Tout aussi prioritaire pour la remise en marche de la machine économique et complémentaire des trois actions d’urgence que j’ai évoquées dans ma note d’avant-hier, mais relevant, à mon sens, d’acteurs différents, est le chantier de la réforme du marché du travail. Qu’elles aient été détestables ou louables, les initiatives prises par les gouvernements successifs dans ce domaine depuis plusieurs décennies ont pour caractéristique commune d’avoir toujours échoué et de laisser derrière elles un champ de ruines législatives ou règlementaires dont le seul mérite est de nourrir l’activité des spécialistes de tous statuts, privés ou publics, du droit social.
Toute nouvelle initiative gouvernementale dans ce domaine me laisse incurablement sceptique. Je crois qu’aucun progrès réel ne sera fait dans les délais courts qui sont requis si le sujet ne sort pas du champ idéologique et politique et si, comme par miracle, le patronat et les syndicats ne se mettent pas autour d’une table et décident ensemble de prendre à bras-le-corps le problème avec pour seul objectif de mettre fin au scandale national que constitue un taux de chômage continuellement proche de 10% de la population active.
Faisons un rêve ! Une présidente du MEDEF, Laurence Parisot, a été élue hier. Imaginons qu’elle propose, soutenue par les instances de son organisation, aux grands leaders syndicaux de ce pays, d’engager honnêtement et sans préalable le dialogue de la Réforme.
Je suis convaincu qu’elle trouverait chez des personnalités comme François Chérèque des interlocuteurs capables de relever un tel défi. François Chérèque qui écrit dans son livre Réformiste et impatient!: L’année 2005 doit être une année utile. Alors que les partis politiques risquent d’être soumis plus fortement encore au jeu des tendances internes en vue de l’élection présidentielle, nous devons ensemble, syndicats et patronat, retrouver le chemin de la négociation. Ce ne sont pas les sujets qui manquent : les salaires dans les branches professionnelles, la pénibilité du travail, l’emploi des seniors, le télétravail... Ce serait redonner espoir aux salariés, les convaincre de l’utilité d’un espace de décision pour les partenaires sociaux. Tout cela implique de la part du patronat un choix clair et déterminé en faveur de la voie contractuelle.
Mais à supposer qu’une telle approche soit mise en œuvre, elle ne pourra réussir qu’en combinant une flexibilité maximale pour les entreprises, une sécurité extrême pour les personnes affectées par les impératifs du changement, la mutualisation du financement correspondant et, au bout du parcours de la négociation, l’engagement de l’Etat en faveur d’un service public efficace et compétitif de gestion intégrée de l’emploi et de formation des personnes tout au long de leur existence.
Continuons à rêver et imaginons que cette démarche soit soutenue par un consensus des principaux partis politiques, d’accord pour une fois sur une question nationale essentielle, la remise au travail de trois millions de chômeurs. Question à laquelle aucun d’entre eux n’a apporté de réponse satisfaisante et acceptée par tous, ce qui justifie de leur part humilité, écoute et ouverture.
Ainsi pour remettre la machine économique en marche, le gouvernement doit faire qu’au plus vite le pays exporte davantage, investisse davantage, innove davantage et syndicats et patronat doivent réformer ensemble et vite le marché du travail. Moyennant quoi, la croissance reprendra, les recettes rentreront, l’endettement diminuera, le chômage baissera, le pouvoir d’achat augmentera et la confiance reviendra. Un autre rêve ? Le pire n’est jamais sûr !

Comment cette négociation peut elle se faire alors que les gestionnaires d'entreprises disent tous qu'ils n'ont rien a mettre sur la table ? Ils demandent toujours plus à ceux qui n'ont que leur travail a vendre en promettant toujours ensuite des choses qui n'arrivent pas ou sans persistance. Alors comment voulez vous que les fournisseurs de travail acceptent de venir à la table de négociation ?
A mon analyse , tout, dans notre système, dissuade de vendre son travail. Les gens se rabattent sur la "débrouille" même illégale ou la solidarité nationale.
Comment casser ce cercle infernal ?
Rédigé par: egdltp | 06 juillet 2005 at 08:54
Disons les choses tout net et sans détours.
De très nombreux chefs d'entreprise sont prêts à prendre le risque de la création d'emploi, s'ils sont assurés de pouvoir sans tracas insupportable et coûts exorbitants faire le tri entre ceux qui veulent avancer avec l'entreprise et ceux qui se laissent tirer par elle en la vidant à leur profit de sa substance. C'est extrêmement simple à comprendre. Et que l'on se rassure, une entreprise c'est avant tout des hommes. La seule préoccuppation d'un patron digne de ce nom c'est de recruter et de conserver les meilleurs. Et c'est un process qui ne doit pas connaitre de fin. Il est exigeant certes pour les moins dynamiques et les profiteurs de tout poil. Il constitue par contre la seule opportunité pour les autres et notamment les plus jeunes de s'insérer avec succès dans un dispositif qui est condamné à devenir de plus en plus compétitif.
Rédigé par: Claude | 06 juillet 2005 at 11:17
Malheureusement, ces employeurs sont mis dans le même sac que ceux qui, parce que l'action stagne, décident de remplacer une unité qui est profitable et qui irrigue un bassin avec ses produits, par une unité qui sera, sur le papier, 5 fois plus profitable à 10 000 km du bassin de consommation. Comment faire la part entre ces deux types d'employeurs ? De même que comment l'employeur peut il faire la part entre le profiteur et celui qui veut avancer avec l'enreprise ? Actuellement dans certaines sociétés, les deux sont traités pareil. Comment voulez vous que celui qui tire ne décide pas de suivre celui qui se laisse trainer ? Dans les deux domaines, le "mauvais joueur" impose la réglementation.
Une remise a plat s'impose, mais que proposent les acheteurs de travail ? Sinon qu'ils l'achètent ailleurs, mais qu'ils ne pleurent pas de ne plus avoir de client...
Rédigé par: egdltp | 06 juillet 2005 at 12:35
Je vous donne raison sur un point, "egdltp": la taxation lourde des transports notamment routiers est le seul moyen de rééquilibrer des équations économiques devenues parfaitement impossibles du fait de la globalisation . Elle serait par ailleurs très positive pour notre environnement. Qu'attendons-nous en Europe pour le faire ? Notre industrie du poids lourd est solide et supportera le choc si on l'aide à s'adapter.
Pour le reste et pour ce qui concerne le débat entre tireurs et tirés, je reste convaincu qu'une locomotive, une vraie n'acceptera jamais d'être transformée en wagon de queue! Pierre nous le confirmera ! Si un patron ne sait pas faire la différence, tant pis pour lui, il est déjà mort. Sauf à avoir vocation de gardien de cimetière, partez-vite ! Il y a sûrement du ciel bleu quelque part.
Rédigé par: Claude | 06 juillet 2005 at 15:05
Claude, votre conseil ainsi que votre analyse est pertinente quand la structure est a taille humaine. Dans le cas de grand groupe c'est une autre paire de manche. Allez relire "bonjour paresse", ou réagissez sur mon commentaire de la note n°7 sur les rémunérations.
Le deal organisé par mon contrat de travail est bon pour moi, même si il ne me semble pas optimum pour la société. Mais ce n'est pas à moi d'en juger...Merci mon groupe est florissant pour l'instant, plus par la qualité des gens que par l'organisation qui les motivent. Mais combien de temps cela tiendra t il ?
Rédigé par: egdltp | 06 juillet 2005 at 15:34
Transport : le cout de transport d'une chemise depuis la chine serait d'une centime d'euro ... quelle taxation ?
La sécurité françaire est devenue une très forte précarité (nb chomeurs par exemple) défendu par un très fort formalisme.
Ne faudrait il pas accepter de perdre un peu de sécurité formelle pour esperer gagner plus tard un peu de sécurité réelle ?
Avec pour corrolaire une plus forte implications de l'ensemble des acteurs sur la formation/l'adaptation/ les mutations ?
Rédigé par: charles | 06 juillet 2005 at 15:54
Je parle de transport routier intra-européen. Doublons le coût de la tonne/km et on verra si on délocalise toujours les yaourts. Marre de tous ces camions et de tous ces chomeurs
Rédigé par: Claude | 06 juillet 2005 at 21:09
Je parle de transport routier intra-européen. Doublons le coût de la tonne/km et on verra si on délocalise toujours les yaourts. Les Allemands ont commencé à le faire, ce qui déporte en Alsace d'ailleurs, tout le trafic lourd Bâle Francfort!
Marre de tous ces camions et de tous ces chômeurs !
Rédigé par: Claude | 06 juillet 2005 at 21:18
si le coùt pour transporter une chemise de Chine en France est de 0,01€, son coùt de production ne doit pas dépasser 0,33€ ! Combien donc sont payés les "esclaves" chinois ? Là est toute la différence, car proportionnellement ils ont moins "per capita" de fonctionnaires à payer que nous !
Rédigé par: CORBEL | 12 juillet 2005 at 19:01
la relance économique ne se fera pas uniquement par la mutation des contrats de travail et la baisse des charges.
Sans activité ou si peu, pas de contrat. Alors CNE ou CPE ou les quelques 38 formules n'y changeront rien.
La baisse des charges posera les problème du financement social et des retraites.
Quant aux entreprises, s'il faut de l'investissement et de l'innovation, faut-il encore qu'elles aient la taille : or, les pme françaises sont 3 à 4 fois moins capitalisées que les allemandes.
Tant qu'il n'y aura pas une redéfinition des stratégies entrepreneuriales par regroupements et autres recapitalisations, ne rêvons pas : nos entreprises majoritairement de moins de 15 salariés avec une capitalisation infèrieure à 40 000 euros, ne pourront ni investir, ni chercher.
Donc l'emploi ne sera que l'aubaine de primes et de conditions contractuelles.
Rédigé par: R.Gaillard-Nikly | 20 février 2006 at 19:19
R. GAILLARD-Nikly
Desole mais le probleme n'est pas la recapitalisation. Avec 2.25% de taux BCE, aucun pretexte n'est acceptable pour ne pas emprunter et se doter de capitaux de travail.
Si un patron n'arrive pas a gagner 2.5% sur le capital emprunte, il vaut mieux qu'il arrete et qu'il place son argent en .. assurance vie!
Cherchons plutot du cote de la saturation des marches proteges, de la concurrence asiatique sur les autres, et sur un cout marginal du travail superieur au gain marginal de productivite, ce qui ne rend pas rentable un nouvel investissement
Rédigé par: hayekFan | 21 février 2006 at 09:18