L’accumulation d'évènements individuels et collectifs dramatiques au cours des dernières semaines, tragédies des logements insalubres, accidents d’avions, désastres climatiques, incendies de forêts, assassinats terroristes, persistance du chômage, médiocrité des performances économiques, crise de l’énergie, activisme désordonné ou passivité coupable des dirigeants politiques, laisse le citoyen déprimé et anxieux et le commentateur amateur désemparé.
Face à ce récit de notre univers que nous livrent les médias et qui n’a jamais été plus qu’aujourd’hui, selon les mots de Shakespeare, conté par un idiot, plein de bruit et de fureur et qui ne signifie rien , où va le monde ? Où va l’Europe ? Où va la France ? Est-ce faire preuve d’un pessimisme et d’une morosité excessifs que de constater que les réponses ne sont pas évidentes.
Sur les deux questions essentielles qui déterminent notre avenir, la construction européenne et la croissance économique, la classe politique européenne et française tarde à engager la réflexion collective sérieuse qui permettra d’inspirer l’action continue et déterminée qui est indispensable.
Le projet européen que représentait le traité constitutionnel a été dynamité par les Non français et néerlandais. Aujourd’hui tout se passe comme si ce projet n’avait jamais existé, anéantissant l’argumentaire des partisans du Non qui nous prédisaient un choc salutaire et une alternative dynamique et exonérant les partisans du Oui de l’autocritique qu’exigeait la dimension de leur échec. Les institutions européennes actuelles poursuivent, impavides, leur ronronnement bureaucratique et les nations européennes se satisfont de leur train-train politico-médiatique habituel dont le nombrilisme hexagonal n’est qu’un exemple parmi d’autres. Partout on nous promet des initiatives nouvelles qui changeront les choses, en Allemagne, peut-être, avec Angela Merkel dès le mois prochain, mais en France, pas avant mai 2007 avec Nicolas Sarkozy (?) ou avec Lionel Jospin (?). Que restera-t-il de l’Europe avant longtemps si l’on attend de l’enlisement et du temps le renouveau ?
La croissance économique ne focalise pas davantage l’attention et surtout la détermination des gouvernements. Il est vrai que les économistes continuent à leur expliquer doctement qu’elle ne se décrète pas , les renvoyant à la mise en œuvre de réformes structurelles dont chacun sait qu’elles ne pourront l’être réellement avec un soutien suffisant de l’opinion publique que lorsqu’elle sera de retour et que de toute façon elles ne pourront produire des effets significatifs qu’à long terme. De même qu’autrefois la pensée marxiste détournait les esprits d’agir pour changer les choses de manière réaliste dans le concret immédiat, de même la vulgate libérale stérilise aujourd’hui le débat indispensable sur la politique économique à court terme et les actions à mener maintenant pour remettre en route la machine. Le seul progrès que l’été nous apportés de ce point de vue, c’est que, la Grande-Bretagne connaissant à son tour un ralentissement économique, cet exemple ne peut plus être opposé à ceux, partisans conscients de l’économie de marché, qui savent et soutiennent que des initiatives gouvernementales substantielles au niveau national et au niveau européen sont nécessaires pour surmonter la crise que connait notre continent.
En douterions-nous que les terribles catastrophes qui ont frappé des centaines et des milliers de personnes partout dans le monde pendant l’été nous donnent une nouvelle et impitoyable leçon de choses. Nous avons besoin partout dans le monde d’Etats forts, compétents et prévoyants, capables, et ce ne sont que quelques exemples, d’imposer les disciplines nécessaires pour assurer la sécurité des transports aériens, de maîtriser l’exploitation des forêts, d'anticiper les changements climatiques, de gérer la pénurie de pétrole et d'en tirer les conséquences, de reconstruire et de consolider, comme en Louisiane, les digues que les ingénieurs, notamment français, des siècles précédents nous ont légués, d'assurer la sécurité des citoyens.
Le moment n'est-il pas venu de s'interroger sur le rôle de l'Etat, sur les moyens que nous lui octroyons pour promouvoir le bien commun, sur le type et la qualité des dirigeants que nous portons à sa tête, sur les critères selon lesquels nous jugeons leur action, sur le harcèlement quotidien que nous laissons les médias créer et qui, en les focalisant sur l'éphèmère, les détourne de l'essentiel qui est d'assurer, dans la durée, la stabilité et le progrès de notre société?
Autant de questions auxquelles un citoyen isolé ne peut apporter seul de réponses , mais qui peuvent en trouver à travers un mouvement de réflexion collective et un débat public,affranchi de préjugés idéologiques, qu'ils soient d'hier ou d'aujourd'hui.
