Lorsque Georges Bush s’est rendu récemment en Europe, notamment à Bruxelles, je me suis senti particulièrement humilié en tant qu’Européen par le spectacle que donnaient les dirigeants de nos différents pays, défilant devant lui tels des vassaux et des clients au sens romain et quémandant la faveur qui, d’un déjeuner, qui, d’un dîner, qui, d’un simple aparté, quand ce n’était pas simplement une poignée de mains !
Puis nous l’avons vu faire une déclaration commune sur tel sujet avec le Président français, sur tel autre avec le Premier Ministre britannique et sur un troisième avec le Chancelier allemand et punissant le chef du gouvernement espagnol en n’en faisant aucune avec lui. Le Président de Etats-Unis aurait-il voulu donner à l’Europe une leçon de choses sur son impuissance à exister qu’il n’aurait pas fait autrement.
Certes l’article I-22 du traité constitutionnel qui institue le Président du Conseil européen ne suffira pas, comme par un coup de baguette magique, à éviter la répétition de telles situations et à faire en sorte que l’Union européenne s’exprime d’une seule voix sur la scène du monde face aux grandes nations qui domineront le vingt et unième siècle : Etats-Unis, Chine, Inde et Brésil.
Pourtant relire cet article nous permettra de prendre conscience des changements significatifs qu’il est susceptible d’introduire progressivement :
Le président du Conseil européen
1. Le Conseil européen élit son président à la majorité qualifiée pour une durée de deux ans et demi, renouvelable une fois. En cas d'empêchement ou de faute grave, le Conseil européen peut mettre fin à son mandat selon la même procédure.
2. Le président du Conseil européen:
a) préside et anime les travaux du Conseil européen;
b) assure la préparation et la continuité des travaux du Conseil européen en coopération avec le président de la Commission, et sur la base des travaux du Conseil des affaires générales;
c) oeuvre pour faciliter la cohésion et le consensus au sein du Conseil européen;
d) présente au Parlement européen un rapport à la suite de chacune des réunions du Conseil européen.
Le président du Conseil européen assure, à son niveau et en sa qualité, la représentation extérieure de l'Union pour les matières relevant de la politique étrangère et de sécurité commune, sans préjudice des attributions du ministre des Affaires étrangères de l'Union.
3. Le président du Conseil européen ne peut pas exercer de mandat national.
Ainsi désormais, si le traité constitutionnel est adopté, le Président du Conseil européen se consacrera à plein temps (il n’aura plus de mandat national) et pour une durée significative (deux ans et demi, susceptibles d’être portés à cinq ans, au lieu de six mois aujourd’hui) à cette fonction.
C’est lui qui aura vocation à représenter l’Union vis-à-vis des autres pays, responsabilité essentielle de tout chef d’Etat.
Enfin, chargé d’animer les travaux du Conseil européen et de faciliter la cohésion et le consensus en son sein et d’assurer la coordination avec l’exécutif européen qu’est la Commission et le pouvoir législatif dans ses deux composantes, le Conseil des Ministres et le Parlement européen, il exercera une responsabilité décisive dans la définition et l’expression de l’intérêt européen.
Dans cette démarche, trois partenaires dont il a vocation à coordonner de manière pragmatique les réflexions et l’action, le Président de la Commission, véritable Premier Ministre de l’Europe, le ministre des Affaires Etrangères et le président du Conseil de l’Euro devraient constituer avec lui l’esquisse d’un véritable gouvernement européen.
Le Général De Gaulle avait défini le Président de la République dans la Constitution de la Vème République, comme étant en charge de l’essentiel. L’article I-22 est suffisamment précis et souple pour offrir au futur Président du Conseil européen un cadre lui permettant de prendre encharge l’essentiel européen, pourvu qu’il en ait la volonté, le talent et l’habileté.
Imaginons un instant ce qu’un Jacques Delors ou un Valéry Giscard d’Estaing ou, pourquoi pas demain, un Tony Blair aurait pu ou pourrait faire d’une telle position. Gageons que le Président des Etats-Unis aurait eu un interlocuteur au bout du fil et qu’il n’aurait pas fallu un psychodrame collectif à l’échelle européenne pour remettre le projet de loi européenne sur les services en chantier !
Avec le Président du Conseil européen, on peut espérer qu’il y ait enfin un pilote dans l’avion !
