Je pensais que l’été serait tranquille sur ce blog. Il l’a été : le nombre de pages vues a diminué bien que la décrue ait été moins forte que je ne l’anticipais.
Néanmoins plusieurs d’entre vous semblent avoir pris plaisir à me suivre dans le jeu des citations et n’ont pas hésité à en proposer d’autres à notre attention.
Pour permettre d'en profiter à ceux qui n’ont pas eu la patience ou le temps de se plonger dans les commentaires , je les reproduis dans cette finale des paroles d’été.
Sur les citations, voici celle-ci, particulièrement appropriée, proposée par Hélène :
Citer, c'est poursuivre une conversation avec le passé afin de la restituer dans le contexte du présent ; [...] citer, c'est faire usage de la bibliothèque de Babel ; [...] citer, c'est réfléchir à ce qui a été dit avant nous... faute de le faire, nous parlons dans le vide, là où nulle voix humaine ne peut articuler un son.
Alberto Manguel, Une histoire de la lecture, Actes Sud
Sur les vacances, Aston offre :
La vacance des grandes idées donne des idées de grandes vacances. Et c'est tant mieux!
Edgar Morin
...
et KoZ relaie un conseil de Pierre Desproges :
En cas de morsure de vipère, sucez-vous le genou, ça fait marrer les écureuils.
Les Français inspirent à Pépites sa première citation :
La malveillance et le dénigrement sont les deux caractères de l'esprit français ; la moquerie et la calomnie, le résultat certain d'une confidence.
Chateaubriand, Mémoires d'Outre-Tombe
Le travail a beaucoup inspiré Hélène.
Elle nous renvoie d’abord à juste titre à La Fontaine qu’on ne médite jamais assez avec Le laboureur et ses enfants :
Travaillez, prenez de la peine :
C'est le fonds qui manque le moins.
Un riche laboureur, sentant sa mort prochaine,
Fit venir ses enfants, leur parla sans témoins.
«Gardez-vous, leur dit-il, de vendre l'héritage
Que nous ont laissé nos parents :
Un trésor est caché dedans.
Je ne sais pas l'endroit; mais un peu de courage
Vous le fera trouver : vous en viendrez à bout.
Remuez votre champ dès qu'on aura fait l'oût :
Creusez, fouillez, bêchez; ne laissez nulle place
Où la main ne passe et repasse.»
Le père mort, les fils vous retournent le champ,
Deçà, delà, partout : si bien qu'au bout de l'an
Il en rapporta davantage.
D'argent, point de caché. Mais le père fut sage
De leur montrer, avant sa mort,
Que le travail est un trésor .
Hélène nous offre aussi une belle histoire mexicaine qui reste anonyme :
Un homme d'affaires américain se trouvait sur le quai d'un petit village mexicain du bord de mer quand un pêcheur sur un petit bateau accosta. Il avait au fond de son bateau plusieurs superbes thons à nageoires jaunes.
L'Américain complimenta le Mexicain pour la qualité de sa prise et demanda s'il avait fallu beaucoup de temps pour les pêcher.
« Un peu de temps seulement » répondit le Mexicain.
L'Américain demanda alors pourquoi il n'était pas resté plus longtemps pour ramener plus de poissons.
Le Mexicain répondit qu'il en avait assez pour nourrir sa famille.
L'Américain questionna à nouveau : « Que faites-vous le reste du temps?»
Le pêcheur mexicain répondit : « Je dors tard, je pêche un peu, je joue avec mes enfants, je fais la sieste avec ma femme, Maria, je flâne dans le
village tous les soirs où je sirote du vin et joue de la guitare avec mes amis. J'ai une vie bien remplie, Monsieur ! »
L'Américain rétorqua d'un air moqueur : « Je suis diplômé de Stanford et pourrais vous aider. Vous devriez passer davantage de temps en mer afin de ramener de nombreux poissons et acheter un plus grand bateau avec le gain de la pêche. Ce bateau permettra d'augmenter encore le produit
de la pêche et d'acheter plusieurs bateaux. Finalement, vous pourriez avoir une flotte de bateaux de pêche. Au lieu de vendre vos prises à un intermédiaire, vous pourriez les vendre directement au transformateur et, pour finir, ouvrir votre propre conserverie. Vous auriez le contrôle de tout le circuit, de la production à la distribution. Vous pourriez quitter ce petit village et vous installer dans la ville de Mexico, puis Los Angeles et enfin New York où vous dirigeriez l'expansion de votre entreprise.
Le pêcheur mexicain demanda : « Mais Monsieur, combien de temps cela prendra-t-il ?
« De 15 à 20 ans seulement » répondit l'homme d'affaires.
« Et ensuite, Monsieur ? »
L'Américain se mit à rire. « C'est la partie la plus intéressante. Quand le moment sera venu, vous annoncerez une offre publique, vendrez vos actions et deviendrez très riche. Vous pourrez facilement faire des dizaines de millions ! »
« Des dizaines de millions, Monsieur ? Et alors ? »
« Et alors ! » dit l'Américain « Alors, vous prendrez votre retraite. Vous vous installerez dans un petit village de pêcheurs où vous pourrez faire la grasse matinée, pêcher un peu, jouer avec vos enfants, faire la sieste avec votre femme, flâner dans le village le soir en sirotant du vin et en jouant de la guitare avec vos amis. »
Pépites nous propose à travers Charles Baudelaire une vision différente :
Il faut travailler, sinon par goût, au moins par désespoir puisque, tout bien vérifié, travailler est moins ennuyeux que s'amuser.
Sur la réussite, c’est à nouveau Pépites qui nous ravit :
Il faut beaucoup d'efforts et une conduite que la bravoure et la prudence accompagnent constamment pour pouvoir réussir : il ne faut qu'une faute pour tout perdre...
Sun Tzu, L'art de la guerre
Il y a des moments où tout réussit. Il ne faut pas s'effrayer. Ca passe.
Jules Renard
Sur l’expérience, l’inspiration est multiple:
Pépites cite Lichtenberg :
C'est dans la capacité de tirer profit des avatars de l'existence, et de ses leçons, que réside une grande part du génie.
Sébastien se réfère à Confucius :
L’expérience est une lanterne que l’on porte sur le dos et qui n’éclaire jamais que le chemin parcouru.
D’autres commentaires peuvent devenir eux-mêmes des citations ! Ainsi :
La seule véritable expérience, et la plus difficile, c'est celle qui nous fait parvenir au décentrement, et qui nous ouvre à l'autre. On en arrive à penser que l'expérience vraie, c'est celle d'une altérité réussie.
Klod
Ou, à l’adresse de Sébastien :
Les leçons du passé racontent souvent échecs et erreurs. Autant les retenir de ceux parmi les plus anciens qui ont l'humilité de les revendiquer. Elles donnent par contre rarement les clés pour en éviter d'autres. Et c'est ainsi que se construit l'expérience des plus jeunes.
Claude
Ou encore :
La jeunesse...l'expérience...Pour moi, rien ne se fait sans la conviction - voire la passion - et l'émotion. Mais tout échoue sans la connaissance.
Minnelli
Sur l’art de diriger, Pépites à nouveau cite François Dalle, disparu cet été, à partir de son livre, L'aventure de L'Oréal:
Se mettre à l'écoute est un exercice très répandu de nos jours, notamment parmi les hommes politiques les plus installés. Mais tenir compte de ce qu'on écoute pour en faire une conduite est une tout autre histoire.
...
et Christian Grellier, Le management du bon sens:
Dirige celui qui risque ce que ses collaborateurs ne veulent pas risquer. Être un bon leader, c'est procurer aux autres la sécurité en prenant pour soi les dangers ; c'est être un importateur d'angoisse et un exportateur d'énergie.
Sur le commerce, fothp se réfère à un Anonyme, plein de bon sens lui aussi :
« La décision de notre client de passer l'affaire à notre concurrent est dénuée de logique. L'offre retenue ne correspondait pas à l'appel d'offre!!! » D'où la loi : « C'est inutile de travailler sur certains projets, les dés sont pipés »
Sur l’art du conseil, Pépites cite enfin un proverbe chinois qui relativise à juste titre mes propres citations sur le sujet :
Celui qui aime à demander conseil grandira.
Pour conclure, à propos des remarques de Detoeuf, relatives aux Conseils d'administration , qu’il qualifie de propos intéressant et impertinent, Koz m’interroge:
Le citez-vous parce que vous êtes d'accord? Le management voit surgir une nouvelle théorie par an. Est-ce que ce propos de Detoeuf, d'après votre expérience, est toujours d'actualité ? J'imagine bien que, si vous le citez, c'est que vous ne le jugez pas totalement obsolète et sans intérêt mais je serais intéressé, lorsque vous rentrerez de vacances, par votre point de vue personnel.
Question pertinente ! Sélectionne-t-on une citation parce qu’elle reflète votre propre opinion, parce que la manière dont elle formule une idée qui n’est pas nécessairement la vôtre vous séduit ou tout simplement parce qu’elle vous amuse. En ce qui me concerne, j'obéis indifféremment à l’une ou l’autre de ces motivations.
Dans le cas particulier des Conseils d’administration, je crois juste l’idée que leur rôle et celui des administrateurs s’expriment moins dans les procédures formelles qui se sont accumulées au fil des décennies que dans la relation de connaissance, de dialogue, de transparence et de confiance qu’ils doivent savoir établir avec l’entreprise et son management et qui doivent leur permettre d’exercer leur responsabilité essentielle, celle, à bon escient, d’identifier, de recruter, de rémunérer, de sanctionner et, si nécessaire, de licencier son président-directeur général.
Mais ceci est un vaste et difficile sujet que j’ai déjà abordé indirectement dans mes notes sur les hautes rémunérations et sur lequel je reviendrai peut-être au fil de ce blog.

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