"Pour l'honneur de la justice, le juge Burgaud devrait démissionner dans l'heure", a déclaré Philippe Houillon, député UMP à L'Est Républicain.
D’autres hommes politiques auraient réclamé que des sanctions pécuniaires lui soient appliquées
En revanche, Elisabeth Guigou a participé d’une forme de méthode Coué estimable en expliquant il y a deux jours sur RTL : « Il n’est pas question d’en faire un bouc émissaire ».
Enfin, d’après Europe 1, ce matin, je n’ai pas encore retrouvé la déclaration intégrale, Marie-George Buffet a déclaré qu’il fallait « ne pas céder à l’émotion » et s’est demandée « jusqu’où le juge Burgaud allait pouvoir tenir. »
Ce ne sont là que quelques uns des commentaires qu’a provoqués l’audition des acquittés d’Outreau par la commission d’enquête parlementaire qui vient de commencer ses travaux.
Je me garderai de m’exprimer sur le fond de cette affaire. Un blog qui m’est proche Justice à l'écoute est là pour alimenter la nécessaire réflexion qu’elle appelle beaucoup mieux que je ne saurais le faire.
En revanche, puisqu’on parle d’honneur de la justice, je suis heureux de constater, comme citoyen, que quelques femmes politiques sont là pour sauver l’honneur du Parlement. Outreau a représenté un drame absolu au regard des personnes mises en examen et en détention préventive, puis acquittées, drame dont la responsabilité est imputable certes à la mécanique judiciaire, mais aussi aux médias et à l’opinion publique, au moins dans la phase initiale de l’affaire. Mais y répondre en faisant d’un individu un bouc émissaire expiatoire et le soumettre à un lynchage en bonne et due forme relève d'un acharnement médiocre dont des exemples dans le passé ont hélas montré qu'il pouvait parfois avoir des conséquences tout aussi tragiques.
Passons rapidement sur le caractère surréaliste d’une revendication, consistant à réclamer des sanctions pécuniaires quand on connait la manière dont la République rémunère ceux à qui elle confie la responsabilité de juger et de mettre en détention.
La pratique est désormais habituelle pour certains hommes politiques et pour certains médias de réclamer à cor et à cri, à tort et à travers, des sanctions personnelles et pécuniaires à l’égard, hier, des chefs d’entreprise, aujourd’hui, des magistrats, demain, je ne sais de quelle autre catégorie de responsables, se faisant procureurs et juges de leurs contemporains sans que ni leur rôle dans la société, ni leur fonction, ni leur compétence ne leur confèrent une quelconque légitimité pour le faire. Pour les chefs d’entreprise, les conseils d’administration, pour les magistrats, le Conseil Supérieur de la Magistrature, sont là pour cela, si nécessaire !
Peut-être d’ailleurs ces nouveaux Savonarole devraient-ils balayer devant leur portes et exiger et mettre en œuvre les sanctions adéquates pour eux-mêmes, démission et amendes, quand le peuple refuse sèchement leurs propositions comme lors du référendum du 29 mai, quand ils votent des amendements absurdes sur l’histoire coloniale qui compromettent entre autres le rétablissement de nos relations avec l’Algérie, quand ils se livrent à l’expérimentation législative au détriment du progrès économique et social, quand ils promettent inconsidérément des allègements fiscaux qu’ils savent ne pas pouvoir tenir et qui de toute façon sont nuisibles à l’intérêt du pays, écrasé par la dette qu’ils contribuent à nourrir.
Oui, Pascal Clément, le Garde des Sceaux, a bien raison d’appeler à la « sérénité » et, j’ajouterai, à l’humilité. Ce n'est qu'à cette condition que le gouvernement et le Parlement, cette fois-ci véritablement dans le rôle que nous leur avons confié par nos votes, pourront réfléchir sérieusement à la manière de corriger les règles de fonctionnement du système judiciaire pour éviter la répétition de drames comme celui d'Outreau.
