« Politique économique (3): La part du rêve | Accueil | François Chérèque : Réformiste et impatient ! »

07 juillet 2005

Jeux Olympiques: échec politique ou technique?

Dans la descente aux enfers que vit la classe politique française depuis quelques années, l’issue de la candidature de Paris pour les Jeux Olympiques de 2012 est perçue comme s’ajoutant à la longue liste de ses échecs. Mais, comme fréquemment, nous nous trompons sur les causes du désastre.
Le succès de Londres serait dû au fait que la Grande-Bretagne aurait le vent en poupe dans le domaine politique et économique alors que notre pays est à la traîne ou qu’elle a la chance d’avoir un dirigeant, Tony Blair, qui accumule les réussites alors que Jacques Chirac ne cesse depuis dix ans d’échouer dans tout ce qu’il entreprend. On y ajoute ici ou là des suspicions de corruption qui achèvent de justifier la réputation d’arrogance et d’absence de fair play que l’on a coutume de nous faire, à tort car, en ces matières, nous ne sommes pas très différents des anglais, des américains ou des allemands.
Il est vrai que beaucoup à l’étranger ne sont pas malheureux de cette défaite française, tant notre comportement de donneurs de leçons indispose un grand nombre de pays, même si celui du Royaume Uni plus habile ne les séduit pas pour autant. Je l’ai encore constaté hier au cours d’une réunion à Bruxelles où nous n’étions que trois Français au milieu de vingt cinq autres Européens au moment d'apprendre la sélection britannique sans susciter la moindre sympathie.
En fait, me semble-t-il, notre échec a deux causes que je qualifierais presque de techniques : une erreur de marketing et un défaut de compétence.
L’erreur de marketing a porté sur l’analyse de l’esprit olympique. Deux éléments le caractérisent : il s’agit de sport et il s’exerce dans un contexte d’universalité. Or notre offre a été dominée par la politique et le parisianisme. C’est du moins l’image qu’elle a donnée à travers l’importance accordée aux politiques et aux paillettes touristico-médiatiques dans la manière de la présenter. La réalité de l’offre britannique, bien entendu, n’était pas très différente. Mais paradoxalement, elle a su mettre en avant sa composante sportive alors que la Grande-Bretagne compte bien moins de médaillés olympiques que la France et magnifier une jeunesse multi-ethnique que la France aurait pu tout aussi bien glorifier. J’ai retrouvé là ce que j’ai retenu de mes douze années de direction d’une entreprise largement franco-britannique, à savoir l’exceptionnel talent de nos amis d’outre-manche quand il s’agit de présenter et de mettre en valeur ce qu’ils offrent alors que le contenu n’est pas toujours au niveau du contenant !
La deuxième cause relève d’un défaut de compétence que cette même expérience m’a permis de relever. Le Royaume-Uni est doté d’un talent exceptionnel dans le domaine du lobbying. Je l’ai vu à l’œuvre à maintes reprises et notre entreprise commune a su en profiter très souvent. En ce qui nous concerne, nous ne savons pas faire ou nous savons rarement faire. Les réseaux informels britanniques sont multiples. Ils prennent appui sur le Commonwealth, sur les universités qui voient passer de nombreux étudiants étrangers avec lesquels les liens sont maintenus, sur les nombreux clubs ou associations, organisés autour des entreprises ou des activités sportives, sur la formidable aura de la monarchie britannique qui transcende les clivages politiques et les différences culturelles et surtout sur cette manière inimitable qu’ont nos amis anglais d’établir des connivences et de s’assurer des loyautés, avec le moins de paroles possibles et sans chercher à briller, à travers toutes les occasions de relations sociales, diners, cocktails, parties de golfs... Les britanniques n’ont pas besoin de corrompre. Leur capacité à se créer des attachements leur évite d’être tentés par de telles initiatives. Je ne serais pas surpris que nous apprenions tôt ou tard qu’au service de cette candidature tardive et probablement de moindre qualité dans le contenu que la nôtre, ce soit ce formidable réseau qui ait fait la différence et qu’en particulier dans la dernière ligne droite, le téléphone de la Reine ait activement fonctionné.
La malchance a voulu que dans cette sélection, nous ayons eu pour adversaire, celui qui était le mieux outillé pour contrer la qualité technique de notre candidature par une capacité exceptionnelle à gérer l’influence. En revanche il y a un terrain sur lequel l’influence et le lobbying ne joueront aucun rôle, c’est celui du sport. A nous de montrer à Pékin en 2008 et à Londres en 2012 que nous sommes les meilleurs. Dans ce combat-là, le seul qui vaille en définitive quand il s’agit des Jeux Olympiques, notre passé a montré que notre jeunesse est capable de se comporter  honorablement et même souvent de vaincre avec panache.

TrackBack

URL TrackBack de cette note:
http://www.typepad.com/t/trackback/231500/2778519

Voici les sites qui parlent de Jeux Olympiques: échec politique ou technique?:

Commentaires

Flux Vous pouvez suivre cette conversation en vous abonnant au flux de commentaires pour cette note.

Magnifique analyse Pierre, as usual or may even better than...
Au fait comment traduire " l'exception culturelle " en Anglais ?

Tout à fait d'accord sur le talent des britanniques pour la présentation et la rédaction de documents par exemple pour des dossiers de soumission d'offres ou tout simplement pour des CV. Nos ingénieurs français ont beaucoup de progrès à faire sur cet aspect.
ALC

@claude: French delusion of grandeur ;-)

pour le reste, l'actualité du jour remet ce "désastre national" parisien à sa juste place.

Votre analyse est trop technique...et ne tient pas compte de l'image désastreuse de notre chef d'Etat a l'etranger..Et cela seul (4 votes) a été determinant...Il est significatif que dans la presse de Londres hier soir on pouvait lire en grands titres : "Merci M. Chirac de nous avoir fait gagner !"

Merci a Chirac pour son commentaire sur la cuisine Finlandaise (2 votes finlandais de moins) et merci a notre genial compagne anti pays de l Est et son fameux plombier polonais.
La stupidite de quelques (pseudo) politiciens aura plombe la (tres bonne) candidature parisienne.

C est dommage.
Remarque, ca fait depuis longtemps que nous savons que Chirac et la diplomatie font 2..

Chirac sans doute...Mais les Finlandais auraient-ils voté pour nos conflits sociaux, nos 35h, notre "excellence" et notre exception culturelle même s'il n'avait rien dit ? Non ce sont les modernes qui ont gagné contre les anciens. Et leur projet technique est bien plus ambitieux et structurant que le notre. (on va quand-même rigoler en les regardant faire, mais ils seront probablement assez futés pour confier une bonne part des travaux à nos excellentes entreprises de BTP)
Arrêtons de rabacher notre projet était meilleur. Il était certes intelligent et économique mais pas "meilleur" puisque nous avons perdu. Un dernier point qui n'est pas souligné. Il y a assez peu de pays eligibles pour des JO d'hiver. On peut penser que le CIO préfère nous les laisser plus souvent. Et là Tony n'y pourra rien! Réjouissons nous on aura bientôt des Jo d'hiver chez nous et des JO d'été gratos à 2H30 de Paris. Le même temps qu'il aurait fallu en 2012, pour aller de l' Etoile à St Denis !

Bon, on va pas dire et encore dire que vos analyses sont excellentes, vous le savez.
Un comentaire, une question. Commentaire : je note qu'au 2e tour de scrutin Madrid a eu plus de voix que Paris. Le dossier de Paris était il aussi bon que cela ?
Question plus grave : la France est malade, maintenant cela se voit et probablement a influencé les choix du CIO. Chacun sent ce malaise, comment l'exprimer ? Pouvez vous aider ?

Bonjour,

Effectivement, le comité français faisait un peu cour d'Ancien Régime, pas très en phase avec la globalisation et le cosmopolitisme incarné par la GB. N'oublions pas la tradition récente, par exemple, Peter Gabriel qui a lancé dans les années 1980 la World music. La France n'a pas vraiment brillé depuis deux décennies. De là vient son échec alors qu'elle avait un bon dossier et historiquement, une belle cote mais les choses ont changé depuis De Gaulle.

On ne peut pas pointer un ou deux responsables. C'est un ensemble, un état d'esprit qui a été sanctionné

Remarque qui a son importance. Chirac a évoqué le jugement du CIO. Le terme employé, même si c'est un lapsus, est évocateur. Comme s'il s'agissait d'un procès. Chirac sous-entend que c'est le procès de la France qui a été instruit ) Singapour. Pourtant, on devrait parler de choix, ou de décision.

Dernière remarque, un excellent rebond sur Libé à propos du sport étatisé. Un lien avec la décision ?

http://www.liberation.fr/page.php?Article=309783

Extrait : "une singularité historique qui fait du sport français une affaire d'Etat. Pas n'importe quel sport : un sport de compétition formaté aux normes olympiques sur lequel a été greffé un discours officiel qui s'acharne à vouloir en démontrer le caractère éducatif. Or, l'échec de la candidature de Paris devrait en toute logique sonner la fin d'un demi-siècle d'engagement de l'Etat dans la construction d'une politique sportive conçue à partir du dogme olympique.

On aurait tort de mépriser ce lieu commun qui postule que le sport de compétition est éducatif, qu'il est un vecteur d'intégration sociale et que ses valeurs humanistes sont incontestables. Bref, qu'il s'agit d'une activité sociale d'utilité publique. Il ne faut pas négliger ce point de vue, car il structure en même temps qu'il légitime depuis des décennies la politique sportive française. Indispensable à la diffusion de «l'esprit olympique», cette idée qui lui octroie une dimension morale, alors qu'il présente surtout un intérêt économique, a engendré en France une doctrine officielle dont on mesure aujourd'hui les limites. Cette doctrine fut tellement bien intégrée dans le discours politique depuis le début de la Ve République qu'elle a transformé le sport olympique en un authentique service public."

Au delà de toutes ces intéressantes explications, j'ai le sentiment que le dossier français n'avaient tout simplement pas de bons commerciaux pour le défendre.

Les JO, c'est du commerce ! Et quand je vois les réactions ("on avait le meilleur dossier"), je me dit vraiment qu'on est soit très naif, soit très incompétent.

Si un mauvais dossier peut faire perdre, un bon dossier n'a jamais fait gagner un appel d'offre, tous ceux qui ont pratiqué le savent.

Il semblerait que la délégation française ait oublié cet axiome de base : le commerce, c'est du relationnel, pas de la paperasse.

Le maître mot que je retiens de votre analyse est le mot "parisianisme". La grenouille parisienne, à force de gonfler a fini par éclater et je m'en réjouis.
Nous aurons d'autres occasions de le constater dans de futurs échecs, la cause profonde du mal français c'est le parisianisme.

"c'est le parisianisme."

Non, c'est le centralisme jacobin, comme forme politique de l'Etat centralisateur et impotent

Le parisianisme n'en est que la forme vulgaire et esthétique

Oui enfin sur la question de la "diversité" ou plutôt du conformisme libéral ethnique, culturel religieux, et civilisationnel, je doute notamment que la Chine ait jouée dessus pour sa candidature (il n'y a que des chinois, et qui plus est des hans, à Pékin) et elle à pourtant eu le JO 2008. Pareil pour la Grèce, ses JO ont été plutôt identitaires, je trouve.
Et Barcelone ditto.

Alors cet argument me paraît bidon.
Ca en dit aussi long sur l'état de la société, quand on attribue ses échecs à un supposé insuffisant reniement de son charactère propre.

@Alceste Vous avez raison Delanoë n'aurait jamais dû renoncer à son boboisme homo , qui est bien son caractère propre et qui le rend si plaisant, surtout quand il perd...Cela devrait par contre être un argument pour la candidature de Paris au Gay Games de 2010. Je me réjouis d'avance de ce futur succès qu'il ne devra qu'à lui.

MDR. Je parlais bien sûr du charactère essentiel de la France et de l'Europe, et non pas des errements existentiels du maire de Paris. :)

En dehors des regrettables dernieres remarques d'aston, je crois que toutes les explications données ici sont valables.
J'en ajouterai une qui semble avoir échappé à la compagnie: depuis un an, Tony Blair a fait beaucoup de travail en faveur d'une solution de la dette africaine, et il est possible qu'au dernier tour, les délégués Africains s'en soient souvenu.

En tout cas, je doute que les deux finlandais à disposer d'un vote l'aient donné à Paris après que Chirac se soit amusé à dire que la cuisine finlandaise était la plus mauvaise d'Europe.
Et Paris à perdu de 4 voix, je vous rappelle.

@leblase
Pourquoi le taire si on peut le dire ?
:)

Je pense qu'il serait bon de se référer à la trop peu méconnue et utilisée en France "Game Theory". L'une de ses parties consiste à changer les règles du jeu (le "R" des PARTS qui est l'initiale de Rules). Hors c'est ce que les britanniques semblent avoir réussi à faire avec succès au détriment des Français. Changer les règles d'un esprit purement olympique et y apporter un marketing agressif et un lobbying efficace. Je n'ai donc qu'un mot à leur adresser: Bravo!

2 choses comiques dans cette histoire de JO:
1) on met en avant l'esprit olympique, la fraternité, etc... mais on NE se bat PAS pour organiser les JO dans des pays qui en auraient vraiment besoin et où cela pourrait être une étincelle pour un développement ne serait-ce que pour l'éducation sportive..
2) On célèbre l'Europe mais on présente 3 candidatures européennes et bcp de ceux qui sont pour une Europe "unie" et fédérale regrettent que les jeux aient été attribués.. finalemenet à une ville .. européenne..

Poster un commentaire

Les commentaires sont modérés. Ils n'apparaitront pas sur ce weblog tant que l'auteur ne les aura pas approuvés.

Ce weblog autorise uniquement les commentaires émis par des utilisateurs enregistrés. Pour commenter, merci de vous identifier.

Pour lire les livres, téléchargez:

Téléchargez gratuitement les livres:

Commander les "Causeries"

  • Commander le livre

Les commentaires récents

Outils


  • http://www.wikio.fr

Enter your email address:

Delivered by FeedBurner

Mentions légales

  • Directeur de la publication: Pierre Bilger
  • SixApart sa 104 avenue du Président Kennedy 75116 PARIS
Blog powered by TypePad