Déjouant les pronostics qui pouvaient être faits à partir des sondages d’opinion et des analyses des observateurs politiques, le peuple allemand a refusé hier de donner une majorité sans appel à l’un des deux partis de gouvernement et exprimé une forme de désaveu limité à leur égard en accordant une audience plus importante que d’habitude, encore que mesurée, aux deux extrêmes de la vie politique, le parti libéral et le nouveau parti de gauche.
Beaucoup expliquent ce résultat par l’extraordinaire talent politique de Gerhard Schröder et les maladresses répétées d’Angela Merkel et sans doute cet élément, tenant à la personnalité des candidats au poste de Chancelier, a-t-il joué un rôle, comme il est naturel dans un débat démocratique.
Mais ne faut-il pas y voir aussi un clair message du peuple allemand à ses dirigeants.
On oublie souvent que les réformes mises en œuvre par le Chancelier social-démocrate l’ont été avec le consentement de la CDU, indispensable pour tout ce qui était essentiel puisque ce parti contrôle le Bundesrath, la Chambre des Länder. Adopter les réformes structurelles par voie de consensus est de fait une pratique habituelle en Allemagne depuis que le parti social-démocrate allemand s’est rallié, du 13 au 15 novembre 1959, au Congrès extraordinaire de Bad-Godesberg à l’économie sociale de marché, dix ans après le parti chrétien-démocrate qui en avait fait sa doctrine économique par les articles de Düsseldorf. La grande coalition de 1965-1969 a porté cette approche à son paroxysme et a connu un remarquable succès économique, bien qu’elle ait été surtout inspirée par la volonté du parti social-démocrate de se faire reconnaître par l’opinion publique comme un parti de gouvernement.
En ayant présent à l’esprit cette tradition, on peut se demander si le peuple allemand n’a pas avant tout voulu signifier hier à ses dirigeants qu’il attendait d’eux de continuer à se mettre d’accord sur les réformes essentielles à mener et de ne pas engager le pays dans des stratégies dites de rupture qui auraient pu opposer à l’excès une partie du pays contre une autre et l’engager dans une période d’aller-retour, désastreuse pour l’efficacité économique et l’équilibre social.
La prospérité s’est construite outre-Rhin depuis plus de cinquante sur une conception commune et profondément enracinée de l’économie sociale de marché. Il semble bien qu’en dépit de quelques velléités extrémistes, le peuple allemand n’entende pas renoncer à la méthode du consensus qui ne lui a pas si mal réussi jusqu’à présent.
Faire des réformes oui, mais d’une manière qui soit acceptable et acceptée, au-delà des clivages politiques, pour l’immense majorité des citoyens. Il n’est pas certain que l’Allemagne, loin de sortir affaiblie de cette surprise du 18 septembre 2005, n’en soit en fait renforcée. Sagessse allemande, leçon pour la France ?
