Une fois encore, la Gazette de la Société et des Techniques publie dans son numéro de septembre 2005 un article particulièrement stimulant: Mesurer la richesse De la production à la consommation de Vincent Gorgues.
L'auteur nous invite, pour apprécier la richesse de nos nations, à nous affranchir de l'analyse exclusive de la production en donnant plus d'importance à celle de la consommation.
Ce changement de perspective le conduit à offrir aux lecteurs quelques aperçus éclairants, voire provocants, éclairés par des chiffres qui ne sont certes pas ignorés, mais qui sont rarement mis en valeur et dont la portée n'est pas toujours mesurée. Deux citations permettent d'illustrer ce propos.
Voici ce qu'il écrit par exemple sur les délocalisations:
Dans une optique de production, les délocalisations sont
néfastes. Par exemple, la baisse des prix textiles entraîne des
délocalisations vers la Chine, donc des pertes d’emplois dans le
secteur textile en Europe et aux États-Unis. Les salariés licenciés
subissent une forte baisse de revenus et l’économie s’en retrouverait
déprimée. Pourtant, en juin 2005, le président de la
Réserve fédérale, Alan Greenspan, a dit dans son discours au
Sénat américain que toute augmentation des tarifs douaniers
américains sur les textiles chinois ne protégerait quasiment
aucun emploi et réduirait le niveau de vie des Américains. En
effet, la baisse des prix liée aux délocalisations fait réaliser des
économies aux consommateurs qui voient leur pouvoir d’achat
augmenter et dépensent dans de nouveaux secteurs, dépenses
génératrices de nouveaux emplois.
En France, en 2004, les économies en habillement ont été
de deux milliards d’euros à comparer aux 300 millions d’euros
de baisse de production. La vision comptable peut sembler brutale
au regard de la détresse des licenciés, mais on peut utiliser
une partie des économies réalisées pour leur reconversion et leur
reclassement. Aux États-Unis, les deux visions continuent de
s’affronter par l’intermédiaire des lobbies des fabricants et des
commerçants.
Tout aussi intéressante est une autre remarque concernant le travail:
Le travail ne représente plus actuellement que
14 % de la vie éveillée. En effet, si l’on considère qu’un tiers de la
vie humaine est consacré aux études et un tiers à la retraite, on
ne produit que pendant le tiers restant, diminué des congés
payés et réduit à environ trente-cinq heures par semaine. La
consommation, quant à elle, dure toute la vie. L’activité principale
de nos concitoyens n’est donc plus la production mais la
consommation.
Cet article, qui va bien au-delà de ces deux extraits, n'est que le résumé d'un mémoire qui est également accessible sur le site des Annales des Mines. Tel quel, il offre cependant matière à réflexion et contribue à remettre en cause beaucoup d'idées reçues.
