Hier plusieurs grandes entreprises ont annoncé des dons destinés à aider les victimes du séisme et des raz-de-marée sans précédent qu'a connus l'Asie du Sud au lendemain de Noël. Sans doute faut-il se féliciter de cette initiative quand on mesure l'ampleur des besoins immédiats et à terme qui sont à satisfaire et vis à vis desquels aucune contribution ne doit être rejetée.
Pourtant , pour ma part, je ne peux cacher un sentiment de malaise. D'une part, le battage médiatique qui entoure ces gestes les assimile davantage à une action de marketing qu'à une démarche de solidarité. D'autre part,dans certains cas, les montants annoncés sont dérisoires au regard des océans de profits des entreprises concernées (un million d'euros pour la plus généreuse). Enfin la question se pose de savoir si de telles décisions sont légitime au regard de l'objet social et des intérêts des diverses parties prenantes de ces entreprises et notamment de leurs actionnaires.
Ma conviction personnelle est que la solidarité et la charité comme d'ailleurs le mécénat relèvent des personnes ou de l'Etat, mais pas des entreprises. De ce point de vue j'aimerais que les privilégiés de la fortune, qu'elle résulte de l'héritage, du travail, des stock options, de la notoriété ou de la chance, s'alignent, dans notre pays, sur les Bill Gates, les George Soros ou les Ted Turner et fassent connaître publiquement les efforts financiers personnels qu'ils ont déjà consentis ou vont consentir au profit des innombrables victimes de cet immense désastre naturel et qui potentiellement pourraient ou devraient procurer beaucoup plus que ce que les managements des entreprises, conscients de leurs responsabilités, se sentiront jamais en droit de mobiliser.
Par tradition la bienfaisance s'exerce dans la discrétion, mais dans ce cas exceptionnel la publicité servirait utilement cette cause et contribuerait à rendre moins insupportable au plus grand nombre l'accumulation des richesses.
