temporaires et modestes.
Mais en plus des richesses naturelles, c'est la difference de politique etrangere qui marque un autre clivage. Pas de force de frappe, pas de portavions, pas de bases en Afrique, pas de defense de la francophonie, pas de "Frenchelon", (l'Echelon francais). Comme l'histoire nous l'apprend, la puissance militaire a un cout, et visiblement la Scandinavie prefere depenser dans la protection sociale.
Et les depenses militaires ne sont pas tout. Le protagonisme de l'Etat francais dans la competition economique, qui semble s'accroitre de plus en plus (voir prise de controle de Suez) a aussi un cout, comme le savent bien les dirigeants et les pauvres usagers de France Telecom, ou M. Fabius a impose une dette geante a fin de controler Orange. Les Etats scandinaves ne font rien de cela en general, ferait-ce donc partie du model nordique, ce discret retrait de l'Etat du marchandage economique?
Pour ces trois raisons, (et d'autres moindres, comme par exemple le plus fort impacte de l'immigration africaine en France, le pragmatisme des nordiques qui les fait davantage s'inquieter de l'enneigement que du role positif de la colonisation passee..), j'estime que la transposition en France du modele nordique, qui sera certainement entreprise telle est la haine irrationelle contre tout ce qui nous vient de la grande tradition liberale anglosaxone, nous amenera a une situation insoutenable de modele nordique "a moitie" ou par manque de resources on aura par example les licenciements faciles mais seulement 6 mois de salaire entier au lieu de 2 ans comme au Danemarque, non une flexisecurite mais une "flexibicurite", plus flexible et moins securitaire. Et cela peut bien arranger tous les pouvoir forts: les regies certes, et l'Etat qui pourra se targuer de proposer le meme modele que les nordiques, meme si fortement degrade en prestations sociales, mais il sera interdit de le dire. Ce simulacre de modele nordique sera encore plus difficile a avaler, pour la tres ideologisee main d'oeuvre francaise que l'ordoliberalisme qu'on a essaye d'imposer avec le Traite de Constitution.
Il est plus facile qu'il se developpe dans d'autres pays latins comme Espagne et Italie, quoique de difficultes financieres encore plus grandes que les notres le feront ressmbler plus a un mini-welfare angloamericain, qu'a l'original scandinave. Desole pour la longueur, mais le theme me passionne reellement.
Rédigé par: hayekFan | 22 mars 2006 at 10:23
Je ne comprends pas ce raisonnement qui consiste à rechercher chez l'autre ce qui n'existe pas chez nous comme méthode pour remédier à nos maux.
Cette méthode est-elle si raisonnable ? Car, après tout, un de ses présupposés implicites est de ne surtout rien remettre en question de ce qui existe chez nous.
Si la situation de la France est si grave et si exceptionnelles, essayons par exemple de voir ce qui exxiste uniquement chez nous, mais pas chez les autres, et réfléchissons voir si en *enlevant* ces particularismes la situation ainsi stigmatisée ne se résoudrait pas d'elle-même. Incidemment, une telle approche politique semble infiniment plus praticable économiquement parlant (puisqu'il s'agit de se dispenser d'onéreux machins plutôt que de se rajouter quelques emplâtres).
Quels sont les particularismes français ? Le nucléaire, les grandes écoles de la fonction publique, l'obsession pour l'interventionnisme en politique étrangère et économique, probablement. La défense d'une exception mondiale dénommée francophonie, probablement. Quoi d'autre ?
Rédigé par: Déclasses | 22 mars 2006 at 10:43
les prelevements sociaux obligatoires les plus hauts du monde? (71% contre 5% en Nouvelle Zelande, autre pays qui marche encore mieux que nos amis nordiques, mais dont on ne veut surtout pas proposer le modele social, terriblement liberal et en meme temps efficace socialement)
Rédigé par: hayekFan | 22 mars 2006 at 11:18
Cher Pierre, chers amis, bonjour à tous,
Le modèle social français n'est pas à jeter, il est tout simplement dans le rouge parce que l'on a par incompétence et incurie politique (Rapport Pébereau) mis le pays dans la situation financière que l'on connait. Il suffirait de comparer les trains de vie de l'Etat français et de ceux de ces pays (on pourrait y ajouter le Canada comme exemple de redressement) pour trouver une trame significative de compréhension de ce qui s'est passé.
Pour le confort d'une élite toujours plus gourmande on a sacrifié la protection sociale en France et cette incurie aurait fait les mêmes dégats dans n'importe quel pays. Je regrette que personne ne relève cela.
Rédigé par: José@La e-Cité | 22 mars 2006 at 14:19
josé : c'est un peu trop facile. l'élite en question reflète en partie la culture du pays. le rigorisme protestant passe souvent mal en France, voyez les mésaventures d'un certain jospin. a-t-on déjà vu premier ministre démissionner parcequ'on avait prouvé qu'il avait menti à l'assemblée nationale ? dans le nord de l'Europe, c'est arrivé, et c'est même la norme sociale.
non je pense que le problème actuel de la France commence en mai 68, où pour la première fois on a acheté le "compromis" social en piochant dans le Trésor public. un certain Jacques Chirac, déjà, était à la manoeuvre. tout le reste n'est que la conséquence de cette hypocrisie, de cette compromission.
d'une certaine façon, le refus de retirer le CPE est sa dernière occasion de mettre enfin un terme à une dérive dont il est en grande partie responsable. mettre les Français face aux réalités, plutôt que d'entretenir une fiction en tapant dans la caisse.
Rédigé par: lionel | 22 mars 2006 at 17:18
il est bien ce hayekfan, en fait ;-)
Rédigé par: lionel | 22 mars 2006 at 17:21
josé : au fond, la seule chose que je reproche à tes analyses, c'est cette recherche du bouc-émissaire, ce racisme social assez répandu en France où les responsables sont une catégorie particulière du corps social à laquelle on n'appartient pas. nous avons l'élite que nous méritons, et si elle agit ainsi, c'est parce que nous tolérons ses agissements. si nous en sommes là, c'est de notre faute à tous.
Rédigé par: lionel | 22 mars 2006 at 17:42
Transposition du modèle scandinave en France. Je m'interroge et je me permest de vous raconter une anecdote qui en dit long sur nos différences. Celle ci a été présentée par une personne très digne de foi lors d'une conférence sur le Gouvernement d'entreprise à laquelle j'ai assisté en début de semaine.
En Suède, une femme Ministre à l'étoile montante, potentiel Premier Ministre, s'est trompée un jour de carte bancaire et a payé des achats personnels avec la carte du ministère (135€ !). S'apercevant de son erreur, elle a remboursé le Ministère dans le mois suivant mais sa carrière politique est "grillée". Ainsi, nous dit on, sont les mentalités dans ce pays. Transposable en France ?
Rédigé par: Didier | 22 mars 2006 at 17:53
DIDIER, une autre particularite du modele suedois, qui malheureusement n'est pas une anecdote et que je suis bien content qu'on ne puisse pas transposer en France c'est le bien connu programme de sterilisation forcee pour les individus a QI inferieur a tot, impose apres la 2^ guerre mondiale.
Rédigé par: hayekFan | 22 mars 2006 at 19:01
Lionel,
Il n'y a pas de recherche du bouc émissaire puisque je n'accuse pas toujours les mêmes personnes ni les mêmes phénomènes. Par ailleurs il est évident que si ma situation n'était pas celle que je vis, mes analyses seraient non pas différentes mais probablement plus diverses. D'autre part, lorsque l'on recherche les causes de dysfonctionnement d'une société il est évident qu'elles ne sont jamais uniques mais qu'il s'agit quasiment toujours du cumul de plusieurs décisions ou incompétences. Quant à toi, il semblerait que tu en aies trouvé un de bouc émissaire avec Chirac, non ? ;-)
Rédigé par: José@La e-Cité | 22 mars 2006 at 19:05
Mais c'"est vrai que j'emploie parfois des formulaires lapidaires qui pourraient faire croire que j'en veux à une certaine catégorie et non à leurs comportements.
Rédigé par: José@La e-Cité | 22 mars 2006 at 19:18
Pleinement d'accord avec Hayekfan. Nous avons des contraintes que les pays du Nord n'ont pas. Mais en plus, je vois une certaine perversité dans le succès des modèles nordique dans notre pays.
Si la fléxisécurité est si populaire en France, c'est parce qu'on y voit ce que l'on veut bien y voir. On met en effet en avant le fait que les pays du Nord dépensent autant que nous en matière de protection sociale ( vieillesse, maladie, chômage, aides aux jeunes...°. Ca rassure à peu de frais puisque ça permet de se dire qu'après tout nous n'avons pas besoin de faire des économies. On en serait donc par réduit à chercher à limiter le coût de notre système redistributif et finalement on n'est pas obligé de réformer notre régime fiscal afin de le rendre moins pénalisant pour ceux qui travaillent et financent le fabuleux modèle social français.
C'est assez révélateur du refus de voir la réalité en face et de se complaire dans les recettes du passé.
L'autre vue de l'esprit, c'est de penser qu'on va pouvoir reprendre en quelques années unn modèle nordique construit sur une longue tradition de paritarisme. Dans ce contexte historique, les syndicats de ces pays ont eu une attitude très responsable. Forts de leur nombre d'adhérents, ils prennent part à l'élaboration du droit conventionnel et travaillent dans un respect mutuel avec les entrepreneurs. On est, en France, loin de ce type de relation qui a pour objectif de jouer gagant-gagnant. Lors de la réforme des retraites, habilement menée par François Fillon, on avait perçu une évolution, notamment de la part de la CFDT. Son dirigeant l'a payé très cher ce qui l'a incité à revenir sur les bonnes vieilles luttes d'hier. Ca fait plaisir au PS qui se félicite de retrouver l'unité du front syndical et des forces de progrès.
Rédigé par: gtab | 23 mars 2006 at 15:21
M. Bilger,
Enchanté de voir votre intérêt pour le modèle nordique, promu avec constance par le parti auquel j'appartiens (l'UDF), et ignoré jusqu'à ces dernières semaines par l'essentiel du reste de la classe politique.
Oui, il faut oser prendre ailleurs ce qui marche, quand on a compris si et pourquoi c'est transposable, et BEAUCOUP est transposable.
Sur France Europe Express mardi, même M. Novelli allait dans ce sens avec M. Bayrou, M. Chérèque et Mme Méda.
Seule Mme Aubry s'en éloignait un peu en privilégiant (plus que les autres intervenants) l'autorité de l'Etat sur la négociation entre partenaires sociaux.
Comme quoi le consensus est possible, sur des questions anciennes et longuement discutées, entre gens de bonne foi.
Rédigé par: FrédéricLN | 24 mars 2006 at 10:32
Co-auteur du livre, j' ai bien lu tous le commentaires qui sont bien pertinents. Sur pas mal de points, nous repondons dans le livre et je ne peux que vous inciter à le lire, normal. Sur le libéralisme sans social , on peut certes penser que la France en bénéficierait, à terme, mais je ne pense pas qu'on y arrive, à voir ce qui se passe sur le CPE. Nous avons essayé de montrer dans le livre qu'on peut concilier libéralisme économique et sécurité, à condition certes que la protection sociale ne pèse pas sur l'économie, qu'elle soit prélevée sur l'argent gagné, pas sur l'investissement ou l'emploi.
Il y a quelques inexactitudes. Il y a bien moins de ressources naturelles au Danemark en Finlande et en Suède qu'en France, c'est d'ailleurs probablement une raison pour laquelle ils ont dû être créatifs pour leur développement, à la différence de la Norvège qui, hors pétrole, est à la traine et pas un modèle du tout.
Pour le paritarisme, je suis d'accord pour dire que Fillon Larcher ont réussi un démarrage de bonne qualité (voir les retraites, le DIF, l'égalité hommes femmes...). cela prouve qu'avec un peu d'énergie, on peut y arriver, dommage qu'on ait essayé autrement plus récemment. Ecoutez attentivement Chérèque ces derniers jours... Sur ce point, lire notre livre...
L'histoire de la femme ministre est vraie, mais sa carrière n'a pas été grillée, elle est encore à un haut poste du gouvernement. Il faut dire que les journalistes, comme le reste de la population, ont le droit d'aller éplucher quand ils veulent les dépenses des ministres ou des fonctionnaires, payées sur les impôts. Et ils le font. Ce n'est pas très difficile à imaginer en France, vous savez, seuls noss hommes politiques de la vieille garde me paraissent capables de refuser cette transparence.
La stérilisation forcée après la guerre est un truc qu'on renvoie toujours sur les suédois, quand on est à cours d'arguments. C'est comme dire que le modèle francais est non transposable éternellement parce que des français ont expédié d'autres francais, juifs surtout, vers les fours crématoires, ou en tous cas ont participé à l'opération. Argument bas donc, et auquel on ne peut répondre parce que ce n'en est pas un...
Sur le train de vie, 100 % d'accord. En 93, le budget suédois était en déficit de ... 8 % du PNB. Trois ans plus tard, il devenait en excédent, et depuis le redressement s'est confirmé. Idem pour les autres. Les nordiques montrent qu'il faut réformer l'administration. Ils ont su couper les doublons, supprimer les dépenses inutiles, supprimer les cabinets ministériels, séparer les fonctions stratégiques de la gestion de l'Etat, changer le statut des fonctionnaires...et chez des sociaaux démocrates ce n'était pas évident, avec l'opposition des syndicats. Voyez notre livre...
Sur les élites, les nordiques n'ont pas d'ENA. Plus exactement, l'Etat est un accoucheur de réformes préparées par les experts et les gens concernés, pas un producteur de réforme. L'Etat guide, donne le cadre, mais les acteurs produisent les projets que le Parlement revoit le cas échéant. Il faudrait développer la maïeutique dans les études des fonctionnaires...
Sur l'immigration, on peut voir les choses autrement: les nordiques ont une immigration subie, de gens qui ne parlent pas leurs langues et ne viennent que par demande d'asile, pas par choix. Chez nous, c'est l'inverse. De plus, ils ont pas mal d'immigrés: 25% des suédois, 22 % des danois sont des enfants ou petits enfants d'immigrés, et les pays d'origine sont les pays des guerres et traumatismes: Irak, Iran, Bosnie, Somalie dominent... Cela étant, je ne prétendrais pas que leur politique d'intégration est plus un succés que la notre.
J'espère que je vous ai donné envie de nous lire, ne serait-ce que pour démolir nos arguments. Si des gens sont intéressés par les modèles nordiques, on peut en reparler, et faire une mailing list nordique?
Alain Lefebvre
Rédigé par: Alain Lefebvre | 27 mars 2006 at 19:34
ALAIN "Il y a quelques inexactitudes. Il y a bien moins de ressources naturelles au Danemark en Finlande et en Suède qu'en France"
Voulez-vous dire par habitant ou en absolu?
Parce que en absolu, cela va de soi. Toutefois je vous rappelle que danois et finlandais sont 5 millions et les suedois sont 9 millions, sur un pays legerement plus petit que la France, mais bien plus riche en forets, qui constituent par ailleurs une importante partie des exportations suedoises. Alors, voyez vous, si la France devait garantir un Welfare a 9 millions d'habitants seulement, je crois qu' il n'y aurait aucun besoin d'importer un modele quoiqu'il soit. La conclusion que j'en tire est que le succes suedois parait reposer bien plus sur une situation naturelle et demografique privilegie que sur un magique modele.
Rédigé par: hayekFan | 27 mars 2006 at 20:19
Je voulais vous signaler, pour les gens intéressés par les modèles nordiques, mon blog sur le sujet, avec des descriptions praiques sur des points précis:
http://societesnordiques.blogspirit.com/
Pour les amateurs qui ont lu ou non "faut-il brûler le modèle social francais?"
Alain Lefebvre
Rédigé par: Alain Lefebvre | 19 avril 2006 at 18:49
je viens de finir ce livre, de découvrir votre blog par la meme occasion, et je suis absolument fascinée de voir cette analyse si fine, nuancée, sans parti pris idéologique. J'ai bien peur cependant que la majorité des français ne soient pas prêts à accepter cette remise en question, ces bouleversements...car pour changer le modèle social il faudra changer les mentalités!
Rédigé par: julie | 07 juin 2006 at 10:23
"pour changer le modèle social il faudra changer les mentalités!"
Une affaire de médias et de journalistes,d'enseignement et d'enseignants!
Rédigé par: dab | 07 juin 2006 at 12:54
soma carisoprodol http://cialisblog.blogbeam.com/ cialis vs levitra
Rédigé par: baclofen | 03 juin 2007 at 22:45