Il y a peu de temps, le SPD ayant subi un grave échec électoral à une élection régionale dans le plus important Land d'Allemagne, la Rhénanie-Westphalie, le Chancelier Schröder a décidé de remettre en jeu son mandat et celui de son parti en provoquant la dissolution du Bundestag sans rien ne l'y oblige, sinon la conscience de sa responsabilité vis à vis du peuple allemand.
Autre pays, autres moeurs. 55% des Français viennent de rejeter le traité constitutionnel, initié par trois Français, Jacques Chirac, Lionel Jospin et Valéry Giscard d'Estaing et soutenu par les deux Assemblées et le Congrès du Parlement à travers le vote à la quasi unanimité des modifications constitutionnelles nécessaires à son adoption en février dernier.
Pourtant, apparemment, la seule conséquence qui serait tirée dans les prochains jours de ce désaveu cinglant serait un changement de gouvernement et de Premier ministre. Si tel devait être le cas, ce serait à désespérer de la démocratie dans ce pays.
Mon opinion n'a pas changé: je continue de penser que ce traité était dans l''intérêt de la France et de l'Europe et que ceux-là même qui ont voté majoritairement Non ne connaîtront que des désillusions par rapport au sens qu'il voulait donner à leur vote: au lieu d'une Europe moins libérale, ils auront une Europe plus libre échangiste et moins sociale; au lieu d'une France plus entendue et comprise, ils auront une France moins écoutée et plus marginalisée; au lieu d'une Europe française et européenne, ils auront une Europe anglaise et américaine.
Mais le verdict rendu, par l'ampleur de la participation et par l'étendue du vote négatif, est sans appel. La démocratie impose d'en tirer les conséquences. La nouvelle position de la France doit être exprimée et défendue. Elle ne peut pas l'être par ceux qui se sont faits avec conviction les avocats du Oui même si l'opinion exprimée aujourd'hui par 45 % des Français à leur suite doit être respectée et peut un jour redevenir majoritaire.
La démission du Président de la République, suivie d'une élection présidentielle, à l'image de l'attitude adoptée par le Général De Gaulle en 1969, aurait pu constituer une solution. Elle est écartée. Il ne reste donc que l'option de la dissolution pour vérifier la signification exacte et la portée du vote du 29 mai 2005 et lui donner les moyens le cas échéant d'être traduit dans les faits.
De deux choses l'une en effet! Ou bien les Français donneraient une majorité parlementaire à tout ou partie des représentants de la coalition du Non et ceux-ci auraient l'opportunité de montrer au peuple français leur capacité à mettre en oeuvre les solutions qu'ils lui ont présenté comme crédibles: renégotiation, plan d'intégration des nouveaux pays membres de 250 milliards d'euros, atténuation ou élimination du libéralisme etc... Ou bien les Français confirmeraient le rôle dirigeant des partis qui ont soutenu le Oui, qui pourraient ainsi mettre en oeuvre les programmes relatifs aux réformes nécessaires et à l'Europe qu'ils auraient pris soin de leur présenter pendant la campagne électorale en prenant sans doute en considération certaines des motivations des électeurs qui ont fait le choix du Non.
Dans les deux cas, le message du pays deviendrait opérationnel. Du même coup serait évité pour l'avenir le procès qui ne manquera pas d'être fait si un tel retour devant les électeurs n'intervient pas. Procès selon lequel la majorité actuelle, ayant fait ardemment campagne pour le Oui, n'aurait pas consenti des efforts appropriés et suffisants pour mettre en oeuvre les orientations nouvelles voulues par le peuple français, même si ces orientations se révélaient impossibles à mettre en oeuvre, ce qui demeure l'éventualité la plus probable.
La logique, la cohérence et le courage ne font pas toujours bon ménage avec la politique ou sont subordonnés à l'excès à des considérations tactiques à courte vue, souvent contre-productives.Je suis conscient que ce scénario, pourtant le seul convenable, n'a que peu de chances d'être mis en oeuvre et que l'exemple du Chancelier Schröder ne sera pas imité dans notre pays. Je crains, dans cette hypothèse trop probable, que la France ne se prépare des lendemains difficiles.

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