Je viens d'entendre Francis Mer sur RTL qui présentait son livre Vous, les politiques que vous pouvez acheter sur Amazon.fr en cliquant sur ce lien. Je le lirai avec intérêt. Mais ce que je retiens aujourd'hui, c'est l'une de ses remarques finales. Comme on lui demandait s'il avait encore une ambition politique, il répondait comme une manière d'évidence et en toute simplicité qu'à son âge, soixante cinq ans et plus, il n'était en tout cas plus question pour lui de viser une position ministérielle.
Ecoutant ce propos et y souscrivant, je pensais à un commentaire posté hier sur ce blog par laurent: Comment parler d'avenir quand le débat sur l'Europe est confisqué par le SYSTEME politico médiatique. Il ne me semble pas avoir entendu beaucoup de "jeunes" (les habitant de l'Europe de demain) lors de ces débats.
Je pense que le drame de la France c'est que le banquier, le président, la télé, l'assureur ne s'intéressent qu'aus retraités. On nous dit dans tous les magazine que le marché d'avenir ce sont les séniors ... et on reproche aux jeunes ne pas être motivés ?
La première condition d’un réel changement, c’est effectivement de donner de l'espace aux nouvelles générations et de renouveler les élites et la manière la plus efficace de favoriser cette démarche, c'est de mettre en oeuvre des limites d'âge raisonnables.
Il peut paraître paradoxal d’appeler au renouvellement systématique et régulier des élites politiques alors que l’histoire fournit de nombreux exemples de dirigeants dont la longévité dans l’exercice des responsabilités s’est accompagnée de performances continues et satisfaisantes. Il n’est cependant pas rare que ces expériences se terminent mal. Et surtout cette longévité même si elle est bénéfique dans certains cas pour le pays ne doit pas s’accompagner du sacrifice de générations entières de dirigeants potentiels dont l’avenir serait bloqué par le maintien en fonction abusif de certains de leurs aînés.
Les grands partis politiques français gagneraient en efficacité et en dynamisme à appliquer deux règles simples.
D’abord, sauf cas particuliers, justifiés par des services éminents rendus à la patrie ou par des capacités exceptionnelles, tous les dirigeants politiques devraient accepter de prendre leur retraite à l’âge qui s’applique aujourd’hui à la plupart des Français, c’est-à-dire soixante cinq ans.
L’équité autant que le bon sens impose une telle pratique. Cette limite est consacrée par tous les systèmes de retraite de notre pays. Le législateur l’a imposée aux dirigeants d’entreprises publiques. Et la plupart des entreprises privées de grande taille l’appliquent même si ici ou là quelques gérontes autocratiques s’en affranchissent sans vergogne. Aucune raison de fond ne justifie qu’elle ne s’applique pas à toutes les fonctions exécutives du domaine politique, présidence de la république, gouvernement, présidence des conseils régionaux et départementaux, mairies.
Un débat peut naître à propos des assemblées, qu’elles soient nationale, régionales, départementales ou municipales qui n’ont pas en principe de fonction exécutive et dont les délibérations peuvent être enrichies par l’expérience, comme peuvent l’être celles des conseils d’administration des entreprises. En revanche les partis politiques devraient appliquer la même limite d’âge pour l’exercice des fonctions opérationnelles en leur sein.
Une deuxième règle achèverait de favoriser et de fluidifier le renouvellement des élites politiques : l’échec électoral des dirigeants politiques de premier rang devrait entraîner systématiquement leur effacement sinon définitif, du moins pour une période de temps significative de la vie politique.
Lionel Jospin, en annonçant son retrait le soir de sa défaite au premier tour de l’élection présidentielle de 2002, a donné un exemple salutaire. Ce comportement, cohérent avec la pratique habituelle des démocraties anglo-saxonnes et d’une particulière dignité, n’a pourtant pas été compris par tous. Certains en effet ont ressenti cette attitude comme une sorte de désertion alors qu’elle donnait à son parti, confronté à l’échec, la chance d’un renouvellement rapide et d’un nouveau départ, pour peu qu’il sache la saisir. De même la pression des marchés financiers impose-t-elle, la plupart du temps, aux grandes entreprises le départ des dirigeants qu’ils rendent responsables à tort ou à raison des difficultés qu’elles rencontrent.
La pratique du monde politique français est dans la plupart des cas très différente. Le dirigeant de premier rang qui a connu un échec électoral devient le plus souvent le chef de l’opposition et ne se sent pas tenu de renoncer à ses autres mandats électifs. Cette culture de l’absence ou de la limitation de la sanction ne favorise pas l’émergence de la relève et en outre contribue au discrédit du politique.
Le renouvellement régulier des élites politiques que permettraient l’application de la limite d’âge à soixante-cinq ans et la sanction plus systématique de l’échec électoral ne suffirait pas à créer à lui seul les conditions de l’innovation et du changement. Mais le pas en avant qui en résulterait serait substanciel.
