L’opportunité qu’offrent les blogs à ceux qui en prennent l’initiative ou y participent est de pouvoir s’exprimer et échanger sans que les opinions formulées déclenchent immédiatement des protestations autres que verbales ou des mouvements de révolte ou des grèves conduisant à la paralysie totale ou partielle des institutions qui sont l’objet du débat. Cette situation d’irresponsabilité permet d’aborder les sujets difficiles sans faux semblants. C’est l’envie qui me prend à un moment où une nouvelle fois notre système éducatif fait l’objet d’une réforme.
C’est une banalité de constater que les réformes n’ont cessé de se succéder dans ce domaine depuis un demi-siècle. C’en est une autre que de noter que les ministres qui, au fil du temps, en ont pris l’initiative, étaient la plupart du temps, y compris l’actuel, des hommes de qualité et de bonne foi. Est-il nécessaire aussi de souligner que l’immense majorité des maîtres et professeurs qui constituent l’ossature du système éducatif sont dans notre pays, au moins autant qu’ailleurs, compétents, motivés et animés par le seul souci de l’intérêt des enfants dont nous leur confions la charge. Au risque de surprendre, je tiens pour ma part que les syndicalistes qui les représentent, quand je les écoute s’exprimer, paraissent souvent dire des choses raisonnables ou en tout cas ne pas sortir du rôle normal et respectable qui est le leur.
Et pourtant cela ne marche pas ! L’insatisfaction des parents est grande. Ceux qui le peuvent croient et espèrent trouver dans l’enseignement privé une meilleure solution. Tous les acteurs du système éducatif vivent mal les conditions dans lesquelles s’exerce leur mission. Pour s’en convaincre, il suffit de lire quelques uns des nombreux livres que publient les enseignants.
Comment s’explique cette contradiction ? Je ne vois qu’une seule réponse. Quand une collectivité d’hommes de bonne volonté et soucieux du bien commun est inefficace et n’atteint pas les résultats raisonnables qu’on est en droit d’attendre, c’est qu’elle est mal organisée.
Un système dans lequel un ministre, si compétent soit-il, décide de la structure et du contenu des enseignements pour l’ensemble de la population scolaire française, est-il raisonnable ? Un système dans lequel un effectif de plusieurs centaines de milliers d’enseignants est employé par un centre unique peut-il mettre en œuvre une gestion des ressources humaines pertinente ? Un système dans lequel le nécessaire contrôle des performances est effectué par une structure centralisée et hiérarchique à la taille de notre pays peut-il être efficace? Un système dans lequel les expériences particulières constituent l’exception et qui privilégie par nécessité l’uniformité des solutions et des méthodes en rejetant la diversité créatrice a-t-il des chances de favoriser le progrès ?
Je suis convaincu pour ma part qu’un changement radical est nécessaire pour sortir de ce cercle vicieux. A la question provocatrice que pose Philippe Meirieu dans son livre, Nous mettrons nos enfants à l'école publique..., faut-il nationaliser l'enseignement privé ou privatiser l'enseignement public?, je propose néanmoins de répondre: ni l'un, ni l'autre!
Il faut certes faire éclater le mammouth que stigmatisait Claude Allègre.La privatisation à grande échelle n’est cependant ni réaliste, ni souhaitable, même s’il faut évidemment préserver et encourager l’enseignement privé comme un des éléments de la diversité indispensable. L’éducation doit demeurer une responsabilité publique. C’est l’Etat qui doit continuer à fixer les normes de qualité que l’enseignement doit respecter et noter les établissements en conséquence.
En revanche, à mon sens, la gestion totale du système devrait être transférée aux régions en y incluant celle des personnels. Les personnels existants conserveraient leur statut, mais ceux qui seraient nouvellement recrutés relèveraient de statuts régionaux, modulés par les autorités régionales en fonction des contraintes locales. Ainsi la diversité, l’expérimentation, l’émulation et une plus grande proximité à l’échelle humaine entre enseignants, parents et autorités politiques localement responsables naîtraient progressivement de la différenciation géographique.
Il est évident qu’un tel changement n’a aucune chance de prévaloir dans le contexte politique actuel et encore moins s’il était demandé aux acteurs du système actuel de faire hara kiri. Seul un référendum, précédé d’un débat national approfondi, pourrait l’imposer, ce qui suppose qu’un grand parti politique à vocation majoritaire devrait en faire l’un de ses objectifs essentiels.
A défaut d’une telle initiative, on peut parier sans risque d’erreur que les réformes continueront à se succéder sans qu’aucune ne donne pleinement satisfaction, que la qualité de l’enseignement continuera à être mise en doute et que les débats à son sujet resteront au niveau de globalité et de généralité, éloigné des enjeux concrets, qui est seul compatible avec la taille du mammouth.
