Si je mets de côté le débat qu’a suscité ma note sur l’héritage chrétien et que j’évoquerai une autre fois, les cinq notes relatives à l’Europe que j’ai postées jusqu’à présent sur ce blog ont suscité quarante trois commentaires de seize auteurs différents. Pour nourri qu’ait été cet échange, il n’est pas facile d’en extraire des lignes de force significatives.
Le débat sur le traité constitutionnel européen qui, il est vrai, n’était pas au cœur des notes que j’ai publiées, n’a été que peu abordé même si deux opinions vigoureuses se sont exprimées : Le vote sur la constitution que l'on nous demande est dangereux(…). Le non est à mon avis nécessaire. La constitution est incompréhensible pour 99% de la population. En sens contraire: Je pense que je vais voter blanc au référendum sur la Constitution.
Ne pouvant voter oui sans savoir que la Turquie n'entrera pas.
Et ne pouvant voter non sans savoir que la Turquie entrera.
Un autre intervenant exprime son inquiétude sur l’insuffisance du débat : Je pense que l'on parle beaucoup économie et élargissement en Europe sans se poser quelques instants pour réfléchir sur le sens et le contenu qu'on aimerait lui donner. Je crains que ce soit cette marche en avant sans explication du sens du mouvement qui effraie nombre de nos compatriotes.
L’éventuelle adhésion de la Turquie préoccupe certains davantage :
Soit pour s’en féliciter : La Turquie, le Maroc, et tout le bassin méditerranéen sont la chance de l'Europe (et de la France !). Nous avons besoin d'eux car en intégrant 150 millions de nouveaux Européens, nous pourront peser face à l'Inde et la Chine (on voit tout de suite le dilemme des dirigeants américains). Enfin, chez ces gens, nous sommes désirés.
Soit pour la déplorer en ironisant le cas échéant : Dans ce cas pourquoi ne pas intégrer l'Iran? Après tout ils sont ethno-culturellement indo-européens, c’est-à-dire bien plus proches de nous que la Turquie. Ou on pourrait ne pas avoir froid aux yeux et carrément intégrer la Chine, cela "règlerait notre problème démographique" d'un coup.
En parlant d’insuffisance d’Etat au niveau européen et en recherchant une idée neuve pour l’Europe, j’ai également provoqué un débat qui ne manque pas d’intérêt :
Les uns ont cru de bonne foi que j’aspirais à plus de bureaucratie au niveau européen et le regrettait : En ce qui concerne l'Europe, plus d'Etat ne ferait qu’augmenter la bureaucratie. Ou : Je pense effectivement qu'un Etat européen risque d'être un boulet par sa bureaucratie. Ou encore : hum, il me semble que l'Etat produit près de 55% du PNB français. 25% de la population active est payée par l'Etat. visiblement ce système a fonctionné après la guerre, pendant 30 ans, mais ne satisfait plus les Français, puisqu'ils renvoient systématiquement la majorité en place depuis 25 ans. Puisque ça ne marche plus, faisons pareil en plus grand !
D’autres au contraire proposent d’aller de l’avant : Inventons l'Etat européen. Construisons les procédures de consultation et décision qui ne conduiraient pas à la démagogie. Inventons pour les serviteurs de cet Etat des carrières riches et utiles - pas des carcans statutaires -. Utilisons les moyens de communication modernes pour que surgissent des hommes d'Etat - au contraire des piètres politiciens actuels -. Parce que s'il y a insuffisance d'Etat, c'est en grande partie parce que nous manquons d'hommes d'Etat.
Quant aux idées nouvelles, elles ne manquent pas. A titre d’exemples : Vous voulez une idée simple. J'en ai une à proposer mais il faut ensuite passer au concept. Tout d'abord, une réforme radicale de l'économie fondée sur le principe de monéthique, autrement dit une sorte de planche à billet mais institutionnalisée. Ceci n'est qu'un outil pour créer des financements éthiques. Ensuite, une gouvernance éthique à construire, avec des associations, des représentants, des élus etc... l'objectif, oeuvrer dans des postes relevant de la culture, l'éducation, la recherche et surtout la solidarité. Ou encore : Proposition : décourager l'esprit de rentier en taxant très fortement l'héritage, et corrélativement en détaxant tout héritage transformé en création.
Un autre intervenant craint à l’évidence que tout à nos discussions, nous oubliions l’essentiel : Enfin c'est bien, ils préfèrent envoyer des navettes pour exploser des comètes. C'est bien, c'est spectaculaire, mais qu'y gagne vraiment le monde ?Il comprendra un jour que la richesse d'un pays, ou d'un groupement de pays, ne se compte pas en € ou en $.
De la lecture de ces quarante trois commentaires, je retiens d’abord que si le débat est parti à plusieurs reprises dans de multiples directions, l’intérêt et l’opportunité de la construction européenne, considérée comme une donnée acquise, n’ont été mis en cause par aucun des blogueurs qui se sont exprimés.
J’ai été frappé également que la balle que j’avais lancée sous deux angles différents sur la force européenne de défense, l’échec il y a cinquante ans de la Communauté Européenne de Défense et l’absence d’une infrastructure de défense européenne puissante et disponible permettant d’intervenir vite et à grande échelle en Asie du Sud Est, n’ a été reprise par personne. Je n’en tire pas de conclusion hâtive sinon pour constater que cette question essentielle pour l’avenir de l’Europe puissance ne suscite pas un grand intérêt parmi ceux qui s’expriment sur ce blog. De quoi donner raison à ceux qui estiment que les progrès dans ce domaine bénéficient de s’effectuer dans la discrétion.
Sans imaginer que l’échantillon des seize blogueurs qui se sont exprimés soit nécessairement représentatif, j’ai néanmoins l’impression que le grand débat européen qui est nécessaire pour que les Français se prononcent en toute connaissance de cause sur le traité constitutionnel n’a pas réellement commencé et en tout cas n’est pas encore « focalisé ». Du pain sur la planche pour les partis qui devront animer la campagne !
Enfin je précise qu’en réclamant plus d’Etat au niveau européen, ce n’est pas à davantage de bureaucratie que j’aspire ! Pour moi, un Etat authentique en charge de l’essentiel est même antinomique avec le concept de bureaucratie. Il est fort, souple et léger. Sa mission est de défendre le territoire, de protéger les citoyens, d’assurer le règne de la justice et de la loi, d’organiser et de réguler l’économie de marché et de garantir la solidarité. Vaste programme, direz-vous ! Mais c’est cela, la grandeur du politique !
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