Parmi les vingt deux commentaires de douze blogueurs différents, postés sur ma note limite d'âge en politique, l’un d’eux, celui de Gédéon commence par : Je n’ai pas eu la patience de lire tous les commentaires. Et en effet pour qui prend le débat en marche, il faut de la patience pour en suivre le cheminement et en extraire le cas échéant la substance.
Je vais donc tenter, de temps en temps, non pas de conclure, ni même de synthétiser, mais simplement d’identifier les lignes de force des discussions que peuvent susciter certaines de mes notes, quitte à ce que cet essai fasse lui-même l’objet d’un débat.
Ma note proposait deux règles pour favoriser le changement en politique : la mise en œuvre de limites d’âge raisonnables et le retrait au moins pour un temps des dirigeants politiques victimes d’un échec électoral. Cette double proposition, c’est le moins qu’on puisse dire, n’a pas suscité l’enthousiasme puisque seulement deux blogueurs y ont souscrit sans réserves tandis que trois s’y opposaient clairement, les sept autres n’exprimant pas leur opinion ou mettant en lumière d’autres idées ou d’autres sujets de préoccupations.
Parmi les arguments avancés pour rejeter l’idée d’une limite d’âge systématique en politique, je relève notamment les suivants sans les hiérarchiser:
> L’important en politique, c’est de la confier à des professionnels , qu’ils soient jeunes ou âgés.
> C’est bien beau de dire place aux jeunes, mais concrètement à qui ?
> Le problème n’est pas l’âge des artères, mais celui des idées ou Ce n’est pas tant le renouvellement des hommes qui doit être recherché qu’un renouvellement des idées.
> Il est risqué d’imposer des limites aux votes des électeurs dans la mesure où l’histoire nous apprend que dans ses moments les plus sombres, la jeunesse n’est pas nécessairement un atout.
> Une démocratie n’est pas une entreprise, les responsabilités s’y exercent d’une manière différente. Les assimiler relève de l’idéologie libérale dominante à l’heure actuelle mais est abusif en logique et en morale.
La majorité des commentaires aborde la question du renouvellement des dirigeants politiques d’une autre manière :
> L’inégalité du système scolaire français est à la base de tout. A quoi, un autre blogueur répond : Le système français est le plus démocratique du monde dans l’accès aux grandes écoles scientifiques. Et beaucoup d’arguments sont échangés sur ce thème qui inclut progressivement HEC et les écoles de commerce.
>Un candidat qui n’aurait pas derrière lui des années de gouvernement et à des postes d’importance parait disqualifié .Point complété par un autre blogueur : Pour être aimé en France, il faut avoir été battu, on n’aime pas les premiers, on aime les perdants magnifiques. Et un troisième : Ce qui me choque, ce sont les limites inférieures tacites. En France, impossible d’être crédible en politique avant cinquante ou soixante ans. Un vrai drame quand on voit combien de jeunes sont au pouvoir dans les dix pays qui viennent de rejoindre l’Europe.
> Le cas particulier des chercheurs qui, à l’âge de la retraite, ne peuvent plus travailler en France et doivent partir à l’étranger est évoqué à deux reprises. La solution du chercheur devenant bénévole pour laisser la place aux thésards est adaptée pour les génies, mais rares sont les chercheurs prêts à accepter de renoncer à leur statut. Et ce blogueur poursuit : L’ego est énorme chez les chercheurs. A quoi j’ajoute : et pas seulement chez les chercheurs !
> La parité hommes-femmes n’est jamais abordée. Pourtant si elle avait lieu cela changerait probablement la répartition des élus et très probablement la pyramide de leurs âges.
>L’interdiction absolue du cumul des mandats aurait vraisemblablement la même conséquence.
>Une réelle limitation du nombre des mandats en France permettrait, sans pour autant exclure les personnes de plus de soixante cinq ans, de diversifier la sociologie des hommes politiques et, partant, les idées défendues par nos représentants. Deux blogueurs signalent ainsi les propositions en ce sens de Jérôme Chartier, député du Val de Marne.
De ce débat, je retiens pour ma part que la question du renouvellement des dirigeants politiques préoccupe beaucoup d’entre nous, que l’aborder sous l’angle des limites d’âge et du retrait de la vie politique après un échec électoral ne paraît pas recueillir un large assentiment et que l’interdiction du cumul des mandats et la limitation de leur nombre à deux ou trois semblent à beaucoup une méthode plus appropriée.
Je me rallierais volontiers à cette dernière approche, probablement plus facile à mettre en œuvre en termes juridiques et plus acceptable pour l’ensemble de la population, même si pour l'appliquer, une volonté politique de fer serait indispensable. Je m'interroge pourtant sur la manière la plus appropriée pour les dirigeants nationaux, membres du Gouvernement ou parlementaires, de conserver un contact direct suffisant avec les Français s'ils étaient privés de la possibilité d'exercer un mandat local. Ce sujet est discuté longuement sur le blog d'Alain Juppé sans qu'une conclusion vraiment convaincante s'en dégage dans un sens ou dans l'autre.
Reste une question lancinante qui sous-tend beaucoup des commentaires et qui a une importance grandissante dans une société qui vieillit : comment peut-elle donner leur chance aux nouvelles générations d’exercer les responsabilités décisives à un moment qui ne soit pas trop tardif pour que soit perdu le bénéfice de l’énergie de la jeunesse, ni trop précoce pour que soit acquis l’avantage de l’expérience. La réponse n’est évidemment pas juridique. Mais c’est un sujet dont les dirigeants actuels dans la sphère politique et dans la sphère économique devraient se préoccuper même si je suis bien d’accord avec le blogueur qui le soulignait, les réponses ne sont pas nécessairement les mêmes dans les deux cas.
