Mon adhésion au projet de traité constitutionnel résulte d’abord, et presque avant tout, de mon insatisfaction profonde à l’égard de la manière dont l’Union européenne fonctionne aujourd’hui. Je sais qu’en écrivant cela, je me situe aux antipodes de la conviction de beaucoup de Français que cette même insatisfaction conduit au contraire à envisager de rejeter le traité constitutionnel.
J’ai déjà dit dans ma note, Avec le Non, l’immobilisme de l’Europe !, ce que je pensais de l’illusion selon laquelle le choc du rejet français aboutirait à une remise à plat susceptible d’aboutir à un meilleur traité. Je continue à croire qu’un tel rejet consoliderait pour longtemps le statu quo européen et compromettrait pour une durée indéterminée toute tentative sérieuse de rénovation.
Or le statu quo, c’est :
- une Union européenne, pure zone de libre-échange, ouverte et soumise à toutes les pressions de l’extérieur et incapable d’élaborer et d’exécuter une politique économique et sociale offensive qui lui soit propre
- une zone Euro en porte-à-faux, faute d’adossement politique consistant;
- une gestion bureaucratique de l’Europe en raison d’une Commission pléthorique, privée d’impulsion politique, soumise à toutes les humeurs nationales et soumise à un contrôle démocratique insuffisant;
- une incapacité consternante à mobiliser les énergies européennes sur les priorités essentielles, emploi, recherche et industrie, pourtant clairement identifiées par beaucoup;
- une juxtaposition de politiques étrangères dont aucune n’atteint la masse critique pour peser réellement sur l’avenir du monde;
- la poursuite de compétitions destructrices entre nations européennes vis-à-vis des pays tiers dans les domaines politiques, économiques et sociaux.
Derrière cette énumération qui n’est pas exhaustive et que chacun peut compléter, les exemples concrets peuvent être multipliés pour illustrer cette impuissance européenne que continuerait à générer le statu quo institutionnel.
