Alors que dix semaines nous séparent encore de l’échéance du 29 mai, la confusion des esprits atteint son comble dans le débat relatif au traité constitutionnel européen.
Dans Le Monde du 18 mars, Manuel Valls, député de l’Essonne et membre du bureau national du parti socialiste affirme : J’ai milité pour le « non », je voterai « oui » au référendum, après avoir découvert tardivement que si le « non » l’emporte le 29 mai ce résultat résonnera comme un nouveau 21 avril, plongeant la France et le PS dans une crise durable. Et il ajoute : Le texte du traité constitutionnel est loin d’être satisfaisant. Certains de ses aspects sont même inquiétants. Mais en cas de rejet qui, en France, le renégociera et avec quels interlocuteurs européens ? Depuis le 1er décembre, je ne peux plus répondre à cette question essentielle. Fallait-il attendre le 1er décembre 2004 pour le comprendre ?
Dans La Croix du même jour, Georges Le Guelte, Directeur de recherche à l’Institut de Relations Internationales et Stratégiques explique qu’il rejettera le traité sur la base d’un argumentaire dont la bizarrerie n’est pas absente.
A titre d’exemple, il regrette par exemple que le projet ne soit pas soumis à l’approbation des électeurs européens et que la décision soit prise par chaque Etat séparément tout en qualifiant de détournement de démocratie le fait de demander au peuple souverain de se prononcer par oui ou par non sur 360 pages d’une sorte de code de procédure que personne n’aura lu.
Présentant comme des succès les initiatives dispersées de l’Union européenne au Moyen Orient, en Afghanistan, en Iran et en Ukraine, il votera contre cette parodie de Constitution, parce qu’il reste partisan d’une Europe qui ne soit pas seulement celle des marchands et qui soit capable de peser sur l’évolution des relations internationales et parce qu’il est contre l’adoption de règles de procédure, devenues des obstacles au développement d’initiatives pragmatiques, grâce auxquelles quelque chose est peut-être en train de prendre forme en Europe.
Ce matin une intéressante analyse de Jean Quatremer dans Libération décrypte l’attitude particulièrement ambiguë de la Commission européenne : José Manuel Durão Barroso veut-il que les Français votent "non" à la Constitution européenne lors du référendum du 29 mai ? La montée, dans les sondages, d'un sentiment antieuropéen semble, en tout cas, directement indexée sur la gestion maladroite par le président de la Commission de la polémique suscitée, en France, mais aussi en Allemagne, en Belgique, en Suède ou au Danemark, par le projet de directive Bolkestein.
(…) Or, au sein de cette Commission à vingt-cinq, les anti-Bolkestein sont très largement minoritaires. Les pays de l'Est, en particulier, savent qu'ils ont tout à gagner à cette libéralisation et estiment que Paris et Berlin, qui veulent réduire le budget communautaire à la portion congrue, sont bien mal placés pour leur donner des leçons. L'Allemand Günther Verheugen, en charge de l'Industrie, a essayé de faire valoir qu'il fallait au moins essayer de gérer politiquement la communication sur cette directive afin de ne pas compliquer la ratification de la Constitution. En vain. La plupart des pays de l'Est, mais aussi le Royaume-Uni, seraient en fait ravis d'en rester au traité de Nice, qui leur donne davantage de pouvoir de blocage au détriment des grands. Barroso, lui-même ressortissant d'un petit pays périphérique peu enthousiasmé par la Constitution, n'est que l'exact reflet de cette Commission de la grande Europe.
Le silence assourdissant de ceux dont on attendrait qu’il prenne la tête de la campagne du Oui, les partis démocrates chrétiens ou leurs héritiers, il est vrai parfois bien pâles, ou les grands européens historiques constitue une autre anomalie. L’interprétation la plus bienveillante, à savoir qu’ils attendraient le moment propice pour intervenir, n’est pas plus rassurante.
L’intervention de Jacques Chirac hier soir,certes bien intentionnée, mais inattendue et comme en passant, à l’occasion de la visite à Paris de Vladimir Poutine, faisant suite au moins dans le temps à un appel de François Hollande, achève de troubler les esprits.
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