La manière dont l'opinion publique semble avoir réagi à l'intervention d'avant-hier du Président de la République ne pouvait constituer une surprise. Seul un geste politique décisif aurait pu permettre de donner un minimum de crédibilité à son discours alors que beaucoup de Français sont déçus à la fois par l'action du gouvernement et par ce qu'ils perçoivent de celle de l'Union européenne et ne sentent pas chez le Chef de l'Etat une conviction qui pourrait les conduire à remettre en cause les leurs.
Désormais le sort du Oui est entre les mains des millions de Français qui ont cette conviction et de leur capacité de convaincre dans un dialogue honnête et ouvert, animé par des hommes politiques anciens ou actuels, qualifiés par la constance et par la lucidité de leur engagement politique européen.
Pour illustrer ce propos, je me permets de rappeler ce que j'écrivais le 29 mars 2005 sur ce blog dans ma note sur Le précédent de 1969 :
Aujourd’hui, nul ne peut contester, en particulier depuis les élections européennes et régionales, que les mécontentements s’accumulent et que la défiance à l’égard de l’exécutif atteint un degré rarement égalé. Au sein de la majorité, un dirigeant de rechange, Nicolas Sarkozy, s’affirme et revendique ouvertement la succession du Président de la République avec le soutien du parti majoritaire. La fraction minoritaire de la majorité est entrée de fait en dissidence. Certes, et la différence n’est pas négligeable, contrairement à ce qui s’était passé en 1969, elle ne va pas jusqu’à prôner le Non et surtout la majorité du parti socialiste soutient le Oui. Mais la manière dont le Président de la République dirige le pays est contestée non seulement par les extrémismes et les populismes de droite et de gauche, par l’opposition parlementaire, mais aussi par de larges pans de la majorité, directement ou indirectement à travers la mise en cause du Premier Ministre.
Dans un tel contexte, quel pourrait être le sens d’une intervention du Président de la République qui se voudrait décisive ?
Il ne faut pas se leurrer. S’il adoptait une démarche gaullienne, à supposer qu’il le veuille, et mettait en jeu son mandat à l’occasion du référendum, il y a fort à parier que, comme en 1969, beaucoup de Français le prendraient au mot et voteraient Non pour obtenir son départ. Certains partisans supposés rejoindraient les opposants déclarés pour exprimer leur rejet de sa manière de conduire le pays en espérant que le candidat naturel prenne la relève d’autant plus facilement que la gauche serait désorganisée.
Si, conscient de ce risque, le Président de la République se limitait à la démarche d’information, d’explication et d’admonestation qu’il a engagée depuis peu, quelques uns feraient crédit à son expérience pour suivre son avis, mais on peut aussi craindre que d’autres tireraient argument du fait qu’il n’engagerait pas sa responsabilité pour y déceler un défaut de motivation, justifiant leur propre scepticisme.
Quadrature du cercle ! De cette impasse, il n’y a à mon sens qu’une manière de sortir qui, au surplus, complèterait la stature historique qu’après des années de postures incertaines, le Président de la République a commencé à bâtir quand il a pris courageusement position contre la guerre en Irak. Jacques Chirac pourrait assortir son engagement indéfectible et déterminé en faveur du Oui de l’annonce claire et irréversible de son intention définitive de ne pas demander le renouvellement de son mandat en 2007.
Cette attitude trouverait sa justification dans sa volonté de servir cette cause décisive pour l’intérêt de la France en aidant nos compatriotes à répondre à la question qui leur est posée et non pas à exprimer leur mécontentement à son égard ou à celui du gouvernement. L’expérience acquise au cours des quatorze années d’exercice des fonctions de Premier Ministre et de Président de la République dont il est le seul homme d’Etat vivant à pouvoir faire état à ce jour donnerait tout son crédit à cette démarche.
En éliminant l’hypothèque d’une nouvelle candidature, cette initiative focaliserait l’attention et polariserait les mécontentements sur l’échéance de 2007. Elle désarmerait au moins partiellement ceux, relativement nombreux, dont le vote ne serait inspiré que par leur anti-chiraquisme obsessionnel ou par la prise de position courageuse, mais impopulaire, du Président de la République en faveur de l'entrée de la Turquie dans l'Union européenne. Du coup, beaucoup de Français aborderaient avec plus de sérénité le débat sur le référendum et concentreraient leur réflexion sur la seule question à laquelle leur vote doit répondre.
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