Dans un entretien aux Echos d'hier , Nellie Kroes, la nouvelle commissaire européenne en charge de la concurrence, vient de dévoiler quelques unes de ses idées. Il est évidemment trop tôt pour lui faire un procès d'intention.
Néanmoins certains de ses propos sont révélateurs:
- Les règles actuelles (en matière de fusions-acquisitions) n'ont pas besoin d'être changées. (...) En matière d'antitrust, même chose: appliquons les régles en vigueur. Soyons moins bureaucratiques, accélérons les procédures, çà oui.
- Pour moi, ce n'est pas utile de parler de "champion national", c'est une notion dépassée. Ce dont nous avons besoin, c'est d'un climat favorable aux affaires pour tous ceux qui souhaitent investir en Europe.
- Günter Verheugen est un bon collègue, il est en charge de l'industrie, il a déjà beaucoup à faire. Il n'est pas question de toucher au régime de distribution des voitures.
On y retrouve, sans surprise et avec regret, la tonalité classique de la vulgate archéo-libérale sans qu'il soit tenu aucun compte des préoccupations de ceux, de plus en plus nombreux en Europe, qui pensent que l' interprétation strictement négative de certaines des règles d'origine de l'Union Européenne, compromet le développement à moyen et long terme de son économie.
Limiter systématiquement les aides d'Etat sans se préoccuper de leur utilité ou de leur efficacité, freiner les concentrations par principe, condamner les "champions" industriels nationaux ou européens, seuls à même de maintenir une concurrence réelle au niveau mondial face aux géants américains hérités de l'histoire, constituent des indices parmi d'autres de cette idéologie destructrice. Et renvoyer aussi brutalement dans ses buts Günter Verheugen, le commissaire chargé par José Manuel Barroso de défendre la cause industrielle au sein de la commission, n'est pas de nature à rassurer!
Les seules concessions faites aux vrais besoins du temps présent dans ce texte et d'une manière que je ne peux m'empêcher de ressentir comme cosmétique sont de:
- mettre l'accent sur les aides en faveur de la recherche et de l'innovation, un domaine essentiel de la compétitivité de l'Union Européenne;
-accorder une attention toute particulière aux PME qui sont, de loin, le premier employeur de l'Union Européenne.
Le premier objectif devrait en effet être au coeur des préoccupations et de l'action de la commission et mériterait un engagement concret décisif. Quant au second, tout aussi fondamental, est-il réaliste que la commission s'en saisisse et le principe de subsidiarité ne devrait-il pas s'appliquer pour en faire le domaine par excellence de l'action de Etats ou des Régions beaucoup plus proches du terrain.
Sans vouloir donner à cet entretien plus de portée qu'il n'en a sans doute, il confirme néanmoins l'urgence de renforcer le pilotage politique de l'Union Européenne que le traité constitutionnel est de nature à favoriser pour que soient mieux prises en compte les vraies priorités que réclame sa situation économique.
